Kuala Lumpur : le « déplacement » d’un ancien temple cause des tensions entre musulmans et hindous

Le 25/03/2025
Le déplacement imminent d’un temple hindou vieux de 130 ans dans le centre de Kuala Lumpur a déclenché de vives tensions (pour l’instant verbales) entre la minorité hindoue et la majorité musulmane, qui envisage de construire une mosquée sur le site. Le temple, qui date de la période pré-indépendance, est dédié à la divinité Dewi Sri Pathra Kaliamma Amma. Le nouveau site du temple est encore inconnu. Le Premier ministre appelle au calme et nie toute implication du gouvernement dans cette décision.
Dans le centre de Kuala Lumpur, un temple hindou vieux de 130 ans doit être déplacé afin de construire une mosquée sur le site. Le futur lieu de culte islamique sera appelé Masjid Madani, un terme utilisé largement dans la sphère politique malaisienne, qui est aussi un slogan du gouvernement dirigé par le Premier ministre Anwar Ibrahim.
Cette relocalisation annoncée a provoqué de vives tensions (pour l’instant verbales) entre les fidèles hindous et la majorité musulmane. Les rumeurs de déplacement du temple ont entraîné les protestations de nombreux groupes hindous, qui insistent sur la valeur historique et culturelle du lieu de culte construit en 1894, bien avant l’indépendance de la Malaisie vis-à-vis du Royaume-Uni.
La statue de la principale divinité du temple, Dewi Sri Pathra Kaliamma Amma, mesure plus de 2,5 m de haut. Le temple est situé au numéro 6 de la rue Jalan Bunus, à proximité de Jalan Masjid India – une des artères les plus commerçantes et fréquentées de la capitale, surplombée de gratte-ciels et bordant le vaste centre commercial Jakel.
Selon Ramasamy Palanisamy, président du parti Urimai (Parti uni pour les droits des Malaisiens, de centre gauche), le temple est un « monument symbolique » qui « précède l’indépendance malaisienne ». Pour cette raison, il a appelé les autorités municipales de Kuala Lumpur (DBKL) à empêcher son déplacement. « La délocalisation d’un ancien temple hindou, quelle que soit la raison, est inacceptable, en particulier pour une nation qui se targue d’être multiethnique et multireligieuse », a insisté l’ancien vice-Premier ministre de Penang.
La municipalité de la capitale aurait identifié un nouveau site pour le temple hindou, mais la localisation exacte du nouvel emplacement n’a pas été dévoilée. De plus, la proposition de la construction de la mosquée viendrait du propriétaire terrien et non du gouvernement.
Appel au calme du Premier ministre Anwar Ibrahim
De son côté, l’administration locale a déclaré qu’elle prendrait toutes les mesures, conformément aux principes de liberté religieuse garantis par la Constitution fédérale, afin d’assurer que le temple ne soit pas démoli tant que le processus de relocalisation n’est pas finalisé. D’un autre côté, N. Surendran, l’avocat représentant le temple, a déclaré que la proposition de démolition et de déplacement ne respecte pas le développement historique des lieux de culte et leurs racines profondes pour la communauté hindoue tamoule de Malaisie.
Inquiet d’une possible escalade des tensions, le Premier ministre Anwar Ibrahim a appelé au calme en ajoutant que le gouvernement n’a tenu aucun rôle dans la décision de construire une mosquée sur le site. « J’espère qu’il y aura des réactions appropriées, y compris du côté de la communauté musulmane, et que cette question sera gérée convenablement », a souligné le Premier ministre malaisien dans un communiqué publié par l’agence de presse Bernama.
« C’est un ancien temple, mais son statut n’est pas officiellement reconnu. Toutefois, afin de maintenir l’harmonie, la société [qui possède le terrain] a accepté de collaborer, tandis que la municipalité a déjà identifié un nouveau site pour éviter tout problème », a-t-il ajouté.Enfin, le chef d’État a évoqué les différentes communautés impliquées dans le déplacement du temple en les invitant à trouver la meilleure manière de résoudre cette question à l’amiable, sans tenter de profiter indûment de la situation.
Plusieurs dizaines de temples en l’espace de trois décennies
Au cours des 30 dernières années, plusieurs dizaines de temples hindous pré-indépendance ont été saisis illégalement par les autorités locales et fédérales. Ces affaires sont restées inaperçues car les gardiens de ces temples sont généralement des membres défavorisés, non-instruits et sans défense de la communauté indienne de Malaisie.
En 2006, les statues de trois divinités hindoues, dans un temple vieux de 110 ans, ont été brisées à l’aide de masses devant les fidèles. La démolition aurait été ordonnée par le maire de la ville de Shah Alam (État du Selangor, au sud-ouest de la capitale) et menée par ses soldats, la police locale et un groupe de malfrats non-identifiés.
En réalité, l’histoire de la démolition du temple ancien Mariamman Sri Selva Kaliaamman n’est que le sommet de l’iceberg, et fait partie d’une série d’actes illégaux ordonnés par de hauts fonctionnaires de l’État. En janvier 2018, un temple hindou vieux de 80 ans à Seri Alam, dans l’État de Johor, a été démoli parce qu’il avait été construit sur un terrain privé, causant là aussi une vive controverse. Le sultan de Johor, aujourd’hui roi de Malaisie, était également intervenu immédiatement afin de négocier une solution acceptable pour toutes les parties.
(Ad Extra, avec Asianews)