Taïwan : le président Lai répond au message du pape Léon XIV pour la 59e Journée mondiale de la paix
Le président taïwanais Lai Ching-te (ici en octobre 2024) a envoyé une lettre au pape Léon XIV en réponse au message pour la 59e Journée mondiale de la paix.
© 總統府 / CC BY 2.0
Le 02/02/2026
Dans une lettre adressée au pape Léon XIV, le président taïwanais Lai Ching-te répond à son message du 1er janvier pour la 59e Journée mondiale de la paix, intitulé « La paix soit avec vous tous : vers une paix désarmée et désarmante ». Il soutient notamment la vision géopolitique du Saint-Père sur « la voie désarmante de la diplomatie » pour un « équilibre international plus humain », dans un contexte de tensions grandissantes. Il évoque également l’inquiétude du pape sur l’utilisation de l’IA dans les conflits armés.
Ce vendredi 30 janvier, le président taïwanais Lai Ching-te a envoyé une lettre au pape Léon XIV en réponse à son message pour la 59e Journée mondiale de la paix, publié le 1er janvier dernier et intitulé « La paix soit avec vous tous : vers une paix désarmée et désarmante ». Le Saint-Siège est l’un des douze États qui maintiennent des relations diplomatiques officielles avec Taïwan.
Dans sa lettre, publiée par le Bureau du président, il a assuré soutenir pleinement le message du Saint-Père, qui appelle à rejeter la violence et la guerre et à poursuivre une paix véritable fondée sur l’amour et la justice. « Vous avez évoqué le contraste entre les ténèbres et la lumière comme une image biblique décrivant les souffrances donnant naissance à un monde nouveau, afin de souligner que ce n’est qu’en voyant la lumière et en croyant en elle que l’on peut surmonter les ténèbres », a soulignéle président en citant le pape.
Des mots qui lui ont rappelé Chiang Wei-shui, « un pionnier du mouvement démocratique taïwanais en 1921, partisan de la non-violence et de la citoyenneté mondiale, qui rêvait que Taïwan devienne un des principaux gardiens de la paix mondiale ». Aujourd’hui, a-t-il ajouté, Taïwan a de fait une grande influence sur la géopolitique mondiale, notamment en raison de sa situation stratégique sur la première chaîne d’îles (la première série d’archipels majeurs du Pacifique au large des côtes continentales de l’Asie orientale).
Tensions grandissantes dans le détroit de Taïwan
« La paix et la stabilité sont vitales pour la sécurité et le bien-être de notre peuple et représentent des pierres angulaires de la sécurité et de la prospérité mondiales », a-t-il poursuivi, en renouvelant son engagement « pour la démocratie et la paix ». Cependant, a-t-il souligné, Taipei subit une campagne permanente de pression et de harcèlement de la part de la Chine, qui conduit des manœuvres militaires quotidiennes autour de Taïwan, notamment en décembre dernier avec la campagne militaire Justice Mission 2025.
Sans compter les tentatives destinées à « ébranler la souveraineté de Taïwan », notamment par la Résolution 2758 de l’Assemblée générale des Nations unies en 1971, qui a décidé de l’expulsion de la République de Chine (Taïwan) comme membre de l’Onu au profit de la République populaire de Chine : « Malgré tout, Taïwan a toujours choisi de sauvegarder la paix dans le détroit de Taïwan par des actions concrètes, et reste engagé à poursuivre le dialogue à travers le détroit en vue d’une prospérité et d’un développement mutuel ».
Et le président Lai d’ajouter que « toute tentative d’altérer le statu quo par la force ou la pression ne peut apporter la paix ». Le gouvernement taïwanais est en effet résolu à maintenir la situation en l’état, c’est-à-dire sans revendiquer l’indépendance même si Taïwan est un État indépendant de facto (l’île ayant son propre gouvernement et ses propres lois). Un statu quo qui semble malgré tout fragile face aux menaces régulières de Pékin vis-à-vis de Taipei.
Un équilibre international plus humain
Un autre sujet abordé par le président Lai Ching-te est l’utilisation grandissante des technologies de pointe et de l’intelligence artificielle dans le domaine militaire – une question abordée par le pape dans son message du 1er janvier. « Je partage cette inquiétude et je crois que la communauté internationale doit travailler ensemble pour établir des normes qui assurent que les progrès technologiques ne soient pas utilisés pour menacer la paix », a commenté le président taïwanais, tout en évoquant le rôle majeur de l’État insulaire dans la production mondiale des semi-conducteurs et ses ambitions dans le domaine de l’IA.
Enfin, en réponse au message du pape en faveur d’un équilibre international plus humain, il a assuré que « Taïwan peut aider » dans un esprit humanitaire, « fondé sur la liberté, la démocratie et l’état de droit », afin de défendre « une diplomatie basée sur des valeurs, en travaillant étroitement avec des partenaires partageant la même vision face aux problématiques mondiales ». La lettre se conclut en réaffirmant le désir de Taipei de « travailler main dans la main avec le Saint-Siège » : « Par l’action concrète, nous pouvons faire avancer la paix mondiale et défendre des valeurs communes centrées sur les droits humains. »
Les liens diplomatiques officiels entre la République populaire de Chine et le Saint-Siège ont été coupés en 1951. Le Vatican est actuellement le seul État européen à maintenir des liens officiels avec Taïwan.
Sources : president.gov.tw ; Asianews ; taiwannews.com.tw