Indonésie

Indonésie : dans l’île de Flores, l’Église veut renforcer la lutte contre la traite d’êtres humains

Le gouverneur de la province de Java occidental (à gauche), le 23 février avec sœur Fransiska Imakulata, à Sikka dans l’île de Flores. Le gouverneur de la province de Java occidental (à gauche), le 23 février avec sœur Fransiska Imakulata, à Sikka dans l’île de Flores. © wartanusakenari.com
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À Flores, dans l’est de l’Indonésie, l’Église catholique renforce sa lutte contre la traite des êtres humains après le sauvetage de treize jeunes femmes exploitées dans une boîte de nuit du district de Sikka. Hébergées par le réseau humanitaire TRUK, soutenu par la Société du Verbe Divin, les victimes reçoivent un accompagnement psychologique, juridique et pastoral. Face à un phénomène récurrent, religieux et militants réclament une application plus stricte des lois et une meilleure protection des travailleurs vulnérables.

À Flores, dans l’est de l’Indonésie, l’Église catholique a intensifié ses efforts contre la traite des personnes à la suite du sauvetage de 13 jeunes femmes victimes d’exploitation dans une boîte de nuit du district de Sikka. Ces femmes, âgées de 17 à 26 ans et originaires de la province de Java occidental, ont demandé une protection en janvier 2026 après avoir subi des violences physiques, de l’exploitation sexuelle et de graves abus de travail.

Elles sont désormais hébergées et bénéficient d’une aide dans un centre d’accueil géré par Tim Relawan untuk Kemanusiaan Flores (TRUK), un réseau humanitaire soutenu par la Société du Verbe Divin (SDV) et les Sœurs Missionnaires Servantes du Saint-Esprit (SSPS). Au centre d’accueil, les femmes reçoivent un soutien psychologique et pastoral, tout en recevant une assistance juridique au fil du processus judiciaire.

Cette affaire a suscité une vive inquiétude dans la province des Petites îles de la Sonde orientales (Nusa Tenggara oriental). Le 9 février, le Réseau des droits de l’homme Jaringan Ham Sikka, au sein duquel le réseau TRUK joue un rôle central, a organisé une manifestation pacifique devant le conseil législatif local à Maumere. Des prêtres, des religieuses, des séminaristes et des défenseurs laïcs des droits de l’homme ont réclamé une enquête approfondie et des poursuites judiciaires fermes concernant les abus présumés.

Les représentants de l’Église ont souligné que leur action ne vise pas un seul établissement. Elle entend renforcer la protection des travailleurs vulnérables et prévenir de nouveaux abus. Ils ont exhorté les autorités à renforcer la surveillance des lieux de divertissement et à appliquer plus efficacement les lois existantes contre la traite des êtres humains dans le pays.

« Dans ceux qui souffrent, nous voyons le visage du Christ »

Sœur Fransiska Imakulata, SSPS et directrice de TRUK, souligne que son organisation vient en aide aux victimes de la traite des personnes depuis 2000. Elle décrit le cas récent comme faisant partie d’un schéma récurrent.

Sœur Imakulata constate que l’application de la loi reste inégale contre la traite des êtres humains dans l’archipel.
Sœur Imakulata constate que l’application de la loi reste inégale contre la traite des êtres humains dans l’archipel.
© RVA

En 2021, 17 mineurs originaires de Java occidental avaient déjà été exploités dans des établissements de divertissement à Sikka. En 2024, huit hommes de Maumere avaient été victimes de trafic humain vers le Kalimantan oriental pour travailler dans des plantations de palmiers à huile. L’un d’entre eux est décédé et l’affaire fait toujours l’objet d’une enquête judiciaire.

« La méthode la plus courante consiste à promettre des salaires élevés, un logement gratuit et un emploi décent », explique sœur Imakulata. De jeunes femmes sont souvent recrutées avec des offres d’emploi comme chanteuses dans des établissements nocturnes. D’autres sont attirées par des agents qui leur promettent un emploi stable en dehors de Flores. La religieuse précise que les femmes et les enfants demeurent particulièrement vulnérables, notamment ceux qui ont un accès limité à l’éducation et aux opportunités économiques.

Cependant, les hommes sont également exposés à des risques lorsque la pauvreté les pousse à migrer pour trouver du travail. « Lorsqu’un homme décède ou subit des blessures graves, les conséquences retombent sur toute sa famille », ajoute-t-elle.

L’Indonésie a adopté en 2007 une loi contre la traite des personnes, complétée par des réglementations régionales destinées à prévenir ces crimes et à protéger les victimes. Sœur Imakulata constate toutefois que l’application de la loi reste inégale. « Les victimes ne sont pas toujours traitées avec dignité. Parfois, elles sont même stigmatisées », déplore-t-elle. Elle pointe aussi le faible nombre de refuges publics et l’insuffisance des contrôles sur les lieux de travail.

Outre un hébergement sécurisé, le réseau TRUK offre une aide juridique et psychologique, facilite le rapatriement et propose un accompagnement scolaire ainsi que des programmes d’autonomisation économique. Le réseau organise également des campagnes de sensibilisation et des ateliers pour renforcer la vigilance communautaire et promouvoir le respect des droits des femmes et des enfants.

« Dans ceux qui souffrent, nous voyons le visage du Christ », confie sœur Imakulata. Elle encourage les citoyens à signaler les cas présumés de trafic humain, soulignant que la loi nationale garantit la protection et la confidentialité des personnes qui se manifestent.

« La traite des êtres humains est un crime contre l’humanité »

Pour le père Otto Gusti Ndegong Madung, SVD, recteur de l’Institut Filsafat dan Teknologi Kreatif Ledalero et membre du réseau TRUK, l’engagement de l’Église dans la lutte contre la traite des êtres humains est ancré dans son identité pastorale. « La traite des êtres humains est un crime contre l’humanité qui continue de sévir à Flores », dénonce-t-il. De nombreux habitants sont recrutés pour travailler dans des plantations d’autres régions d’Indonésie et à l’étranger, tandis que des personnes originaires d’autres provinces en sont également victimes à Flores.

« En tant qu’Église profondément enracinée dans la vie du peuple, nous ne pouvons rester indifférents », ajoute le père Madung. « L’Église est appelée à être un signe et un instrument de l’amour libérateur de Dieu, contribuant à bâtir une société qui respecte la dignité humaine et la justice. » Il met en cause plusieurs facteurs structurels : pauvreté, corruption, faiblesse des forces de l’ordre et absence de réformes sociales profondes. Il réaffirme que l’option préférentielle de l’Église pour les pauvres est une dimension essentielle et non négociable de sa mission.

Face aux difficultés économiques persistantes et à l’important exode rural, l’Église de Flores encourage les jeunes à s’orienter vers des emplois sûrs et légaux. Les institutions catholiques, notamment l’Institut Ledalero, développent des programmes visant à doter les étudiants de compétences pratiques et d’une meilleure connaissance de leurs droits. « Nous voulons que nos jeunes travaillent où ils le souhaitent », insiste le père Madung, « mais dans la dignité, avec protection et avec les garanties nécessaires ».

Pour l’Église catholique de Flores, ce combat dépasse l’action sociale. Il répond à l’appel de l’Évangile à défendre la vie et la dignité humaine, et à affirmer que chaque personne est créée à l’image et à la ressemblance de Dieu.

D’après un article publié le 23 février par l’agence Vatican News et rédigé par le père Kasmir Nema, SVD.

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