Asie-Moyen-Orient : les travailleurs migrants parmi les premières victimes de la guerre
Le vicariat apostolique de Calapan, aux Philippines, a lancé un appel pour les nombreux Philippins vivant dans les zones touchées par le conflit.
© RVA
Le 03/03/2026
Face à l’escalade militaire entre l’Iran, Israël et les États-Unis, des millions de travailleurs migrants d’Asie du Sud et du Sud-Est se retrouvent pris au piège d’un conflit qui les dépasse. De Tel-Aviv aux pays du Golfe, aides-soignantes, marins ou ouvriers figurent parmi les premières victimes, tandis que leurs familles, aux Philippines ou en Inde, vivent dans l’angoisse. Dans ce contexte, l’Église philippine appelle à prier face à la montée des tensions « dans une région qui sert de seconde patrie à des milliers de nos compatriotes philippins ».
La guerre lancée par Israël et les États-Unis contre l’Iran le 28 février, avec des raids sur Téhéran et l’assassinat de l’ayatollah Ali Khamenei, suivis de la riposte militaire de la République islamique dans toute la région du Golfe, frappe très durement, comme on pouvait facilement le prévoir, les travailleurs migrants.
Au sein de cette communauté diverse, originaire d’Asie du Sud et du Sud-Est et dispersée dans les diverses régions aujourd’hui affectées – d’Israël au Koweït, des Émirats Arabes Unis (EAU) à Oman –, on déplore déjà plusieurs morts. Comme ce fut le cas lors de l’attaque terroriste du Hamas contre l’État juif le 7 octobre 2023, les expatriés représentent le « visage oublié » d’une région de plus en plus en proie aux flammes, en partie à cause de leur grand nombre.
Selon les dernières données de l’OIT (Organisation internationale du travail), plus de 24 millions d’expatriés du continent asiatique travaillent dans le Golfe comme médecins, infirmières, ouvriers du bâtiment et employés de maison. Selon le ministère des Affaires étrangères (à Manille), on compte environ 975 000 Philippins aux Émirats Arabes Unis (EAU), 813 000 en Arabie Saoudite et 250 000 au Qatar, ainsi que 800 en Iran et 31 000 en Israël.
La première victime recensée en Israël est une aide-soignante philippine
Ces derniers jours, la première victime officiellement recensée en Israël a été une aide-soignante de 39 ans d’origine philippine. Elle est décédée après qu’un missile tiré par l’Iran a percé le système de défense antimissile de l’État hébreu et frappé un quartier résidentiel de Tel-Aviv dans la nuit du samedi 28 février au dimanche 1er mars. L’explosion a gravement endommagé deux bâtiments, dont l’un ne comportait pas de pièces blindées, et a également fait 27 blessés, dont deux grièvement.
Dans un message vidéo, le président philippin Ferdinand Marcos Jr. a confirmé le décès, précisant que la victime s’appelait Maria Ann Velazquez de Vera et était originaire de Pangasinan. Elle a été identifiée par son mari, lui aussi travailleur philippin à l’étranger (OFW) en Israël. Maria De Vera est décédée après avoir été touchée par des éclats d’obus alors qu’elle aidait le vieil homme dont elle s’occupait à entrer dans l’abri antiaérien.
Le danger est aussi en mer : au large des côtes d’Oman, une roquette a frappé un pétrolier originaire des Îles Marshall, tuant un membre d’équipage. La nationalité de la victime n’a pas été précisée, mais l’équipage était composé presque exclusivement de marins indiens. Par ailleurs, trois migrants, de nationalités pakistanaise, népalaise et bangladaise sont décédés aux Émirats Arabes Unis, mais leur identité n’a pas été révélée.
L’une des régions qui suit avec une grande attention et beaucoup d’inquiétude l’évolution de la guerre est le Kerala, en Inde, où les familles expriment une grande anxiété quant au sort de leurs proches dans les pays du Golfe.
Plusieurs témoignages semblent ramener la région aux heures de la pandémie de Covid-19, avec des travailleurs confinés chez eux pour échapper aux missiles et drones iraniens et incapables de rentrer chez eux. Les explosions et les dégâts considérables accentuent le sentiment d’incertitude : « Nous n’avons pas fermé l’œil de la nuit de samedi à dimanche », raconte Zaneesha Rensin, qui vit au Qatar avec sa famille. « Ma fille et les enfants de ma sœur sont restés éveillés, blottis les uns contre les autres, paralysés par la peur », ajoute-t-elle.
Appel de l’Église philippine face à la montée des tensions
Dans ce contexte, l’Église catholique aux Philippines a appelé à intensifier les prières face à l’escalade du conflit entre l’Iran, Israël et les États-Unis. « Nous avons le cœur lourd face à la montée des tensions au Moyen-Orient, une région qui sert de seconde patrie à des milliers de nos compatriotes philippins », a notamment confié un communiqué du vicariat apostolique de Calapan (Mindoro oriental). « Derrière chaque signalement de missile ou de menace se cachent les visages de nos pères, mères, fils et filles qui ont sacrifié le confort de leur foyer pour travailler à l’étranger et assurer le bien-être de leurs familles », a-t-il ajouté.
Le vicariat a appelé le clergé local et les fidèles laïcs à s’unir dans la prière pour la paix et la protection des travailleurs philippins à l’étranger, les confiant à la protection de la Vierge Marie. « Que le Seigneur leur accorde sécurité, courage et sérénité face à la menace de la guerre. » Le message a aussi repris l’appel du pape Léon XIV, exhortant les dirigeants mondiaux à « choisir la voie de la diplomatie plutôt que celle de la destruction » et à permettre « aux voix des plus vulnérables de se faire entendre par-dessus le bruit des armes ».
Sources : Asianews, RVA