« La paix ne peut naître de la peur » : les évêques d’Asie alertent sur l’escalade au Moyen-Orient
Dans un communiqué publié le 3 mars, les évêques d’Asie ont réagi à escalade du conflit au Moyen-Orient (ici 2022 à Bangkok lors d’une assemblée générale de la FABC).
© CBCP News
Le 06/03/2026
Réunis à Bangkok, les évêques du comité central de la Fédération des conférences épiscopales d’Asie (FABC) ont appelé à un cessez-le-feu immédiat au Moyen-Orient, redoutant que l’escalade militaire n’entraîne une instabilité mondiale aux conséquences humaines incalculables. Dans un communiqué, ils exhortent les grandes puissances et les acteurs régionaux à privilégier le dialogue. À travers l’Asie, de l’Inde aux Philippines, les Églises locales ont relayé cet appel, conscientes des répercussions possibles sur les équilibres interreligieux et sur les millions de migrants asiatiques vivant dans la région du Golfe.
Mardi 3 mars, les évêques catholiques asiatiques ont appelé à un cessez-le-feu immédiat au Moyen-Orient, avertissant que l’escalade de la violence pourrait déclencher une instabilité mondiale plus large. Le Comité central de la Fédération des conférences épiscopales d’Asie (FABC), réuni cette semaine à Bangkok, a exprimé sa « profonde angoisse et sa vive inquiétude » face à la reprise des cycles de bombardements et de représailles.
Dans un communiqué, les évêques ont déclaré que l’implication des grandes puissances mondiales et régionales risquait de plonger la région dans un conflit aux conséquences humaines et économiques incalculables. « Nous appelons à une cessation immédiate des hostilités et à ce que toutes les parties fassent preuve de responsabilité morale, en résistant à la spirale d’escalade qui ne conduit qu’à des souffrances plus profondes et à des pertes irréversibles », indique le communiqué.
Reprenant l’appel du pape Léon XIV, les évêques ont déclaré que la paix ne peut se construire sur des menaces ou des armes qui sèment la destruction, la douleur et la mort. « La stabilité ne peut naître de la peur, et la justice ne peut être obtenue par la violence », ont-ils ajouté, insistant sur le fait qu’un dialogue sincère et soutenu demeure la seule voie viable.
S’appuyant sur la diversité religieuse et les traditions culturelles de l’Asie, les évêques ont affirmé que la paix est plus que l’absence de guerre, la qualifiant de fruit de la justice et de la confiance. Ils ont averti que la guerre nuit de manière disproportionnée aux pauvres, aux personnes déplacées, aux enfants et aux générations futures, dont les souffrances sont souvent occultées par des calculs géopolitiques.
La déclaration encourage également la solidarité interreligieuse entre les responsables des principales traditions religieuses du Moyen-Orient afin qu’ils témoignent ensemble du caractère sacré de la vie. « Nous réaffirmons notre engagement à soutenir les pauvres et les victimes de la guerre, dont les cris restent souvent inaudibles face aux calculs géopolitiques. Leurs souffrances doivent demeurer au cœur de tous les efforts déployés pour la paix », ont déclaré les évêques.

Ils ont également invité les Églises locales de toute l’Asie, pendant le Carême, à intensifier la prière, le jeûne et les actes concrets de solidarité pour la paix. L’appel a été cosigné par le cardinal indien Filipe Neri Ferrao, président de la FABC, par le cardinal philippin Pablo David et le cardinal japonais Isao Kikuchi, respectivement vice-président et secrétaire général de la fédération.
Réactions des catholiques indiens
Les Églises asiatiques sont pleinement conscientes des risques d’être prises entre deux feux et de subir les tensions communautaires. Ainsi, à l’instar de la FABC, les hiérarchies catholiques à travers le continent ont lancé des appels clairs à la paix, en insistant sur la protection des vies innocentes et sur la préférence du dialogue aux conflits armés, et en appelant à la retenue et à la désescalade. En parlant ainsi, les Églises d’Asie savent que l’escalade risque de déclencher des violences communautaires, des sentiments antioccidentaux, voire même des pogroms antichrétiens.
En Inde, les Églises du Kerala, qui compte 18 à 20 % de chrétiens sur 35 millions d’habitants, se sont senties particulièrement concernées par ces risques. Le Conseil des évêques catholiques du Kerala (KCBC), qui rassemble 32 diocèses et près de 6 à 7 millions de fidèles, a donc publié un communiqué prudemment rédigé appelant les paroisses à organiser des messes spéciales, des chaînes de chapelet et des prières d’intercession pour les victimes de la guerre et pour la paix dans la région du Golfe.
Les directives du KCBC évitent de désigner les États-Unis et Israël comme des agresseurs, ou de reprendre les rhétoriques politiques telles que celle employée par le ministre en chef marxiste du Kerala, Pinarayi Vijayan, qui a qualifié ces deux pays de « nations voyous ». Cette approche mesurée est destinée à maintenir l’harmonie interreligieuse dans un État où les chrétiens coexistent avec d’importantes communautés hindoues et musulmanes, dans le but de préserver la tradition de pluralisme religieux du Kerala.
Sans oublier que la région est aussi une de celles qui comptent les plus importantes communautés de migrants travaillant en Asie occidentale. Environ 2,5 à 3 millions de personnes originaires du Kerala travaillent dans les pays du Golfe, dont beaucoup de chrétiens, majoritairement des catholiques syro-malabars. D’autres sont hindous et musulmans, et certains sont sikhs. Les transferts de fonds envoyés par ces migrants à leurs familles constituent près de 30 % du PIB du Kerala, soit quelque 20 milliards de dollars par an. L’instabilité du Golfe menace la sécurité physique de ces migrants, des ressources économiques vitales pour leurs proches et plus largement l’économie locale.
Appels des Églises d’Asie du Sud et du Sud-Est
Au-delà du Kerala, la Conférence épiscopale indienne (CBCI), qui représente 132 diocèses et environ 20 millions de catholiques à travers le pays, a-t-elle aussi publié une déclaration, en exprimant sa solidarité avec les victimes, « en particulier les enfants vulnérables pris au piège de ces hostilités ». « Nous prions ardemment pour le prompt et complet rétablissement de tous les blessés », ont déclaré les évêques indiens. À l’instar du pape Léon XIV, ils ont appelé les dirigeants de toutes les nations à « résoudre la crise actuelle et à choisir consciemment la paix ».
Au Pakistan, où les chrétiens sont près de 2,5 millions mais subissent d’importantes persécutions, la Conférence épiscopale nationale (PCBC) a adopté une posture de silence prudent, en défendant l’harmonie interreligieuse et la protection des migrants sans faire de commentaire politique direct. De même, dans les pays majoritairement musulmans que sont la Malaisie, l’Indonésie et le Bangladesh, les Églises maintiennent un engagement discret mais ferme pour la paix, œuvrant en coulisses pour favoriser le dialogue interreligieux et l’aide humanitaire.
Aux Philippines, le cardinal José F. Advincula de Manille et Mgr Ruperto Cruz Santos du diocèse d’Antipolo ont également réagi en invitant les fidèles à « prier le chapelet chaque jour pour la paix et la réconciliation ». « Que la sagesse divine guide les puissants afin qu’ils choisissent le dialogue plutôt que la destruction, la réconciliation plutôt que la vengeance », ont-ils souligné, avant de s’adresser aux nombreux travailleurs philippins vivant dans la région déchirée par le conflit, dont 800 en Iran seulement.
Sources : CBCP News, Ucanews/John Dayal, Asianews