Père Silas Bogati, vicariat apostolique du Népal : « Ce changement radical était attendu »
Le père Silas Bogati, administrateur apostolique du vicariat apostolique du Népal, avec Chirendra Satyal, un converti catholique népalais, à Katmandou en août 2025.
© Anto Akkara / EWTN News
Le 13/03/2026
L’Église népalaise accueille favorablement la victoire écrasante du Rastriya Swatantra Party (RSP) aux élections du 5 mars, qui bouleversent l’équilibre politique. Pour le père Silas Bogati, administrateur apostolique du vicariat apostolique du Népal, ce scrutin exprime le rejet massif de la classe politique traditionnelle par une population lassée de l’instabilité et de la corruption. Porté par les jeunes et par la figure de Balendra Shah, le nouveau parti réformateur suscite de fortes attentes, y compris parmi la minorité chrétienne.
Le 9 mars, le père Silas Bogati, administrateur apostolique du vicariat apostolique du Népal, a réagi aux élections législatives nationales. Il a tout d’abord salué la victoire écrasante d’un nouveau parti politique soutenu par les jeunes, qui a profondément bouleversé le système politique traditionnel népalais. « C’est un mandat contre toutes les mauvaises conduites des élus et des partis politiques », a-t-il souligné. « Ce changement radical était attendu par les gens qui n’en pouvaient plus des dirigeants qui jouaient aux chaises musicales », a-t-il ajouté à propos des résultats du scrutin du 5 mars dernier dans la nation himalayenne.
Le Népal a connu quatorze gouvernements depuis 2008, lorsque le pays est devenu une démocratie après l’abolition de la monarchie hindoue, sans qu’aucun des trois principaux partis politiques n’emporte jamais une majorité claire. Mais le parti RSP (Rastriya Swatantra Party, ou Parti national indépendant), a remporté 125 des 165 sièges élus directement au Parlement lors du vote du 5 mars, selon la Commission électorale du Népal.
L’annonce officielle des résultats complets a été retardée car la commission doit encore allouer 110 sièges supplémentaires au Parlement, qui sont décidés sur la base d’un second vote organisé simultanément pour la représentation proportionnelle. Sous la direction de Balendra Shah, le candidat du RSP au poste de Premier ministre, âgé de 35 ans, le parti a surfé sur la vague de la colère populaire contre la classe politique traditionnelle. Balendra Shah, un rappeur devenu politicien, est maire de Katmandou, la capitale népalaise, depuis 2022, et il a assumé un rôle de premier plan au sein du RSP avant les élections.
De l’interdiction des réseaux sociaux aux bouleversements politiques
Les jeunes meneurs du soulèvement de septembre 2025, qui a provoqué la chute du gouvernement, ont désigné Balendra Shah comme le visage du nouveau mouvement politique. Le 8 septembre, alors que les jeunes manifestants s’étaient rassemblés contre une interdiction des réseaux sociaux ordonnée par le gouvernement, des tirs de la police ont fait au moins 19 morts, ce qui a plongé Katmandou et d’autres régions du Népal dans le chaos.
Des émeutes et des incendies criminels ont fait au moins 76 morts dans plusieurs villes, et le Parlement a été lui-même incendié. Le Premier ministre KM Sharma Oli a démissionné. Le gouvernement intérimaire, dirigé par Sushila Karki, ancienne présidente de la Cour suprême, a rétabli l’ordre et convoqué des élections.
Dans la circonscription de Jhapa-5, la victoire massive de Balendra Shah, avec 68 348 votes contre 18 734 pour l’ex-Premier ministre Oli quatre fois élu, symbolise le changement générationnel au Népal, rapporte le Himalayan Times, citant la Commission électorale du Népal. « Beaucoup de gens sont sous le choc face à ce bouleversement », a souligné le père Bogati. « Beaucoup de jeunes aspiraient à cela, et certains ont donné leur vie pour que cela arrive. » Face à la majorité des deux tiers obtenue par le RSP, le Congrès népalais a remporté 17 sièges, contre 8 pour le Parti communiste de KP Oli.

Selon le père Bogati, les élections se sont déroulées paisiblement, avec seulement quelques incidents mineurs. Les observateurs étrangers ont également confirmé que le processus électoral s’est correctement déroulé. Le taux de participation était d’environ 60 %, selon la Commission électorale, soit légèrement moins qu’aux élections de 2022 (61 %). « J’ai vu beaucoup de jeunes dans les bureaux de vote, mais aussi des gens de tout âge. Les jeunes ont senti que ce scrutin leur appartenait. »
« Une grande espérance pour les chrétiens »
« Nous sommes très heureux des résultats. Pour la première fois, nous aurons un gouvernement avec une majorité claire pour répondre aux aspirations de la population. Ce sera certainement une bonne chose pour le peuple », a commenté Gyan Rai, pilote à la retraite et responsable de la branche népalaise du réseau catholique laïque CFC (Couples for Christ).
« Le pouvoir politique a basculé des mains des dirigeants traditionnels vers les jeunes », a ajouté Gyan Rai. De son côté, le père Bogati s’est montré optimiste quant au fait que le nouveau gouvernement « mettra fin à la corruption, créera des opportunités d’emploi et assurera une meilleure gouvernance, ainsi que la liberté de religion pour l’Église ».
Bien que l’Église catholique ait été la première confession chrétienne à s’implanter durablement au Népal à l’époque contemporaine, quand les missionnaires sont arrivés en 1950 à l’invitation du gouvernement dans le but d’ouvrir des écoles, elle est restée relativement petite, avec moins de 10 000 fidèles. À l’inverse, les Églises évangéliques et protestantes comptent plus d’un million de fidèles dans ce pays de près de 30 millions d’habitants, suite à l’assouplissement des restrictions sur les conversions après la déclaration du Népal comme État laïque en 2006.
« L’enthousiasme est immense ici face à l’arrivée des jeunes générations au pouvoir. Les résultats des élections représentent aussi une grande espérance pour les chrétiens », assure Chirendra Satyal, l’un des plus éminents convertis au catholicisme au Népal, issu d’une famille royale de prêtres hindous. Le parti nationaliste hindou RPP (Rashtriya Prajatantra Party ou Parti national du peuple), « qui voulait restaurer le Népal comme un royaume hindou, a encore perdu du terrain cette fois-ci. Il n’a remporté qu’un seul siège », asouligné Chirendra Satyal.
Sources : EWTN News, Anto Akkara ; Asianews