Birmanie : 160 ans de mission des Sœurs du Bon Pasteur auprès des pauvres et des déplacés
Les Sœurs du Bon Pasteur ont fêté leurs 160 ans de présence en Birmanie le 12 mars en présence du cardinal Bo.
© Santosh Digal / Asianews
Le 20/03/2026
Les Sœurs du Bon Pasteur sont arrivées en Birmanie en 1866. Depuis, elles ont maintenu une présence constante auprès des plus vulnérables. Actives auprès de neuf communautés, elles apportent des soins, une aide éducative et un soutien aux femmes victimes de violence, de traite et de pauvreté, dans un pays marqué par l’instabilité politique et la guerre. Le 12 mars, en célébrant le 160e anniversaire de leur présence dans le pays, le cardinal Bo, président des évêques birmans, a salué « un témoignage d’amour sans limites ».
Depuis 160 ans, les Sœurs de Notre-Dame de Charité du Bon Pasteur œuvrent en Birmanie au service des pauvres et des plus vulnérables avec dévouement et compassion. Depuis 1866, leur mission – qui comprend l’éducation, la santé, le travail missionnaire, les services sociaux et la pastorale – témoigne de l’Évangile de manière vivante et fructueuse.
Aujourd’hui, plus de 50 d’entre elles travaillent dans neuf communautés à travers les États Kachin, Shan et Kayah, et dans les divisions de Mandalay, de Bago et de Rangoun. Les sœurs apportent aux jeunes femmes une éducation et une formation professionnelle. Elles travaillent aussi dans le secteur médical, notamment auprès des enfants séropositifs et de ceux dont les parents le sont ou souffrent de toxicomanie. De plus, les religieuses œuvrent pour la protection de l’enfance et la prévention des violences faites aux femmes.
Elles prennent également soin des enfants des rues et des femmes menacées par la traite des êtres humains. Par ailleurs, la congrégation participe activement à l’aumônerie en milieu carcéral et à l’aide sociale. Elle soutient aussi les droits humains, la dignité des personnes, l’égalité des genres, le droit à la vie, la durabilité environnementale, ainsi que la justice et la paix. En Birmanie, elles encouragent également le dialogue interreligieux, notamment avec les bouddhistes, majoritaires dans le pays, afin de favoriser la compréhension mutuelle et la coopération sur les questions sociales touchant les populations et les communautés vulnérables.
L’accès à l’éducation fragilisé à cause du conflit
L’un de leurs centres est situé à Myit Nge, dans le centre du pays, où les sœurs accueillent une quarantaine d’enfants issus de zones de conflit. Le centre emploie quatre enseignants et deux religieuses. Appelé « Kalay Saunt Shout Yae Gayhar » (« espace ouvert aux enfants »), il a été fondé en 2021 pour venir en aide aux élèves touchés par la pandémie de Covid-19 et le conflit politique consécutif au coup d’État militaire de 2021.
Dans ce contexte, l’éducation de nombreux jeunes birmans a été compromise. Les sœurs les aident donc à poursuivre leurs études et à construire leur avenir malgré les obstacles. Sœur Amy Martina, directrice du centre, explique que les parents de ces enfants sont pauvres et profondément affectés par la situation tragique que traverse actuellement la Birmanie.
Par ailleurs, à Loikaw, une région actuellement touchée par le conflit, les Sœurs du Bon Pasteur viennent en aide aux personnes déplacées de différents villages qui ont fui les violences. Selon sœur Florence, qui travaille dans un refuge pour les femmes victimes de violences conjugales, les familles de Loikaw vivent dans des abris de fortune à cause de l’instabilité constante.
La population de Loikaw vit dans des conditions précaires, sans accès aux soins d’urgence ni aux moyens de subsistance. Les combats entre les Forces de défense populaire (FDP) et l’armée nationale se poursuivent, avec des échanges de tirs et des bombardements répétés autour de la ville. Dans la région de Daw U Khu, les sœurs apportent aussi leur aide aux familles déplacées dans des monastères bouddhistes.
« L’objectif est de les aider à gagner leur vie et à mener une vie digne »
À Mandalay, l’ancienne capitale royale, les sœurs dirigent le « Centre d’autonomisation des jeunes femmes Rose Virginie », où elles proposent des formations professionnelles aux femmes afin de leur assurer un avenir et des moyens de subsistance. Le centre est destiné à aider les femmes victimes de violences ou de traite des êtres humains. « L’objectif est de les aider à gagner leur vie et à mener une vie digne », selon sœur Chaw Su Aung, coordinatrice.
Le centre propose des formations en comptabilité, en informatique et en cuisine. On y enseigne la gestion du temps et la maîtrise de soi ; les participantes sont aussi sensibilisées à des problématiques telles que la traite des êtres humains, les droits des femmes et l’exploitation. À l’issue de la formation, les femmes et les jeunes filles sont placées dans des environnements sûrs et adaptés. Le centre accueille une cinquantaine de femmes de confession catholique, baptiste, bouddhiste et musulmane, originaires de zones de conflit comme l’État Kachin et d’autres bastions ethniques, notamment les États Kayah, Chin et Karen.
« Leur parcours témoigne d’une mission qui ne cesse de s’épanouir »
Les religieuses ont célébré le 160e anniversaire en Birmanie le 12 mars dernier. Le cardinal Charles Maung Bo, archevêque de Rangoun, a présidé une messe d’action de grâce à cette occasion. Dans son homélie, il a remercié Dieu et les sœurs pour leur service rendu au pays, malgré les difficultés. « Leur parcours témoigne d’un amour sans limites et d’une mission qui ne cesse de s’épanouir », a-t-il déclaré. « Puisse l’esprit du Bon Pasteur continuer de les guider pendant de nombreuses années encore. »
« Aujourd’hui marque une étape fondamentale pour la communauté catholique et le peuple de Birmanie. Nous nous sommes réunis dans la prière et la joie pour célébrer le 160e anniversaire de l’arrivée des Sœurs du Bon Pasteur dans notre cher pays », s’est réjouie sœur Rebecca Kay Thi Oo, responsable de la congrégation pour l’Asie de l’Est (Birmanie, Thaïlande, Cambodge et Vietnam).
Elle a également rendu hommage aux pionnières et aux sœurs qui ont suivi leurs traces, en servant avec amour, courage et dévouement. « Ces 160 années marquent une étape importante pour nous toutes, nous invitant à renouveler notre engagement envers Dieu, tandis que nous poursuivons notre mission de justice, de miséricorde, de respect, de dignité humaine et de réconciliation afin de bâtir une société meilleure », a ajouté sœur Rebecca.
Incarner l’espérance et la compassion au milieu des crises
Depuis leur arrivée en Birmanie en 1866, les Sœurs du Bon Pasteur incarnent l’espérance, la compassion et le dévouement. Pendant seize décennies, elles ont œuvré aux côtés des populations marginalisées, offrant aux femmes et aux filles des moyens d’autonomisation, une éducation de qualité, un développement holistique aux jeunes, ainsi que le réconfort et la protection aux plus vulnérables, s’inspirant de la foi du Bon Pasteur.
La congrégation a été fondée en France, à Angers, en 1835 par sainte Marie-Euphrasie Pelletier (1796-1868). Elle a été approuvée la même année par le pape Grégoire XVI. Par la suite, les sœurs ont été invitées à se rendre en Birmanie par Mgr Paul Ambroise Bigandet, premier vicaire apostolique en Basse-Birmanie.
À leur arrivée en 1866, elles ont dû faire face à d’immenses difficultés liées à la présence de nombreuses ethnies et autres populations : pauvreté, guerres civiles interethniques, analphabétisme et corruption, sans compter des catastrophes naturelles telles que des sécheresses et des inondations. De plus, le pays manquait de techniques agricoles modernes et ses infrastructures étaient insuffisantes.
Durant les années 1960, le pays a adopté le socialisme birman et lancé une campagne de nationalisation, ce qui a favorisé un sentiment antioccidental et la répression des missionnaires. Ces mesures ont porté un coup dur à l’économie du pays et aggravé la pauvreté. En 1973, des Sœurs du Bon Pasteur sont retournées en Birmanie pour relancer leur mission, en enseignant le catéchisme et l’anglais dans les séminaires. Depuis, elles poursuivent leur œuvre pastorale dans différents diocèses.
(Avec Asianews, Santosh Digal)