Birmanie

Birmanie : pas de carburant pour les civils, mais suffisamment pour les bombardements de la junte

Un raid arien de l’armée birmane a causé au moins 17 morts et 20 blessés vendredi 20 mars dans un monastère bouddhiste de la région de Sagaing, dans le Nord. Un raid arien de l’armée birmane a causé au moins 17 morts et 20 blessés vendredi 20 mars dans un monastère bouddhiste de la région de Sagaing, dans le Nord. © Indaw Revolution-IR
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La junte birmane a imposé de nouvelles restrictions de carburant, en limitant les automobilistes à deux pleins par semaine face aux pénuries liées aux tensions au Moyen-Orient. Mais tandis que la population fait face à de graves difficultés d’approvisionnement, l’armée de l’air reste pleinement opérationnelle. Vendredi 20 mars, un bombardement contre un monastère bouddhiste dans le nord du pays a fait au moins 17 morts, illustrant le contraste entre les restrictions civiles et la priorité donnée aux opérations militaires.

En Birmanie, la junte militaire a imposé de nouvelles restrictions sur le carburant à usage civil à cause de la guerre au Moyen-Orient. Cependant, le régime poursuit sans relâche sa campagne de bombardements contre des cibles civiles, réservant le peu de carburant disponible à ses propres avions.

Ainsi, vendredi 20 mars, au moins 17 civils ont été tués lors d’une frappe aérienne contre un monastère bouddhiste à Katha, une commune de la région de Sagaing, au nord du pays. Plus d’une centaine de personnes déplacées étaient hébergées sur place, dont une vingtaine ont été grièvement blessées lors de l’attaque.

D’après des sources locales, parmi les victimes se trouvaient des moines qui avaient ouvert le monastère comme refuge. Au moment du raid aérien, des habitants et des sources liées aux groupes de résistance ont indiqué qu’aucun combat n’était en cours dans le secteur.

Les personnes déplacées hébergées au monastère étaient des familles qui avaient quitté leurs villages en décembre 2025 à cause de la violence croissante des affrontements entre le régime militaire, dirigé par le général Min Aung Hlaing, et les groupes de résistance armés locaux.

Immédiatement après l’attaque du vendredi 20 mars, les autorités ont coupé les communications téléphoniques et suspendu les connexions Internet afin de retarder la diffusion de l’information.

La semaine dernière également, des avions de l’armée de l’air ont bombardé des écoles, des villages et d’autres bâtiments civils à Kani, Ayadaw et Myaung, tous des cantons de Sagaing, l’un des bastions des groupes ethniques armés qui combattent la Tatmadaw (le nom officiel des forces armées birmanes).

Le gouvernement affirme disposer de réserves nationales pour 50 jours

Parallèlement, les organisations humanitaires ont signalé une grave pénurie de médicaments, d’anesthésiques et de matériel chirurgical. Cette situation est aggravée par les difficultés de transport causées par la crise énergétique qui frappe le pays en raison de la guerre lancée par les États-Unis et Israël contre l’Iran.

De longues files d’attente se sont formées devant les stations-service, afin d’obtenir quelques litres d’essence, ce qui a entraîné la fermeture des stations quelques heures seulement après avoir été approvisionnées.

À Rangoun, le prix du diesel premium a bondi en une seule journée, passant de 3 560 kyats (1,47 euro) à 4 820 kyats (1,99 euro) le litre. Au marché noir, le prix de l’essence sans plomb 92 a atteint 7 000 à 10 000 kyats (4,12 euros) le litre.

Le gouvernement, affirmant disposer de réserves nationales pour 50 jours, a instauré de nouvelles restrictions, limitant les automobilistes à deux pleins par semaine. Cette nouvelle mesure, annoncée par le ministère de l’Information, remplacera dans les prochaines semaines le système de circulation alternée mis en place au début du mois.

La semaine de travail des employés du secteur public a également été réduite à quatre jours, tandis que les autorités ont exhorté le secteur privé à faire de même.

L’armée de l’air reste pleinement opérationnelle malgré les pénuries

Malgré les pénuries de carburant, les opérations militaires de la junte ne semblent pas avoir été affectées. En effet, alors que les civils ne peuvent même pas faire le plein de leur moto, le régime dispose de suffisamment de carburant pour que ses avions puissent bombarder un monastère abritant des femmes et des enfants, ainsi que l’ont indiqué des sources locales.

Selon le groupe militant Blood Money Campaign, au cours des trois derniers mois seulement, l’armée de l’air a consommé plus de 1,94 million de gallons de carburant, soit 8,8 millions de litres, pour un coût de plus de 4,16 millions de dollars américains.

Ce chiffre provient d’une évaluation basée sur la consommation horaire moyenne des principaux avions en service dans l’armée de l’air birmane, dont la flotte comprend des avions de fabrication russe, chinoise, pakistanaise et serbe, notamment des chasseurs Su-30SME, MiG-29 et Yak-130.

D’après le rapport, le Su-30SME est celui qui consomme le plus de carburant, avec environ 1 500 gallons par heure, suivi du MiG-29 avec 900 gallons. D’autres appareils comme le JF-17 et le F-7M consomment environ 600 gallons par heure.

En termes de coûts, cela représente une dépense d’environ 500 à 3 500 dollars par heure de vol, selon le type d’appareil.

Ces estimations sont basées sur un prix moyen du carburant d’environ 2,15 dollars le gallon avant la crise internationale actuelle, précise l’évaluation, et n’incluent pas d’autres coûts d’exploitation tels que les armements, l’entretien et la logistique.

Autrement dit, alors que des millions de citoyens birmans sont confrontés à des coupures d’électricité, à des hausses de prix et à des restrictions de voyage, la force aérienne birmane reste pleinement opérationnelle, utilisant d’importantes quantités de carburant pour soutenir les raids contre les zones contrôlées par les groupes de résistance.

(Avec Asianews)

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