Le Sri Lanka commémore le 7e anniversaire des attentats du dimanche de Pâques 2019
Un mémorial érigé devant l’église Saint-Sébastien de Katuwapitiya, à Negombo, qui porte les noms des martyrs décédés durant les attentats de Pâques 2019.
© Ucanews
Le 22/04/2026
Mardi 21 avril, le Sri Lanka a commémoré le 7e anniversaire des attentats du dimanche de Pâques. Sept ans après, l’Église locale renouvelle son appel à la vérité et à la justice, tandis que les enquêtes progressent malgré des résistances. Le 21 avril 2019, des attentats-suicides coordonnés ont frappé trois églises et trois hôtels de Colombo et Negombo, causant 269 morts dont 42 étrangers et près de 500 blessés. Ces attaques demeurent les actes de violence les plus meurtriers qu’ait connu le pays depuis la fin de la guerre civile.
Le 21 avril 2019 reste une journée marquée par le deuil pour Antony Fernando, survivant et témoin des attentats meurtriers du dimanche de Pâques au Sri Lanka. « Ce fut l’heure la plus difficile de ma vie », confie-t-il. Ce jour-là, cet homme de 54 ans, accompagné de ses deux filles (Rashmi, 13 ans, et Dilki, 10 ans) et de sa mère (Mary Fernando, 76 ans), s’est joint à des centaines de catholiques à l’église Saint-Sébastien de Negombo, un bastion catholique près de la capitale, Colombo.
Sa mère, très pieuse et coiffée d’un voile blanc, occupait une place au premier rang tandis qu’Antony était assis avec ses enfants près de la porte. L’édifice faisait partie des trois églises et des trois hôtels de luxe de Colombo et Negombo ciblés par des attentats-suicides simultanés perpétrés par des militants du National Thowheed Jamaath, un groupe extrémiste local peu connu.
Peu avant que l’explosion ne secoue l’église, Antony Fernando a vu le poseur de bombe entrer dans le bâtiment bondé avec un sac. La puissante explosion a tué 115 personnes, beaucoup sur le coup et d’autres plus tard à l’hôpital. Serrant ses enfants contre lui, il s’est précipité vers l’endroit où sa mère était assise. Il l’a trouvée étendue sans vie dans une mare de sang, la tête penchée sur la gauche.
Elle serrait toujours son chapelet contre elle malgré le souffle de l’explosion. À ce moment-là, le chaos s’est abattu sur l’intérieur de l’église, avec du sang et des débris partout. Ses enfants se sont rétablis physiquement après un bref traitement, mais ils ont cessé de parler pendant des mois, visiblement traumatisés par l’agression. « Je vois encore de la peur dans leurs yeux, sept ans après », raconte-t-il.
À Negombo, la douleur a continué de peser sur les familles des personnes décédées ou grièvement blessées. « Pendant des semaines, le chagrin a tout envahi », poursuit Antony Fernando. Il ajoute que le nombre de morts augmentait, les victimes succombant à leurs blessures les jours suivants. Il s’agit d’un des attentats terroristes les plus meurtriers qu’a connus le pays, avec 269 morts, dont 42 étrangers, et environ 500 blessés.

L’enquête est restée longtemps au point mort
Au fil des ans, les familles des victimes, les survivants et les organisations de défense des droits humains ont réclamé une enquête impartiale, ainsi que justice et réparation. L’enquête est restée longtemps au point mort, les gouvernements successifs étant accusés de négligence et de politisation du processus.
L’Église locale, menée par le cardinal Malcolm Ranjith, archevêque de Colombo, a rejeté à plusieurs reprises les enquêtes menées par l’État et a appelé à une enquête internationale indépendante. Selon des médias étrangers, ces attentats s’inscrivaient dans un complot visant à assurer le retour au pouvoir de l’ancienne et puissante dynastie Rajapaksa. Cette famille, dirigée par les anciens présidents Mahinda Rajapaksa et Gotabaya Rajapaksa, a depuis été renversée par un soulèvement populaire massif en juillet 2022.
Après des années de retard, l’enquête a pris un nouvel élan après la formation du premier gouvernement de gauche au Sri Lanka, sous la présidence actuelle d’Anura Kumara Dissanayake, à la suite des élections nationales de 2024. Dans le cadre de l’enquête, la police a arrêté l’ancien chef du Service de renseignement de sécurité, Suresh Sallay, le 24 février 2026, à la suite de rassemblements et de pétitions lancés par des groupes politiques et des ONG.
Suresh Sallay est accusé de ne pas avoir agi pour empêcher les attentats malgré des informations préalables, et d’avoir des liens présumés avec l’organisation terroriste, accusations qu’il aurait niées. Ananda Wijepala, ministre de la Sécurité publique du Sri Lanka, a déclaré au Parlement le 9 avril dernier que les preuves montrent que l’attaque n’était pas un acte isolé mais faisait partie d’un complot de grande envergure planifié depuis 2017.
Il a indiqué que ces attentats à la bombe faisaient partie d’une « chaîne interconnectée » d’attentats qui comprenait des meurtres de policiers à Vavunathivu en 2018, des agressions contre la statue de Bouddha de Mawanella et des arrestations d’extrémistes à Wanathawilluwa en 2019 impliquant des explosifs. Ananda Wijepala a ajouté que Suresh Sallay était au courant des activités des extrémistes et qu’il n’avait pris aucune mesure préventive, ce qui pourrait démontrer son implication dans le complot.
Les victimes des attentats reconnues comme « Témoins de la foi »
De son côté, le cardinal Ranjith a rappelé que l’Église avait déjà écrit aux politiciens et aux commissions nommées par le gouvernement pour exprimer ses inquiétudes concernant le processus d’enquête, mais que ces avertissements avaient été largement ignorés. « Nous n’avons pas encore découvert les faits réels à ce sujet. Nous devons les découvrir », a-t-il déclaré le 13 avril lors d’une conférence de presse à Colombo. Il a affirmé que des « personnes influentes » avaient tenté d’entraver les enquêtes et de dissimuler la vérité, et qu’elles devaient être considérées comme des « agents du mal ».
Le 19 avril dernier, le dimanche précédant le septième anniversaire, toutes les églises catholiques du Sri Lanka ont organisé des prières spéciales pour les victimes et pour la justice. Le 21 avril, les cloches des églises ont sonné simultanément pour commémorer l’anniversaire de l’attentat. Les catholiques ont observé des minutes de silence, allumé des bougies, récité des prières spéciales et organisé des rassemblements dans les rues.
L’Église locale a approuvé une prière spéciale pour la vérité et la justice, qui sera récitée dans toutes les églises. Cette décision fait suite à la reconnaissance par le Vatican, en 2025, des victimes des attentats du dimanche de Pâques comme « Témoins de la foi ».
Le militant des droits de l’homme Ranil Nishantha affirme quant à lui que des forces politiques puissantes ont tenté de dissimuler la vérité et même de mettre fin au processus d’enquête, mais qu’elles ont échoué. Les procédures judiciaires n’ont pas encore connu de progrès notables.
Cependant, le tribunal a ordonné à l’ancien président, Maithripala Sirisena, de verser 100 millions de roupies (environ 333 300 dollars américains), tandis que d’anciens hauts responsables de la police et des services de renseignement ont été condamnés à verser des sommes allant de 10 à 75 millions de roupies aux familles des victimes et aux survivants à titre de compensation.
Des personnes comme Antony Fernando gardent espoir que justice sera rendue un jour, même si elles continuent de se plaindre d’ingérence politique. « Les responsables doivent être identifiés », insiste-t-il. « Nous continuons de prier Dieu sans relâche. Même si personne ne rend justice, Dieu finira par la rendre. »
(Avec Ucanews)