Vietnam

La famille vietnamienne en mutation : moins d’enfants et une plus grande solitude

Une famille vietnamienne durant le nouvel an lunaire. Une famille vietnamienne durant le nouvel an lunaire. © Asianews
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Le 28 juin, le Vietnam a célébré la Journée de la famille, un rendez-vous annuel institué en 2001. Mais de plus en plus, le pays s’interroge face aux changements en cours et à l’avenir des traditions locales. Alors que le divorce et le déséquilibre entre les sexes figurent parmi les défis à relever, le gouvernement met en avant quatre valeurs familiales fondamentales : la prospérité, le bonheur, le progrès et la civilisation.

Au Vietnam, la famille évolue et s’adapte aux influences extérieures tout en préservant les valeurs fondamentales – du moins selon le discours officiel du Parti communiste au pouvoir. Tel est le portrait qui se dessine du noyau fondateur de la société vietnamienne, alors que la Journée de la famille, instituée en 2001, vient d’être célébrée le 28 juin dans tout le pays : une force étroitement liée à la pérennité sociale, à la qualité des ressources humaines et au développement à long terme du pays.

Alors que le Vietnam accélère son industrialisation, sa modernisation, sa transformation numérique et son intégration internationale, les familles traversent de profondes mutations. Selon des universitaires et des chercheurs, cités par Vietnamplus, ces changements créent de nouvelles opportunités, mais représentent aussi un défi pour la préservation des valeurs traditionnelles.

D’un côté, la famille est restée un pilier fondamental de la société, car outre son rôle dans l’éducation des générations futures et la préservation des traditions culturelles, elle constitue le principal environnement où se forgent les personnalités, les valeurs et les aspirations. Cependant, Nguyen Huu Minh, professeur et président de l’Association vietnamienne de sociologie, explique que les familles ont « considérablement évolué, tant dans leur structure que dans leur fonctionnement ».

La taille des familles a progressivement diminué, passant d’une moyenne de 5,2 membres en 1979 à 3,6 en 2024, les familles élargies cédant la place aux familles nucléaires. Ce phénomène reflète l’urbanisation et l’industrialisation. Néanmoins, cette évolution a fragilisé le soutien intergénérationnel et la cohésion familiale.

« Les familles ont profondément évolué dans leur structure et dans leur fonctionnement »

Un autre sujet de préoccupation est le déséquilibre persistant du sex-ratio à la naissance, qui se maintient autour de 111 garçons pour 100 filles. Si cette tendance se poursuit, on estime qu’au cours des dix prochaines années, environ 3,5 millions d’hommes vietnamiens pourraient rencontrer des difficultés à trouver une conjointe.

La dynamique de la prise en charge familiale a également évolué : avec la généralisation des familles nucléaires, le nombre de proches disponibles pour s’occuper des personnes âgées et des enfants a diminué. Les migrations professionnelles, tant à l’intérieur du pays qu’à l’étranger, contraignent de nombreux parents à travailler loin de chez eux.

Parallèlement, les services publics de soins aux personnes âgées restent limités et les établissements privés sont trop onéreux pour la plupart des familles. Les enfants dont les parents travaillent loin dépendent souvent de leurs grands-parents ou d’aidants, qui ne sont pas toujours en mesure de leur apporter un soutien éducatif et affectif suffisant. Cela peut entraîner des répercussions sur le développement de leur personnalité et leur bien-être psychologique. Le professeur Minh lui-même évoque des cas d’enfants qui ont souffert d’une « profonde détresse émotionnelle due à l’éloignement prolongé de leurs parents ».

La hausse des taux de divorce représente un autre défi : au cours des 30 dernières années, le taux de séparation au Vietnam a été multiplié par sept. Si le divorce peut offrir aux adultes un nouveau départ, ce sont souvent les enfants qui subissent les conséquences émotionnelles les plus lourdes, en raison des litiges liés à la garde et des conflits prolongés entre les parents.

Les technologies numériques remodèlent également les relations : il est de plus en plus fréquent que les membres d’une famille soient absorbés par leurs smartphones, tablettes ou télévisions, même pendant les repas, ce qui réduit les interactions directes et fragilise les liens affectifs. De plus, les parents ont de plus en plus de mal à encadrer et à surveiller la vie numérique de leurs enfants, ce qui creuse le fossé générationnel.

Selon le Parti, les valeurs qu’il défend ont toutes des origines familiales

La vice-ministre de la Culture, des Sports et du Tourisme, Trinh Thi Thuy, a déclaré que les transformations actuelles de la famille sont une conséquence inévitable du développement et qu’elles entraînent des répercussions sur l’éducation, les soins, la protection, les liens intergénérationnels et la préservation culturelle.

Le vieillissement de la population, la baisse de la natalité, les difficultés à concilier vie professionnelle et vie familiale, la hausse des divorces, le fossé générationnel grandissant et l’influence croissante des technologies numériques constituent autant de nouveaux défis. Cependant, les experts s’accordent à dire que malgré les mutations sociales, la famille demeure le fondement de la formation de citoyens responsables.

À ce stade, la rhétorique de l’État et du Parti communiste intervient également pour défendre l’institution et les principes qu’elle représente. Selon la doctrine officielle, des valeurs telles que le patriotisme, le respect de la loi, la compassion, la moralité et l’identité culturelle ont toutes des origines familiales.

La résolution n° 80-NQ/TW du Politburo sur le développement de la culture vietnamienne identifie quatre valeurs familiales fondamentales : la prospérité, le bonheur, le progrès et la civilisation. Le professeur Minh conclut en affirmant que ces principes « peuvent s’intégrer à la société moderne » mais qu’ils devraient être traduits « en indicateurs mesurables ».

Des définitions claires de la prospérité, du bonheur, du progrès et de la civilisation devraient être intégrées aux objectifs de développement socio-économique locaux, de même que des indicateurs sur l’égalité des sexes et le bien-être familial – des domaines qui reçoivent actuellement une attention insuffisante.

(Avec Asianews)

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