Cambodge

Appel de Mgr Olivier Schmitthaeusler : « Le Cambodge veut faire entendre sa voix »

© Vicariat apostolique de Phnom Penh
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Ce 7 janvier, Mgr Olivier Schmitthaeusler, vicaire apostolique de Phnom Penh, a publié une lettre intitulée « Silence ? ». À quelques jours de la 59e journée mondiale de la paix, célébrée le 1er janvier dernier, l’Église à Phnom Penh lance un « cri » pour la paix, après plusieurs semaines de conflit entre le Cambodge et la Thaïlande : « Aujourd’hui, le Cambodge veut faire entendre sa voix pour demander justice et réparation sur la scène de ce monde où le pouvoir de la force semble être devenu la règle ! » Ad Extra publie ici la lettre intégrale.

« En ce temps-là, les bergers se hâtèrent d’aller à Bethléem, et ils découvrirent Marie et Joseph, avec le nouveau-né couché dans la mangeoire. » (Lc 2, 16)

Le pouvoir de Dieu, c’est sa fragilité dans un nouveau-né !

Noël, c’est le renversement des certitudes de l’homme : le pouvoir au plus fort, la richesse au plus cruel, la vie au plus sanguinaire. Dieu tout puissant, créateur du ciel et de la terre, se fait homme dans un nouveau-né, fragile et sans défense.

Et ce Jésus, victime innocente de la jalousie et de la haine des hommes, du pouvoir religieux et temporel, de la cruauté et l’avidité du monde, mourra sur une croix infamante !

De cette croix, signe de la violence et de l’inhumanité du cœur de l’homme, naîtront la vie, la vie éternelle et le salut pour tous ceux qui aiment en acte et en vérité !

« Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur. » (Lc 16, 19)

Le silence de Marie devient une prière pour qu’en Jésus chacun puisse être sauvé.

Cependant, ce dont nous sommes témoins aujourd’hui, nous appelle à la prière certes, mais non au silence !

L’Ukraine, Gaza, le Cambodge, le Vénézuéla !

Le pouvoir appartiendrait-il seulement au plus fort ?

« Silence du monde, silence de toutes les institutions internationales… ! »

Des philosophes grecs aux penseurs chrétiens, 2 500 ans de long labeur pour construire les valeurs de la démocratie, de la liberté et de la souveraineté des peuples peuvent-ils être balayés en quelques mois au nom d’intérêts géopolitiques et au mépris du droit international, et plus encore des petites gens qui sont les nouveaux martyrs de ce vingt-unième siècle ?

Le monde débat sur la légitimité de cette intervention américaine au Vénézuéla… mais au même moment, les bulldozers thaïlandais rasent les habitations de civils cambodgiens sur des kilomètres, les barbelés et les conteneurs bloquent l’accès aux villages. Silence du monde ! Silence de toutes les institutions internationales ! Silence !

Des temples, lieux sacrés par excellence de vénération des dieux et mémoire de l’humanité, ont été réduits en poussière. Silence du monde !

Malgré un cessez-le-feu, des centaines de milliers de civils et d’enfants sont toujours dans des camps de misère. Silence de tous !

Marie gardait tous ces événements dans son cœur, Jésus, l’Innocent, s’est tu devant Pilate, le symbole de l’envahisseur.

Mais aujourd’hui, le Cambodge veut aussi faire entendre sa voix pour demander justice et réparation sur la scène de ce monde où le pouvoir de la force semble être devenu la nouvelle règle !

Silence, certes, pour prier Dieu de nous éclairer, de donner sagesse et discernement aux dirigeants du monde pour que nous puissions marcher sur les chemins de la vérité, du droit et de la justice, mais certainement pas silence pour nous taire et laisser les innocents être bafoués et méprisés, comme s’il y avait des échelles de valeurs dans les vies humaines !

« Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent ; la vérité germera de la terre et du ciel se penchera la justice. » (Ps 85, 11-12)

« La bonté est désarmante. C’est peut-être pour cela que Dieu s’est fait petit enfant. Le mystère de l’Incarnation, qui atteint son abaissement le plus complet dans la descente aux enfers, commence dans le sein d’une jeune mère et se manifeste dans la mangeoire de Bethléem. “Paix sur la terre”, chantent les anges en annonçant la présence d’un Dieu sans défense, dont l’humanité ne peut se découvrir aimée qu’en prenant soin de lui (cf. Lc 2, 13-14). Rien ne possède autant le pouvoir de nous changer qu’un enfant.  (…) Partout dans le monde, il est à souhaiter que “chaque communauté devienne une ‘maison de paix’, où l’on apprend à désamorcer l’hostilité par le dialogue, où l’on pratique la justice et cultive le pardon” » (Pape Léon XIV, le 1er janvier 2026)

+Olivier SCHMITTHAEUSLER

Vicaire Apostolique de Phnom Penh

Église catholique du Cambodge

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