Bouddhistes et chrétiens pour une paix « désarmée et désarmante »
Pour le Vatican, la fête bouddhiste de Vesak est une occasion d’adresser un message de vœux et un appel à la paix.
© Johann Lensless / CC BY-SA 3.0
Le 15/05/2026
Début mai, le Dicastère pour le dialogue interreligieux a adressé un message de vœux aux bouddhistes du monde entier à l’occasion de la fête de Vesak. « Puisse la bonté briser le cycle de la suspicion et ouvrir des voies là où il n’y en avait aucune qui paraissait possible », peut-on y lire. « Puisse la prière, la contemplation et la transformation intérieure être les sources les plus profondes d’une paix que les croyants puissent construire ensemble plutôt que d’être de simples spectateurs passifs. »
Le Dicastère pour le dialogue interreligieux a publié un message à l’occasion de la fête de Vesak, qui commémore la naissance, l’illumination et le décès du Bouddha. Dans ce document, le département du Vatican exprime l’espoir que « les bouddhistes et les chrétiens puissent de plus en plus témoigner de cette paix désarmante – une paix qui guérit les blessures, restaure les relations et ouvre de nouveaux horizons pour l’humanité ».
Signée par le président du dicastère, le cardinal George Jacob Koovakad, et son secrétaire, Mgr Indunil Janakaratne Kodithuwakku Kankanamalage, la lettre souligne l’appel inhérent à cette célébration « à renouveler le chemin de la sagesse, de la compassion et de la paix ».
Les deux prélats citent le message du pape Léon XIV publié pour le 1er janvier 2026, affirmant que la paix « a le doux pouvoir d’éclairer et d’élargir notre compréhension ; elle résiste à la violence et la vainc. La paix est un souffle d’éternel : tandis qu’au mal nous crions ‘Assez !’, à la paix nous murmurons ‘À jamais !’ » (Message pour la 59e Journée mondiale de la paix, 1er janvier 2026).
« À notre époque, nous ne pouvons toutefois ignorer les ombres qui pèsent sur le monde. Guerres, violence, montée des nationalismes ethnoreligieux et instrumentalisation de la religion continuent de blesser notre humanité commune », écrivent les deux prélats. « Dans un monde qui paraît de plus en plus fragile et parfois marqué par un inquiétant sentiment de régression, l’appel à la paix se fait plus pressant que jamais. »
« C’est là que nos traditions spirituelles peuvent apporter une contribution essentielle », soulignent-ils. « La bonté est véritablement désarmante ; elle brise le cycle de la suspicion et ouvre des voies là où il n’y en avait aucune qui semblait possible. Dans leur expression la plus aboutie, nos traditions nous invitent à purifier nos cœurs de toute hostilité, à transcender les frontières et à nous reconnaître les uns les autres comme membres d’une seule et même famille humaine. »
« Avec tous les croyants, nous sommes invités à devenir des artisans de paix »
Le message cite le Bouddha : « La haine ne s’apaise jamais par la haine ; seule la non-haine l’apaise. Telle est une loi éternelle » (Dhammapada 5 ). Et encore : « Que nul ne trompe autrui ni ne méprise aucun être… Que nul, par colère ou par malveillance, ne souhaite du mal à autrui » (Sutta Nipata 1.8 – Metta Sutta ).
Ces paroles, indique le communiqué, doivent être lues en même temps que l’appel de Jésus à ses disciples à « aimer leurs ennemis et prier pour ceux qui les persécutent » (Matthieu 5, 44) et que la bénédiction des artisans de paix (Matthieu 5, 9). En effet, « les deux traditions convergent pour désigner une paix vécue – une paix qui désarme les cœurs avant de désarmer les mains », écrivent le cardinal Koovakad et Mgr Kodithuwakku.
Pour tous deux, les chefs religieux sont appelés « à être d’authentiques partenaires dans le dialogue et de véritables agents de réconciliation. Avec tous les croyants, nous sommes invités à devenir des artisans de paix – non pas des observateurs passifs, mais des témoins courageux capables de favoriser la rencontre, de panser les blessures et de reconstruire la confiance ».
Les citoyens ordinaires et les croyants, ajoutent-ils, ont également le devoir de « promouvoir la paix, de dénoncer l’injustice et d’exhorter ceux qui détiennent l’autorité à ne pas attiser les divisions, mais à privilégier le dialogue à la confrontation. Nous devons aussi nous garder de devenir complices par le silence ou la peur. »
À cette fin, « chaque communauté est ainsi appelée à se développer comme un lieu où l’hostilité est surmontée par la rencontre, où la justice est pratiquée et où le pardon est chéri ».
Pour être désarmée et désarmante, la paix doit puiser sa force à ses sources les plus profondes : la prière, la contemplation et la transformation intérieure.
C’est une paix vécue au quotidien – par des gestes de bonté, par la patience, par le refus de la haine et de la vengeance, et par le courage d’espérer. Car la paix n’est ni une illusion ni un idéal lointain ; c’est une possibilité réelle, déjà à notre portée, qui n’attend que d’être accueillie et partagée.
C’est pourquoi la communauté catholique adresse ses meilleurs vœux aux bouddhistes du monde entier : « Que votre célébration de Vesak soit remplie de sérénité et de joie, et qu’elle nous inspire tous à cheminer ensemble sur cette voie. »
(Avec Asianews)