Birmanie

Cardinal Bo : « La foi et l’espérance » sont la réponse à la « crise multiple » en Birmanie

Durant une visite à Sydney, le cardinal Bo a décrit la crise « multiple » qui frappe la Birmanie depuis 2021. Durant une visite à Sydney, le cardinal Bo a décrit la crise « multiple » qui frappe la Birmanie depuis 2021. © Mazur / catholicnews.org.uk (CC BY-NC-ND 2.0 DEED)
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Le récent discours du cardinal Charles Maung Bo, archevêque de Rangoun, le 8 mai devant la Conférence épiscopale australienne, a souligné combien la crise qui frappe la Birmanie depuis le coup d’État de 2021 est multiforme : du séisme de mars 2025 aux défis du système de santé, de la guerre civile à l’effondrement économique… Il a témoigné de la dévastation causée par la guerre, notamment pour la jeunesse, tout en confirmant la force de la communauté catholique et en assurant que « nous restons un peuple d’espérance ».

Un pays marqué par de multiples crises, chacune alimentant la suivante, et où « aucune lueur d’espoir ne se profile à l’horizon ». C’est ainsi que le cardinal Charles Maung Bo, archevêque de Rangoun, a décrit la situation actuelle en Birmanie, lors d’un récent voyage en Australie, où il a rencontré des membres du clergé local.

S’exprimant le 8 mai dernier à l’ouverture de la session plénière de la Conférence des évêques catholiques d’Australie (ACBC), le cardinal Bo a décrit une nation où se sont enchaînés l’effondrement économique, des déplacements massifs de population, un système de santé délabré, les écoles détruites et le traumatisme d’un séisme dévastateur. Cette escalade de tragédies trouve son origine dans le coup d’État militaire de février 2021, point de départ d’une crise alimentée par une succession de catastrophes.

Le cardinal birman a souligné que le concept de « polycrise » est devenu la caractéristique marquante de la Birmanie aujourd’hui : non pas une simple urgence, mais une juxtaposition de crises économiques, sociales, sanitaires et éducatives qui pèsent simultanément sur une population déjà en proie à quatre années de conflit civil. Les chiffres présentés par le cardinal à Sydney témoignent de la gravité de la situation : plus de 3,5 millions de personnes déplacées, des systèmes de santé et d’éducation en ruine dans une grande partie du pays et une augmentation « significative et inquiétante » du nombre de personnes contraintes de fuir leur foyer.

Le cardinal Bo particulièrement préoccupé par la jeunesse birmane

« Les prix augmentent rapidement, les emplois disparaissent », a poursuivi l’archevêque de Rangoun, « et les systèmes de santé et d’éducation de base sont en dysfonctionnement généralisé ». « Les structures qui assuraient autrefois le fonctionnement de la vie quotidienne ont été détruites par des années de conflit, de régime militaire et d’effondrement économique », accuse le cardinal. « De plus, les catastrophes naturelles aggravent le bilan humain. Un séisme de magnitude 7,7 qui a frappé le centre du Myanmar en mars 2025, faisant des milliers de morts, a exacerbé les souffrances déjà causées par le conflit en cours », avertit-il.

Parmi tous les groupes touchés, le cardinal Bo s’est dit particulièrement préoccupé par la jeunesse birmane. Pour les jeunes, a-t-il expliqué, le quotidien est « de plus en plus marqué par l’insécurité, le stress psychologique et une perte de confiance en l’avenir ». « Cette génération », a-t-il poursuivi, « a grandi en assistant directement au coup d’État de 2021, à la répression qui a suivi, à la résistance armée et, aujourd’hui, à une crise humanitaire aux multiples facettes. Nombreux sont ceux qui ont perdu des années de scolarité. Nombreux sont ceux qui ont vu des membres de leur famille tués, arrêtés ou contraints à l’exil. L’impact psychologique de tout cela est grave et durable ».

« Nous restons un peuple d’espérance »

L’archevêque de Rangoun ne s’est toutefois pas rendu en Australie uniquement pour témoigner, mais souhaitait remercier personnellement l’Église australienne et lui exprimer sa gratitude pour les nombreux témoignages d’aide et de solidarité. Il a souligné qu’il s’agissait d’une contribution essentielle dans une situation comme celle que traverse actuellement le pays.

Le cardinal s’est notamment adressé aux évêques de la Mission catholique en Australie, confirmant leur solidarité indéfectible envers la Birmanie. « Votre solidarité, a-t-il déclaré, n’est pas une idée abstraite. Elle est une lumière dans les ténèbres. » « Votre soutien rappelle à notre peuple souffrant qu’il n’a pas été oublié par l’Église universelle », a-t-il ajouté, avant de louer la générosité de l’Église locale via la Mission catholique Australie, Caritas, les congrégations religieuses, les prêtres et les fidèles laïcs. Face à tout cela, le cardinal Bo a apporté une réponse claire et ferme à la question de savoir si l’espoir est encore possible. « Nous restons, a-t-il conclu en s’adressant aux évêques, un peuple d’espérance. »

Des destructions d’églises « systématique »

Parallèlement, le secrétaire d’État américain a reconnu les persécutions et les violences perpétrées par la junte militaire birmane contre les chrétiens. Le département d’État des États-Unis, dirigé par Marco Rubio, a « officiellement reconnu » la destruction d’églises chrétiennes en Birmanie par la dictature. Dans le même temps, les diplomates américains se sont engagés à examiner et à évaluer dix recommandations formulées par une coalition de responsables et d’organisations chrétiennes, appelant à des mesures plus fermes pour protéger les fidèles du pays.

Cette reconnaissance a été officialisée par une lettre datée du 6 mai 2026, signée par Michael George DeSombre, sous-secrétaire d’État aux Affaires de l’Asie de l’Est et du Pacifique. Cette lettre faisait suite à une pétition du 23 mars adressée au secrétaire d’État Marco Rubio, soumise au nom de la coalition par le Burma Research Institute (BRI). À cet égard, le département d’État a salué la « documentation exhaustive » fournie par le Burma Research Institute, qui détaillait les attaques menées par l’armée contre les chrétiens à travers la Birmanie.

La lettre mentionnait deux attaques précises contre des lieux de culte chrétiens. La première était la destruction de l’église catholique du Christ-Roi à Falam le 8 avril 2025, qui avait déjà été la cible d’attaques. La seconde était une frappe aérienne contre l’église baptiste de Mindat le 13 avril 2025, dimanche des Rameaux, l’une des célébrations les plus importantes du calendrier chrétien.

Michael DeSombre a écrit que les États-Unis « demeurent profondément préoccupés par le conflit en cours » et ont « condamné à maintes reprises les violences qui ont nui au peuple birman ainsi que la discrimination à l’encontre des membres de groupes religieux et des minorités ethniques ».

Il a confirmé que le Département d’État continue d’appliquer des restrictions de visa et des sanctions financières aux responsables de violations des droits de l’homme. Enfin, il a confirmé que les dix recommandations formulées dans la lettre de la coalition seraient examinées avec attention afin d’évaluer comment les États-Unis peuvent accroître la pression sur le régime militaire.

Selon l’Organisation Chin des droits de l’homme, au moins 107 édifices religieux, dont 67 églises, ont été détruits par des frappes aériennes militaires dans le seul État Chin depuis le coup d’État de 2021. Cet État, le seul de Birmanie à majorité chrétienne, témoigne de l’ampleur des destructions, révélant une « stratégie systématique », et non un simple effet secondaire du conflit en cours.

(Avec Asianews)

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