Des jeunes manifestants hongkongais « réhabilités » via des voyages patriotiques en Chine
Le gouvernement hongkongais utilise de plus en plus les voyages en Chine continentale pour « réhabiliter » les anciens manifestants prodémocratie.
Le 25/02/2026
À Hong-Kong, les autorités veulent développer les « voyages patriotiques » en Chine continentale afin de mieux surveiller les anciens manifestants prodémocratie après leur libération. Le projet « Path », destiné aux personnes arrêtées lors du mouvement de protestation de 2019, est présenté comme un programme de réhabilitation. Officiellement volontaires, il vise à corriger une image trompeuse de la patrie. Mais comme l’expliquait la militante catholique hongkongaise Agnès Chow il y a deux ans après avoir été contrainte de se rendre à Shenzhen, ce n’est qu’un moyen de plus d’endoctriner les individus.
Le gouvernement hongkongais utilise de plus en plus les voyages en Chine continentale pour « réhabiliter » les jeunes manifestants et militants emprisonnés après la répression de 2019 contre le mouvement prodémocratie.
Lors d’une conférence de presse organisée lundi 23 février, le chef du Département des services pénitentiaires de Hong-Kong (CSD), Wong Kwok-hing, a annoncé le développement du projet Path, un programme de réhabilitation spécialement conçu pour les personnes condamnées en lien avec les manifestations et les troubles de 2019. Le projet comprend également le « suivi » des personnes concernées après leur libération.
Selon des estimations rendues publiques dès 2022 par le Conseil de la démocratie de Hong-Kong (une ONG basée aux États-Unis), plus de la moitié des quelque 1 000 personnes arrêtées lors de la répression menée par Pékin avaient moins de 25 ans. La plupart ont été condamnées à des peines de prison allant de quelques mois à plusieurs années – d’où la question de leur avenir une fois libérées. Citant un cas précis, M. Wong a indiqué que 14 jeunes anciens prisonniers ont été transférés début février dans la région de la Grande Baie (la « Greater Bay Area » reliant Hong-Kong, Macao et neuf villes de la province du Guangdong en Chine continentale).
Renforcer « l’identité nationale »
L’objectif d’une telle visite était « de leur permettre (aux anciens prisonniers) de comprendre les affaires nationales, d’assister aux derniers développements nationaux, d’enrichir leurs connaissances de la culture chinoise et de renforcer leur sentiment d’identité nationale, favorisant ainsi davantage leur affection et leur sentiment d’appartenance à notre pays », indique un communiqué du CSD.
Le voyage de trois jours et deux nuits a débuté à Foshan, où les jeunes ont visité une salle d’exposition honorant trois révolutionnaires du Parti communiste afin de « découvrir l’histoire moderne de la Chine ».
Cette visite a été suivie d’une autre dans une école locale où ils ont échangé avec des enseignants et des élèves du continent, puis d’une visite dans un hôpital de médecine traditionnelle chinoise. Ils se sont ensuite rendus à Zhuhai pour visiter une entreprise aéronautique et un centre spatial.
Le CSD a également publié un communiqué dans lequel Ah Ming, pseudonyme d’un ancien participant aux manifestations prodémocratie de Hong-Kong, remercie le département d’avoir organisé la visite, qui lui a « permis de redécouvrir sa patrie ». « Ah Ming a ajouté qu’il avait auparavant des idées fausses sur la Chine continentale, dues à des informations erronées », indique le communiqué du CSD.
« Ce voyage a considérablement élargi ses horizons, lui permettant non seulement de découvrir l’histoire et la culture chinoises, mais aussi de prendre le train à grande vitesse pour la première fois et de visiter des entreprises technologiques, afin de constater par lui-même le développement rapide du pays », ajoute le CSD.
Le cas d’Agnès Chow, militante catholique en exil
Une jeune femme catholique, Agnès Chow, l’une des figures les plus connues du mouvement de protestation hongkongais, aujourd’hui en exil à Toronto (Canada), a quant à elle une vision bien différente de ce type de voyage. Après sept mois passés derrière les barreaux à Hong-Kong, elle a elle aussi dû entreprendre l’un de ces voyages « patriotiques » à Shenzhen pour obtenir le passeport nécessaire à la poursuite de ses études au Canada.
Dans une publication Instagram de décembre 2023, elle écrivait : « Ce jour-là, outre les repas, les boissons et les divertissements, j’ai visité l’exposition ‘Réforme et ouverture’ pour découvrir l’histoire de la Chine et du Parti communiste, ainsi que les ‘réalisations brillantes’ des dirigeants successifs. J’ai ensuite été conduite au siège de Tencent pour en apprendre davantage sur le ‘développement technologique de notre patrie’. »
« En toute honnêteté », a déclaré la jeune militante, « je n’ai jamais nié le développement économique de la Chine, mais le fait qu’un pays aussi puissant envoie en prison des personnes qui luttent pour la démocratie, limite leur liberté d’entrée et de sortie, et exige d’entrer en Chine pour visiter des expositions patriotiques en échange de passeports, n’est-ce pas un exemple de vulnérabilité ? »
Pressions et mises en scène
Agnès Chow a également évoqué l’insistance des autorités à recueillir des preuves de ces voyages « patriotiques ». « Lors de ma visite de l’exposition et du siège de Tencent, on m’a également demandé de prendre une photo avec le logo, et le chauffeur de Shenzhen qui m’accompagnait n’arrêtait pas de me prendre en photo », a-t-elle expliqué.
« Si j’étais restée silencieuse, ces photos auraient pu servir de preuve de mon ‘patriotisme’ : voilà à quel point leur peur est concrète. Et à mon retour à Hong-Kong, la Sécurité nationale m’a à nouveau demandé d’écrire une lettre de remerciement à la police pour l’organisation de tout cela, ‘afin que je puisse prendre connaissance du formidable développement de notre patrie’. »
Expliquant son choix de rester à Toronto, motivé précisément par le désir d’éviter ce type de pression à son retour à Hong-Kong, Agnès Chow a conclu son récit il y a un peu plus de deux ans par une pensée qui résume bien les blessures que ces jeunes portent en eux après avoir subi la prison et la répression.
« Ces dernières années, j’ai appris par moi-même combien la liberté face à la peur est précieuse. L’avenir reste incertain, mais je sais que je n’aurai plus à craindre d’être arrêtée et que je pourrai enfin dire et faire ce que je veux », a-t-elle écrit.
« Alors que j’étudie et que je guéris au Canada, j’espère aussi redécouvrir les intérêts que j’avais mis de côté en raison de mes souffrances émotionnelles et des diverses pressions que j’ai subies par le passé, et retrouver mon rythme », a-t-elle ajouté.
Pour elle, en définitive, « la liberté n’est pas facile à obtenir, et malgré les peurs du quotidien, je chéris tous ceux qui ne m’ont pas oubliée, qui se soucient de moi et qui m’aiment encore plus. Puissions-nous nous retrouver bientôt et nous étreindre ».
(Avec Asianews)