Inde : une famille de l’Odisha privée de funérailles chrétiennes pour son fils de 13 ans
Un cimetière chrétien dans l’État du Kerala, au sud de l’Inde.
© Un cimetière chrétien dans l’État du Kerala, au sud de l’Inde.
Le 18/02/2026
Dans un village de l’État de l’Odisha, dans l’est de l’Inde, la mort d’un garçon chrétien de 13 ans a ravivé les tensions entre les communautés chrétiennes et hindoues. Empêchée d’accéder au cimetière local par des villageois, sa famille n’a pu procéder à son inhumation que près de vingt heures après son décès, sur son propre terrain et sous conditions. L’incident, qui s’inscrit dans un contexte de pressions croissantes sur les minorités chrétiennes, vient fragiliser des tentatives de médiation engagées par les autorités locales.
Ces derniers jours dans l’État d’Odisha, dans l’est de l’Inde, les tensions sont vives entre les communautés chrétiennes et hindoues à propos de l’enterrement d’un garçon chrétien de 13 ans, décédé samedi 14 février à Kapena, un village majoritairement indigène du district de Nabarangpur. Fils d’une famille chrétienne locale appartenant à l’Église Blessing Youth Mission, il a perdu la vie après une longue maladie rénale. Après son décès, des villageois ont bloqué l’accès au cimetière, empêchant sa famille d’y accomplir les rites funéraires.
Ce n’est que le soir même, après l’intervention de l’administration du district et de la police, près de vingt heures après le décès, que les villageois ont accepté d’autoriser l’inhumation sur un terrain appartenant à la famille. Cependant, le père de famille, Krutibas Santa, a dû signer une déclaration s’engageant à ne pas apposer de symboles religieux sur la pierre tombale et à maintenir la paix et l’ordre dans le village.
Selon la famille endeuillée, certains villageois ont également insisté pour qu’ils renoncent à leur foi ou qu’ils quittent le village. Cette affaire fait suite à un précédent survenu le 25 janvier, lorsque des habitants ont affirmé qu’un groupe de personnes était entré dans le bâtiment servant d’église vers 9 heures du matin, avait interrompu la prière et avait ordonné à une trentaine de familles chrétiennes indigènes d’abjurer leur foi.
Face à leurs protestations, les fauteurs de troubles auraient verrouillé l’église de l’extérieur et forcé tout le monde à partir. Après cet incident, les autorités du district avaient organisé une rencontre entre les deux groupes afin de tenter de résoudre la situation. Cependant, le différend concernant l’inhumation compromet ces efforts de réconciliation.
« Une trahison évidente des droits constitutionnels »
La communauté chrétienne a exprimé sa vive indignation face aux conditions dans lesquelles le corps d’un garçon de 13 ans aurait été détenu et face à l’imposition d’un accord conditionnel. « N’y a-t-il aucun endroit dans la circonscription pour l’enterrement d’un enfant de 13 ans ? L’administration ne propose-t-elle aucune solution durable pour mettre fin à ce harcèlement répété des minorités ? Pourquoi des innocents sont-ils manipulés à des fins politiques ? Si des mesures adéquates ne sont pas prises immédiatement pour les funérailles de l’enfant décédé, nous descendrons dans la rue pour protester », a réagi Pallab Kumar Lima, président de l’organisation œcuménique National Christian Board dans l’Odisha, en dénonçant une tendance croissante aux attaques contre la minorité chrétienne.
Les autorités locales ont appelé les deux communautés au calme. La présence policière dans le village a été renforcée par mesure de précaution, tandis que les autorités poursuivent le dialogue avec les deux parties.
Cet incident est le dernier d’une série de cas signalés dans les districts à majorité indigène de Nabarangpur, Koraput et Malkangiri, dans l’État d’Odisha, où des responsables chrétiens affirment que des enterrements ont été empêchés afin de faire pression sur des familles pour qu’elles renoncent à leur foi.
Selon le National Christian Board, les discriminations antichrétiennes se sont intensifiées depuis l’arrivée au pouvoir du parti pro-hindou Bharatiya Janata Party (BJP) en Odisha en 2024. L’organisation ajoute que le fait d’échanger le droit à l’enterrement contre un changement de religion est une « trahison flagrante des droits constitutionnels ».
(Avec Ucanews et Asianews)