Birmanie

La cathédrale de Loikaw rouvre ses portes pour Pâques, émergeant des décombres de la guerre

La cathédrale du Christ-Roi de Loikaw, occupée par l’armée en 2023, a rouvert ses portes pour la messe de Pâques. La cathédrale du Christ-Roi de Loikaw, occupée par l’armée en 2023, a rouvert ses portes pour la messe de Pâques. © Asianews
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En Birmanie, les lumières de la Vigile pascale ont illuminé une communauté marquée par la souffrance. Après trois ans d’absence, des fidèles du diocèse de Loikaw sont revenus dans la cathédrale du Christ-Roi. Elle avait été occupée par l’armée birmane, contraignant la population locale à fuir. L’évêque, Mgr Celso Ba Shwe, est quant à lui resté auprès des déplacés réfugiés dans la forêt. « Nous prions Dieu pour un temps de paix et de réconciliation », a-t-il déclaré.

Après des années de silence, de peur et de dispersion, la communauté catholique du diocèse de Loikaw s’est réunie à nouveau dans la cathédrale du Christ-Roi pour célébrer la Vigile pascale. Il s’agit de la première célébration de Pâques dans l’édifice depuis 2023, rapporte Vatican News, un événement de consolation et d’espoir pour les catholiques birmans, marqués par une guerre civile qui continue de déchirer le pays.

En novembre 2023, le complexe de la cathédrale a été occupé par les troupes de la junte, qui l’ont transformée en base militaire pour attaquer les groupes de résistance armés. À l’époque, environ 80 civils, prêtres et religieux, ainsi que Mgr Celso Ba Shwe, évêque de Loikaw, s’étaient réfugiés à l’intérieur. Contraints de fuir en raison des violents combats, les fidèles se sont réfugiés dans la forêt, tandis que la ville de Loikaw s’est vidée de ses habitants.

« Avec le peuple, nous vivons ce passage des ténèbres à la lumière »

Malgré la grande confusion, l’évêque est resté proche des déplacés, avec lesquels il a établi une église itinérante parmi les tentes de ceux qui avaient tout perdu après avoir fui la ville, où la plupart des maisons ont été incendiées et les terres agricoles entourées de mines antipersonnel. Le retrait récent des militaires a permis à deux prêtres de revenir et de reprendre possession de la cathédrale du Christ-Roi et du complexe pastoral.

Ainsi, pour la première fois en trois ans, des religieux et des fidèles ont pu célébrer Pâques ensemble. « Aujourd’hui, la situation reste extrêmement critique, caractérisée par un conflit armé en cours et une grave crise humanitaire », a déclaré le père Paul Tinreh. Néanmoins, la réouverture de la cathédrale a été saluée comme un signe d’espérance. « Le peuple de Dieu peut invoquer la paix, le salut et la libération, tout comme le peuple d’Israël », a ajouté le pasteur. « Notre espérance pour Pâques est la victoire sur la mort, les ténèbres et le désespoir, pour tout notre peuple, en communion avec le Christ ressuscité. »

Pour sa part, Mgr Celso Ba Shwe demeure éloigné de Loikaw, dans le village de Soudu, auprès des personnes déplacées. Sa présence reste un point de repère pour les familles catholiques réfugiées dans la forêt. « Je suis à leurs côtés et, avec d’autres prêtres et religieux, nous manifestons notre solidarité à ces fidèles. Nous soutenons la foi du peuple et, avec lui, nous vivons Pâques, ce passage des ténèbres à la lumière. Nous prions Dieu pour un temps de paix et de réconciliation », a déclaré l’évêque.

Appel du cardinal Bo

L’État de Kayah est l’une des régions les plus durement touchées par la guerre, au même titre que d’autres régions habitées principalement par les minorités ethniques birmanes. Le nombre de déplacés à l’intérieur du pays devrait atteindre quatre millions d’ici la fin de l’année, les villes principales restant sous le contrôle du gouvernement. En décembre et janvier, la junte a organisé des élections truquées pour renforcer son emprise sur le pouvoir.

Parallèlement, dans des villes comme Rangoun, les églises étaient de nouveau pleines pour les célébrations de Pâques. Joseph Kung, un éducateur catholique, a fait remarquer que « les gens remplissent les églises ; les fidèles n’ont pas peur d’aller à l’église pour les célébrations de Pâques ». Pour lui, c’est « un signe de grande foi et de résilience, un signe d’espérance pour nous tous. Nous nous soutenons mutuellement, nous allons prier et recevoir les sacrements, car nous savons que le mal n’a pas le dernier mot et que le Christ a vaincu la mort ».

Le cardinal Charles Maung Bo, archevêque de Rangoun, a également pris la parole lors de la messe du Jeudi Saint, en appelant à la paix. Il a exhorté la nation d’Asie du Sud-Est à vivre une Pâques de réconciliation, soulignant que « si nous cheminons seuls, si nous ne pensons qu’à nous-mêmes, nous ne construirons pas la paix ».

« La paix », a ajouté le cardinal, « naît de la rencontre et de l’acceptation de l’autre comme un frère et un don de Dieu. » En effet, « si nous aspirons à la paix, nous devons nouer des liens, aller à la rencontre les uns des autres, nous serrer la main et nous impliquer auprès de ceux qui sont dans le besoin et la détresse ». En fin de compte, « Pâques est une occasion de faire la paix ».

(Avec Asianews)

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