Chine

La Chine annonce de nouvelles règles sur les activités religieuses pour les étrangers

Selon les nouvelles règles annoncées le 1er avril, aucune expression religieuse n’est possible en Chine en dehors du contrôle du Parti, même pour les étrangers. Selon les nouvelles règles annoncées le 1er avril, aucune expression religieuse n’est possible en Chine en dehors du contrôle du Parti, même pour les étrangers. © Asianews
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Ce mardi 1er avril, l’Administration nationale des Affaires religieuses de la République populaire de Chine a publié de nouvelles règles « relatives à l’administration des activités religieuses des étrangers », qui entreront en vigueur le 1er mai. Elles demandent aux non-Chinois de « respecter l’indépendance et l’autogouvernance » des religions et d’obéir aux instructions du Parti. Un contrôle renforcé qui montre le vrai visage de la politique de sinisation des religions en Chine.

Le 1er avril, l’Administration nationale des Affaires religieuses (NRAA) de la République populaire de Chine a publié de nouvelles règles qui entreront en vigueur le 1er mai. La NRAA est le nouveau nom du Département d’État pour les Affaires religieuses, anciennement appelé Bureau des Affaires religieuses.

L’entité a été intégrée au département du travail du Front uni, l’organe du Parti communiste chinois (PCC) chargé de superviser tous les éléments non-communistes dans la société chinoise. Comme l’explique le site chinasource.org, cette réorganisation correspond à l’évolution de la politique du PCC envers les religions, qui s’oriente toujours plus vers le contrôle direct comme le montre l’actuelle campagne de sinisation du gouvernement, qui cherche à faire des organisations religieuses des agents de la propagande du Parti.

Les nouvelles « Règles détaillées » annoncées ce mardi exposent en 38 articles les obligations et interdictions auxquelles doivent se soumettre les étrangers en Chine, quelle que soit leur confession religieuse : s’ils veulent pratiquer leur religion, les non-Chinois doivent demander la permission des autorités compétentes et respecter les règles établies par le Parti, en reconnaissant le principe d’« indépendance et d’autogouvernance » des religions en Chine.

Comme si ce n’était pas suffisamment clair, les nouvelles règles de la NRAA vont encore plus loin qu’auparavant sur le principe de sinisation imposé par le président Xi Jinping pour toutes les religions présentes dans le pays. Il ne s’agit pas ici de l’objectif désirable de l’inculturation de la foi dans la société et la culture chinoise ; les autorités chinoises s’efforcent surtout de renforcer leur contrôle sur les groupes religieux. Rien ne doit se passer dans les temples, mosquées et églises à moins que le Parti l’ait validé.

Toutes les formes d’expression religieuse doivent être sinisées

Alors que Xi Jinping et son gouvernement s’efforcent d’attirer les patrons des multinationales à Pékin afin d’encourager les investissements étrangers et la croissance économique, les nouvelles règles de la NRAA vont jusqu’à demander que toutes les formes d’expression religieuse, même du côté des étrangers, doivent être sinisées.

Comme on pouvait s’y attendre, le site Internet du diocèse de Shanghai, la ville où la Chine et le monde se rencontrent, a été le premier à publier les nouvelles règles ce 1er avril. Elles ont aussi été immédiatement publiées sur le site de la Conférence des évêques de Chine (BCCC), non reconnue en tant que conférence épiscopale par le Vatican.

Bien sûr, ce n’est pas comme si les activités religieuses des étrangers en Chine n’étaient pas déjà sous un certain contrôle. Il n’y avait certainement pas besoin d’instaurer de nouvelles règles pour se contenter de rappeler que les croyants étrangers en Chine ne pouvaient pas violer les lois de la République populaire de Chine. Mais les nouvelles règles vont bien plus loin que cela.

L’article 5 souligne que « les étrangers qui participent à des activités religieuses en Chine doivent respecter les lois, règles et législations chinoises, se soumettre au principe d’indépendance et d’autogestion des religions en Chine, et accepter la supervision légitime du gouvernement chinois ». Cela veut dire que « les religions ne doivent pas être utilisées au détriment des intérêts nationaux, des intérêts sociaux publics ou des droits et intérêts légitimes des citoyens, ni violer l’ordre public et les bonnes coutumes en Chine ».

Cette déclaration est expliquée clairement : toute activité religieuse, même pour les étrangers qui sont en Chine, doit avoir lieu seulement au sein des lieux de culte « officiels » ou, si ce n’est pas physiquement possible en l’absence d’un lieu officiel sur un site particulier, en obtenant la permission des autorités compétentes contrôlées par le Parti, en suivant les procédures adéquates.

Une séparation stricte entre croyants chinois et étrangers

Concrètement, cela veut dire que les catholiques étrangers sont expressément interdits d’entrer en contact avec les communautés catholiques « souterraines » ou avec les prêtres qui refusent sciemment de rejoindre l’Association patriotique des catholiques chinois.

L’article 10 précise aussi que même dans les églises et temples « officiels », les activités religieuses des étrangers « doivent être présidées par des religieux chinois ». Une demande doit être déposée au bureau local de la NRAA seulement « dans le cas où il serait vraiment nécessaire que des étrangers président des activités religieuses ». L’article 16 indique toutefois une séparation stricte entre les croyants chinois et étrangers : « En cas d’activités religieuses communautaires organisées pour les étrangers en Chine, seuls les étrangers peuvent y prendre part à l’exception des religieux chinois qui les président. »

Les nouvelles mesures régulent aussi les activités des prêtres et religieux étrangers qui entrent en Chine pour des échanges culturels et universitaires. Non seulement ces échanges doivent être autorisés par le Parti, mais l’article 21 signale que toute personne autorisée dans le pays ne doit proférer ou entreprendre « aucune parole ni action hostile envers la Chine, ni présenter des tendances idéologiques extrêmes ou interférer avec les questions religieuses chinoises ».

Aucune expression religieuse n’est possible en dehors du contrôle du Parti

D’une précision bureaucratique, les nouvelles règles vont jusqu’à décréter combien d’exemplaires de livres et de documents audiovisuels sur des sujets religieux les hôtes étrangers peuvent amener avec eux pour leur usage personnel quand ils entrent en République populaire de Chine (jamais plus de 10). Il sera nécessaire d’obtenir la permission des autorités afin d’en utiliser davantage, sans compter la possibilité d’en diffuser.

L’article 26 stipule aussi que « les organisations ou individus étrangers ne doivent pas recruter d’étudiants à l’étranger dans l’objectif de former de nouveaux membres du clergé sur le territoire chinois sans autorisation ».

Enfin, l’article 29 énumère une série d’interdictions religieuses qui s’appliquent à tout étranger qui entre en Chine. Cela inclut l’ingérence dans les activités des groupes religieux, l’organisation de conférences ou de prédications non-autorisées, le « recrutement d’adeptes parmi les citoyens chinois », la publication de livres ou autres documents sur des sujets religieux, l’acceptation de dons de la part de particuliers ou de groupes chinois, ou encore l’organisation d’activités religieuses en ligne.

L’idée générale de tout cela est claire : en Chine, aucune expression religieuse n’est possible en dehors du contrôle du Parti, même pour les étrangers, parce que toutes les religions en Chine, y compris l’Église catholique, doivent accepter d’être autonomes et auto-administrées. Il semble évident que posée dans ces termes, l’universalité de l’Église catholique ne peut demeurer qu’un idéal générique de référence, à condition de se soumettre totalement aux directives politiques nationales, dans une soumission de plus en plus dangereuse à la volonté du gouvernement chinois.

(Avec Asianews)

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