Les œuvres de soins médicaux chez les missionnaires en contexte sinophone du XIXe au XXe siècle : point de cristallisation des rivalités entre protestants et catholiques ou témoignage d’œcuménisme ?
personnes handicapées autochtones
© M. Girard
Rédigé par Mathilde Girard, École des Hautes Études en Sciences Sociales, le 29/10/2026
Du XIXe siècle à nos jours, les œuvres médicales missionnaires en contexte sinophone ont constitué un terrain de rivalités, mais aussi de rapprochements entre catholiques et protestants. À partir de sources archivistiques et d’enquêtes de terrain menées à Taïwan, Mathilde Girard explore l’évolution de ces relations, entre concurrence, enjeux politiques et dynamiques œcuméniques.
Introduction
Je suis honorée de présenter aujourd’hui un volet de mes recherches de master aux côtés de spécialistes et historiens aguerris, je suis également très intimidée… Mais bien sûr également très heureuse et très fière, notamment de pouvoir apporter un éclairage contemporain et ethnographique avec un travail comprenant des données de première main, c’est-à-dire créées par le chercheur, en l’occurrence la chercheuse, sur son terrain d’enquête.
Je tiens d’abord à souligner ce que ma présentation ne sera pas : en dépit de son titre volontairement provocateur, je ne proposerai pas ici une analyse exhaustive des interactions entre missionnaires catholiques et protestants ni une approche théologique de ces dernières. L’objectif est davantage de mettre en lumière la diversité de celles-ci suivant leur contexte, d’ouvrir la piste de ce sujet un peu sensible en vous proposant un petit florilège d’exemples propres à illustrer mon questionnement.
En effet, ayant pu assister à quelques séances du séminaire de l’Institut d’Histoire des Missions dans l’objectif d’apporter un éclairage missiologique à ma perspective de chercheuse en sociologie des religions, j’ai naturellement été attirée par la thématique de la journée de documentation missionnaire de l’année 2026 puisque mes recherches en contexte sinophone m’ont confrontée à la question médicale tant dans les archives que sur le terrain, et notamment dans le cadre de la proximité entre missionnaires protestants et catholiques.
Cependant, si le programme de cette journée d’étude propose d’aborder ce que la mission a fait au domaine médical, notamment dans ses contributions aux connaissances scientifiques, ou bien de se pencher sur la situation des personnes bénéficiant de ces soins, il ne s’interroge que peu sur ce que, a contrario, ces apostolats ont fait aux missionnaires. Pourtant, bien que la dynamique opérant depuis les congrégations missionnaires vers le terrain de mission paraisse à première vue la plus riche à étudier, l’enjeu de l’influence du terrain sur les missionnaires, et notamment d’un terrain qui puisse comprendre d’autres organismes missionnaires, me semblait tout aussi pertinent à explorer.
Le cadre médical apparaît alors comme un révélateur privilégié des enjeux humains et théologiques des missions chrétiennes par la confrontation entre les différentes pratiques de ces dernières. Sur ce point, je me propose d’apporter un éclairage issu de diverses sources auxquelles j’ai pu accéder évoquant ce face-à-face entre missions catholiques et missions protestantes sur le plan des soins médicaux dans le cadre spécifique du monde sinophone.
Partant d’abord du constat d’une mention spécifique et comparative – dont la visée est à interroger – de l’action médicale des missionnaires protestants dans des textes pontificaux du début du XXe siècle, j’ai poursuivi mes recherches au sein notamment (mais non exclusivement) des archives des MEP (qui constituent le corpus principal de mes recherches) à l’Institut de Recherche France-Asie (Irfa) sur des matériaux datant la fin du XIXe au début du XXIe siècle. Je terminerai cette présentation et analyse des différentes situations décrites par ces sources, par une mise en regard avec les éléments observés sur mon terrain d’enquête à Taïwan à l’été 2025 et au printemps 2026, dans la région de Hualien.
L’élément déclencheur : les archives exploitées par Ladislav Chirouz
Lors de l’ouverture de mes recherches de master portant sur les missionnaires occidentaux à Taïwan, j’ai été très marquée par la découverte d’un article intitulé « Your Father the Devil’: Relations between Catholic and Protestant Missionaries in Nineteenth Century Taiwan » (CHAROUZ Ladislav, « ‘Your Father the Devil’: Relations between Catholic and Protestant Missionaries in Nineteenth Century Taiwan », Mission Studies, 5 mars 2024, vol. 41, no 1, p. 77-100.) qui s’appuyait alors sur des analyses d’archives menées par Eric Reinders (1997), Pfister (2010) et Latourette (1929). Ce dernier mettait en valeur les tensions qui caractérisaient les différentes missions chrétiennes sur l’île de Formose au travers de savoureuse formule que les uns employaient à l’attention des autres, comme les Dominicains catholiques espagnols, soulignant que leurs confrères hollandais presbytériens conduisaient les locaux « from Confucius to confusion ». Néanmoins, en prenant le temps d’observer l’origine de ces crispations, on remarque, d’après l’aveu de l’auteur lui-même, que les traitements médicaux y tiennent une place importante : « The disputes between Catholics and Protestants reached a greater theological clash over medical treatment ». Dans les faits, il s’agit surtout d’un reproche à l’égard des protestants par les catholiques pour lesquels « The ability of the Presbyterians to provide serious medical attention posed a grave challenge to the Dominican friars.”
À l’origine de cette rancœur se trouve la position ambiguë des presbytériens concernant l’ambition sous-jacente à ces soins prodigués à la population locale dont il semblerait que celle-ci, même s’ils s’en défendent, ne soit pas désintéressée de tout prosélytisme, nourrissant légitimement les inquiétudes des catholiques. L’auteur rapporte ainsi qu’un certain Ritchie (un missionnaire presbytérien) « confirmed the ultimate goal of providing medical treatment in a letter from 1875, writing that ‘the prospect of getting medicine brings large crowds, and though I am unable to do them much good from a medical standpoint, still my end is gained, in getting them gathered together to hear about the Name above every Name’ (Ritchie & Ritchie 2019:324). Ritchie rejoiced in the youth who had decided to leave his father’s church, writing that ‘on the presentation of the two sides of Christianity to the native mind, it will instinctively reject the form of words as taught by the followers of Rome, and heartily accept the truths of the Gospel as taught by the followers of Jesus’ (Ritchie & Ritchie 2019:247).”
Cette situation est donc l’illustration que le recours aux soins médicaux est loin d’être anodin et exempt de tout effet, notamment dans le cas de proximité avec d’autres missionnaires, et que cette pratique va finalement se faire le révélateur de ce que les uns ou les autres percevront comme une forme de combine peu honnête qui finirait par conquérir des patients plus que des âmes.
Que dit la doctrine de l’Église catholique ?
Pour comprendre cette défiance, principalement de la part des catholiques à l’égard de la pratique médicale, et notamment lorsque celle-ci était exercée par des protestants, il me fallait aller voir les textes. Je me suis donc appuyée sur un document découvert au sein des archives de l’Irfa, tout à fait pertinent pour comprendre la position du clergé missionnaire catholique puisqu’il s’agissait d’un cours d’apologétique comprenant 10 leçons regroupées sous le titre La Médecine dans les Missions, organisé par l’Union missionnaire du Clergé en France à l’Institut catholique de Paris, pour le premier trimestre (du 5 novembre 1928 au 21 janvier 1929). Regroupé dans un ouvrage attestant de la filiation
Avec le magistère, c’est-à-dire l’autorité pontificale, sous le titre Pie XI et la médecine au service des missions (Bertini Ugo, Pie XI et la médecine au service des missions, Paris, Bloud et Gay, 1929.)
Tout d’abord, l’auteur rappelle le fondement évangélique de l’action médicale au sein des missions (« le Sauveur dit : « Allez, rapportez à Jean ce que vous avez entendu et vu : Des aveugles voient, des boiteux marchent, des lépreux sont guéris, des sourds entendent, des morts ressuscitent, des pauvres sont évangélisés » (Matt., xI, 4 s. ; cf. Is., xxv, 5 ; xL, 1). […] Le texte est intéressant aussi pour marquer l’union intime entre évangélisation et charité envers les misères corporelles. […] Les guérisons de maladies étaient un moyen pour atteindre les âmes ») ce qui souligne bien que le soin en lui-même n’est pas refusé, mais au contraire nécessaire sur le plan théologique.
Sur le plan pratique, l’auteur souligne que cette action médicale est aussi requise face à la mortalité très importante tant des missionnaires que de leurs ouailles. Mais curieusement, cette considération pragmatique est l’occasion pour le texte de souligner le « retard » qu’auraient engrangés les missions catholiques vis-à-vis de celles, protestantes (« Les protestants désormais savent par une longue expérience quel est le moyen le plus sûr pour gagner la confiance d’un peuple, c’est de lui faire du bien,[…] L’âme du peuple, ainsi conquise, est automatiquement préparée à recevoir l’annonce évangélique ou au moins à ne pas lui résister […] « Ainsi donc d’un côté, du côté protestant, 2.000 médecins ; du côté catholique, 20 au plus. — Ne serait-ce pas là une des causes principales de l’avance considérable des missions protestantes, depuis quelque temps ? »).
Cette temporalité plus tardive dans la prise de conscience du caractère crucial de l’action humanitaire ainsi que l’écart important de moyens matériels et humains pour la mener à bien semblent ainsi créer au sein du clergé catholique une tendance à la comparaison avec les protestants, un complexe qui pourrait être l’une des causes de cette mésentente sur le terrain missionnaire, notamment sinophone.
En Chine, les inquiétudes des MEP
Dans les archives de l’Irfa, j’ai pu découvrir deux documents très éclairants sur les difficultés qui sous-tendent véritablement les relations entre missionnaires protestants et catholiques : la dimension pécuniaire et politique.
Le premier est extrait d’une conférence publiée le 15 mai 1982 par la Société française d’histoire de la médecine à Paris, celle-ci portait sur « Les médecins français au Sseu Tch’ouan [Sichuan ; NDA] au début du XXe siècle. L’hôpital de Tch’ong King [Chongqing, NDA] ». Ce dernier rapporte que « Les prêtres des Missions étrangères se sont installés, dans le Sseu Tch’ouan, […] Depuis, malgré les révoltes et persécutions, ils ont continué à évangéliser. À Tch’ong King, […] ils s’inquiétaient de l’influence protestante grandissante des Anglais et des Américains, depuis l’installation de leurs hôpitaux et d’un service médical gratuit. Aussi Mgr Desflèches a-t-il créé, en 1868, un petit hôpital. » Le second, issu d’un rapport de mission des MEP intitulé « Lettre commune et compte rendu des travaux de 1886, section du Kouang-Tong », est encore plus explicite puisqu’il soutient que « malheureusement, la lutte commence avec les protestants qui bâtissent en ce moment un vaste hôpital à Pas-Hoi même. Il faudra contrebalancer leur influence que l’argent rendra redoutable, à cause de la misère de cette région ». Pourtant, si dans une première lecture, l’attention de l’enquêteur est probablement retenue par l’antagonisme apparent entre les « prêtres des Missions étrangères » et « l’influence protestante grandissante » ainsi que « l’installation de leurs hôpitaux et d’un service médical gratuit » de ces derniers auquel va répondre le « petit hôpital » de l’évêque français, ainsi que la mention d’une « lutte », une deuxième grille de lecture offre une tout autre vision de la situation. Ainsi, on peut relever que l’opposition est clairement visible entre prêtres « français » et l’influence des « Anglais et Américains » qui se trouvent être protestants, et que l’élément central de la tension dans le second document n’est autre que « l’argent ». Ainsi, ces deux réalités bien présentes sur les terrains de missions que furent les ambitions d’influence géopolitique des puissances occidentales à travers leurs missionnaires (comme le protectorat français des missions catholiques jusqu’au début du XXe siècle) ainsi que la précarité financière de nombre d’entre eux, offrent une nouvelle compréhension de cette cristallisation des tensions autour de la question médicale qui se trouve précisément à cette intersection.
La question de la circulation des convertis : une dynamique toujours d’actualité
Mais il est nécessaire de souligner que le domaine médical n’est pas l’unique cadre de ces accrochages entre missionnaires, aussi je relèverai simplement un élément qui est beaucoup revenu au sein des archives et que j’ai également retrouvé sur mes terrains d’enquêtes : la circulation des croyants entre les différentes communautés.
Ainsi, contrairement aux exemples précédents, le reproche semble cette fois provenir de la partie protestante à l’égard de catholiques à travers une expression latine qui apparaît à plusieurs reprises dans les textes « inde irae » et accompagne souvent des récits de conversions. Cette dernière signifie tout bonnement « de là [proviennent] les colères » et souligne le mécontentement qu’accompagne le passage de chrétiens chinois au protestantisme vers des communautés catholiques : « Le district de Léang-chau s’est distingué par le grand nombre de catéchumènes. M. Marrot en a inscrit 895. Notre confrère a baptisé 22 adultes. Ces nouveaux convertis viennent, en grande partie, du protestantisme : inde irae. » (Su-tchuen oriental, rapport de mission 1909).
Une circulation des croyants qui encore notable de nos jours puisque les résultats du questionnaire que j’ai mené dans le cadre de mon mémoire de master au sein des paroisses MEP taïwanaises, du 14 mars au 15 avril 2026, soulignent que seuls 74% des répondants se rendent uniquement dans des lieux de culte catholiques, 4% d’entre eux indiquant fréquenter parallèlement des églises protestantes.
Pour autant, les trajectoires inhabituelles ne mènent plus aujourd’hui forcément aux divisions observées par le passé du fait notamment de l’ouverture œcuménique entamée par le concile Vatican II et de la diminution du poids politique des missionnaires étrangers.
Lorsque le soin médical devient acteur de lien entre missionnaires protestants et catholiques : le cas de Hualien
Cette évolution du cadre des missions s’est ressentie sur mon propre terrain d’enquête durant lequel je n’ai observé aucune animosité, mais où j’ai, au contraire, constaté que les œuvres médicales deviennent un motif de considérations mutuelles pour catholiques et protestants, passant d’une logique de concurrence, à celle d’une émulation.
Le cas de la région de Hualien, sur la côte Est de Taïwan, est éloquent. Sa situation de grande pauvreté lors de l’arrivée sur l’île du gouvernement chinois de Tchang Kaï Shek en 1947, a poussé de nombreuses organisations civiles et religieuses à mettre en place des initiatives d’aide médicale auprès des populations autochtones vivant dans ces montagnes.
Durant mon enquête, j’ai rencontré deux de ces protagonistes : La Mennonite Welfare Foundation et le Père Moal, missionnaire MEP. La rencontre avec les membres de la Mennonite Welfare Fondation, fondée par la mission mennonite américaine, s’est produite avec la magie de l’inattendu qu’apporte tout terrain d’enquête ethnographique, dont voici le récit dans un extrait de mon journal de bord : « Ce soir je voulais manger un bon bento […] j’identifie le spot idéal : bien noté et dans le boulevard transversal […] Je me dirige vers le comptoir et commence à regarder la carte des bentos […] Je découvre alors qu’il s’agit d’une cantine liée au dispensaire Mennonite, que n’avais-je fait attention aux grandes croix de l’avant du building !! Pendant que l’on prépare mon bento, je remarque que le groupe fait silence et commence à prier : tout fait sens ! […] je ne peux m’empêcher de dire [à une interlocutrice] que j’étudie d’autres missionnaires, catholiques eux, appréhendant quelque peu sa réaction. […] Alors je prononce le sacro-saint nom du Père Yves Moal, son visage s’illumine : « Mais bien sûr ! il fait des choses supers ! » Preuve une fois de plus, que le nom de ce prêtre est un véritable sésame à Taïwan ».

Cet hôpital indique explicitement sur son site internet qu’il est « animé par l’amour du Christ, veille sur la santé et la vie des habitants des régions montagneuses de Hualien […] » soulignant que sa vocation provient de l’évangile selon le précepte « ce que vous faites au plus petit de mes frères, c’est à moi que vous le faites. » et rappelle que ses vocations depuis sa fondation ont été : « l’implantation d’églises, l’évangélisation, les services sociaux, la formation théologique et l’édition ». Pour autant, cette identité protestante n’empêche pas, comme les propos de cette membre que j’ai pu rencontrer en témoignent, une proximité et la sympathie à l’égard de l’action catholique missionnaire dans la région.
Quant au Père Moal, auquel il a été fait référence à de multiples reprises et qui est sur place connu sous son nom mandarin de Liu Yifeng, il s’agit du Père MEP le plus ancien de Taïwan, arrivé en 1966 et depuis cette date toujours en activité. Sa notoriété est extrêmement grande au sein de la population, non pas seulement de Hualien, mais de toute l’île. Cette dernière résulte de son action médicale et sociale à la fois au sein du centre d’éducation spécialisée Ande (ande yifengyuan) à Yuli où il prend en charge des personnes handicapées physiques et mentales, mais aussi de son centre de tri et de recyclage assorti d’une ferme pour permettre la réinsertion professionnelle d’anciens prisonniers ou toxicomanes. Pour ces engagements sociaux, le Père Moal a reçu de multiples prix et la considération de l’élite politique de tout le pays, ce qui a mené – fait exceptionnel – à sa naturalisation en 2017. J’ai ainsi eu l’occasion de passer plusieurs jours dans son dispensaire en août 2025 durant mon enquête, et quelle n’a pas été ma surprise, sans même que je n’évoque avec lui ma rencontre avec le personnel de l’hôpital Mennonite, qu’il me rapporte l’anecdote suivante : « lorsqu’on a dû construire les nouveaux bâtiments [du dispensaire ; NDA], il nous manquait énormément d’argent. C’était fou, mais on a prié et on a reçu plein de dons, de partout, des bouddhistes, des taoïstes et même des protestants Mennonites ». La boucle était donc bouclée ! Cet exemple souligne en effet à merveille comment l’action médicale joue le rôle de support au sein des missions, un support sur lequel peuvent se greffer des dynamiques de divisions lorsque celles-ci sont alimentées par des questions politiques ou financières, mais aussi positives, lorsque le soin est choisi comme moyen de renforcer le lien social et interreligieux ! D’ailleurs, en ce sens, on peut questionner le qualificatif de missionnaire de ce type d’action dans la mesure où le prosélytisme n’est plus la fin recherchée mais simplement un corollaire occasionnel. Ainsi, les résultats de mon questionnaire ont relevé que, paradoxalement à sa célébrité publique, la paroisse du Père Moal était celle comptant le moins de fidèles parmi toutes les paroisses MEP de l’île (seulement 10 répondants soit 1,8% du total). Une vocation qui est donc conçue comme un témoignage de solidarité et de bienveillance davantage qu’un souci de convertir, selon les termes mêmes d’Yves Moal pour qui « si l’on peut vivre quelque chose de fort entre nous, [les non- catholiques] le voient ».
Conclusion
Bien que la dynamique opérant depuis les congrégations missionnaires vers le terrain de mission paraisse à première vue la plus riche à étudier, l’enjeu de l’influence du terrain sur les missionnaires, et notamment d’un terrain qui puisse comprendre d’autres organismes missionnaires, semble tout aussi pertinent à explorer. Si j’ai pu souligner ces effets d’entraînement ou de concurrence sur le plan médical en milieu sinophone, il n’y a pas à douter que ces phénomènes se retrouvent en d’autres contextes culturels !
J’aimerais ouvrir cette communication sur un exemple très taïwanais et porteur de beaucoup d’espoir, mais qui ne pouvait entrer pleinement dans ma présentation puisqu’il ne s’agit pas de catholiques et de protestants, mais de catholiques et de bouddhistes : il s’agit de Tzi Chi, l’œuvre de la nonne bouddhiste Cheng Yi. Celle-ci, un jour en conversant avec des religieuses catholiques (dont il est de très fortes probabilités qu’elles aient été membres de la congrégation fondée par Mgr Vérineux (MEP) à Hualien, les Sœurs de Sainte-Marthe), s’est vue poser la question : « et vous, dans le bouddhisme, à part méditer, que faites-vous concrètement pour soulager la souffrance humaine ? » Secouée par cette apostrophe, elle décida finalement de fonder une œuvre médicale à… Hualien ! Et aujourd’hui Tzi Chi est l’une des organisations religieuses les plus puissantes à Taïwan et dans le monde avec 10 millions d’adeptes, possédant même un statut consultatif auprès du conseil économique et social de l’ONU… et tout cela grâce aux MEP de Hualien ! Ce sera tout pour moi aujourd’hui, je vous remercie de votre écoute.