Inde

L’évêque du Karnataka sur l’harmonie interreligieuse : « Nous pouvons vivre comme les enfants d’une même mère »

Des catholiques indigènes indiens, en 2017 à New Delhi lors de la fête annuelle du Christ Roi. Des catholiques indigènes indiens, en 2017 à New Delhi lors de la fête annuelle du Christ Roi. © Bijay Kumar Minj / Ucanews
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Le 25 février dans la ville côtière d’Udupi, dans le sud-ouest de l’Inde dans l’État du Karnataka, des responsables des communautés hindoues, musulmanes, protestantes et sikhs ont pris part à une rencontre interreligieuse organisée par le Comité pour l’harmonie de toutes les religions (Sarvadharma Souharda Samiti), fondé il y a cinq mois à l’initiative de l’Église locale. Mgr Lobo, évêque d’Udupi, a décidé d’aller de l’avant et de favoriser la fraternité interreligieuse face à une hausse de l’intolérance religieuse dans la région.

Un évêque catholique de l’État du Karnataka, dans le sud de l’Inde, a appelé les responsables religieux à laisser de côté leurs différences et à travailler au service de la construction nationale, alors que l’État est aujourd’hui dirigé par le parti du Congrès, favorable au « sécularisme », c’est-à-dire la laïcité à l’indienne. Dans le pays, la laïcité est interprétée comme « l’unité et la fraternité du peuple indien professant de multiples confessions religieuses », l’idée étant que l’État protège toutes les religions de la même manière.

« Il est nécessaire que toutes les religions s’associent pour la formation d’une société nouvelle », a déclaré Mgr Gerald Isaac Lobo, évêque d’Udupi (une ville du Karnataka, sur la côte ouest de l’État indien). L’évêque a pris la parole le 25 février lors d’une rencontre interreligieuse qu’il présidait, organisée par la branche locale Sarvadharma Souharda Samiti (Comité pour l’harmonie de toutes les religions). « Nous pouvons vivre comme les enfants d’une même mère. Nos actions montreront que l’Inde est un ‘jardin de paix’ », a poursuivi Mgr Lobo. « Quand il y a des fleurs de différentes couleurs dans un jardin, sa beauté augmente », a-t-il souligné.

L’État du Karnataka était dirigé par le parti pro-hindou du BJP (Bharatiya Janata Party) jusqu’en mai 2023, et la ville côtière d’Udupi est un foyer important de groupes extrémistes hindous. Sous le BJP, l’assemblée du Karnataka a voté une loi anti-conversion en mai 2022. Toutefois, le parti du Congrès a rétrogradé la loi en question quand il est arrivé au pouvoir. « Le parti pro-hindou voulait diviser le peuple au nom des castes, des croyances et de la religion », affirme le père Faustine Lucas Lobo, porte-parole du Conseil des évêques catholiques du Karnataka. Interrogé le 28 février, il évoque plusieurs incidents causés par des groupes extrémistes à Udupi quand le BJP était au pouvoir. « C’est pourquoi l’évêque a décidé d’aller de l’avant et de prendre l’initiative », poursuit le prêtre.

Une initiative audacieuse face à une vague de tensions interreligieuse

Malgré le changement de gouvernement, un groupe hindou a fait pression sur une école catholique locale afin de destituer une religieuse de son poste d’enseignante, en l’accusant d’avoir mal parlé des divinités hindoues et du Premier ministre Narendra Modi. Sœur Marie Prabha Selvaraj, une enseignante de l’école primaire (Saint Gerosa English Medium Higher Primary School), basée à Mangalore, a dû être renvoyée le 12 février après des mouvements de protestations lancés contre elle.

Selon le père Lobo, un autre groupe hindou du district de Kalaburagi, au nord du Karnataka, a également accusé une autre religieuse chrétienne d’avoir favorisé les conversions religieuses, dans le cadre d’une plainte déposée auprès de la police locale le 22 février dernier. « Cette initiative audacieuse d’organiser une rencontre interreligieuse survient après une série d’incidents répétés contre les communautés chrétiennes », assure le père Lobo.

Le père Denis Dasa, curé de l’église Sainte-Anne d’Udupi et organisateur de la rencontre interreligieuse, explique que des responsables des communautés hindoues, musulmanes, protestantes et sikhs ont participé à l’évènement. Il ajoute que le diocèse prévoit davantage de rencontres similaires.

De son côté, Ramesh Tingalaya, président de l’organisation Sarvadharma Souharda Samiti, confie qu’ils ont réussi à rapprocher des communautés de la région alors que l’initiative du comité a été lancée il y a seulement cinq mois. « Des programmes comme des camps de don du sang ont été organisés », explique le président, un hindou, en décrivant plusieurs initiatives du groupe. En 2021, le Karnataka a été classé 3e sur l’ensemble des 28 États indiens, par une liste recensant les pires persécutions antichrétiennes dans le pays.

(Avec Ucanews)