Cambodge

Mgr Pierre Suon Hangly, préfet apostolique de Kampong Cham : « Il faut trouver comment vivre la foi dans la culture khmère »

Le 5 décembre dans la préfecture apostolique de Kampong Cham lors d’une cérémonie de clôture d’une « Année de la famille ». © RVA ; P. Will Conquer
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En mai dernier, Mgr Wells, nonce apostolique, a rencontré la petite Église cambodgienne en l’appelant à « évangéliser dans le contexte Khmer ». Depuis la fin du régime Khmer Rouge, la communauté locale s’est reconstruite et a tenté différentes approches d’inculturation dans un milieu majoritairement bouddhiste, et alors que de nombreux fidèles sont originaires du Vietnam ou des minorités ethniques. Pour Mgr Pierre Suon Hangly, préfet apostolique de Kampong Cham, « il faut parvenir à l’harmonie entre la foi et la culture khmère ».

La question de l’inculturation se pose au Cambodge comme dans toutes les Églises en Asie, souvent minoritaires dans des contextes multiculturels et multireligieux. L’incorporation de la culture et de la religion joue donc un rôle essentiel alors que la Fédération des conférences épiscopales d’Asie (FABC), durant son 50e anniversaire en 2022, a projeté de devenir une « Église asiatique vraiment indigène ».

Ainsi, l’été dernier, en annonçant sa création comme cardinal à Mgr Sebastian Francis, évêque de Penang dans le nord-ouest de la Malaisie, le pape François a rappelé à ce dernier le sens de l’Église « universelle », un terme qui désigne « l’universalité » et non « l’uniformité ». En septembre 2023 dans Églises d’Asie, le cardinal Francis expliquait que « l’Église continue de témoigner et de répandre l’Évangile de joie, de miséricorde et d’espérance à toutes les races et cultures, en Asie et au-delà ».

Mais au Cambodge, ce n’est pas toujours une tâche aisée selon Mgr Pierre Suon Hangly, préfet apostolique de Kampong Cham, qui s’efforce de trouver comment « aider les Cambodgiens à accepter la foi chrétienne, tout en gardant la culture khmère ». « C’est une question compliquée. Pour les Cambodgiens, le bouddhisme est vraiment enraciné dans le cœur. Il y a la question des rites traditionnels qu’on voudrait garder. Dans notre Église au Cambodge, nous avons essayé de conserver des choses comme les baguettes d’encens, qu’on utilise dans certaines églises », explique-t-il.

« Il faut parvenir à l’harmonie entre la foi et la culture khmère »

Dans certaines paroisses, durant les célébrations, « on s’assied par terre » à la manière khmère, en signe de respect. « Il y a d’autres rites qui sont restés comme pour le mariage. Mais en même temps, ce n’est pas suffisant, parce qu’il faut trouver comment vivre la foi dans la culture khmère d’une manière assez fine, comme une force de développement pour les hommes. Il faut parvenir à l’harmonie entre la foi et la culture khmère. »

Pour Mgr Hangly, « il faut trouver comment vivre la foi dans la culture khmère d’une manière assez fine, comme une force de développement pour les hommes ».

Durant les temps de l’Avent et de Noël, certaines communautés font la crèche en aménageant des étables dans un style khmer, mais selon Mgr Hangly, les paroisses cambodgiennes ont peu à peu tendance à faire comme en Europe. « Finalement, ce n’est pas très différent de l’Europe. Mais c’est vrai que dans certaines églises, pour la crèche, on garde des maisons khmères et des statues de la sainte famille qui sont en bois, avec des visages cambodgiens. Souvent, on utilise aussi des bâtons d’encens pour vénérer la crèche, en se prosternant trois fois comme les Khmers. Sinon, il y a peu de différences avec vous dans notre manière de fêter Noël. »

« Je crois qu’il est plus facile d’évangéliser chez les minorités qu’avec les Khmers »

Mgr Hangly, né en 1972 dans le vicariat apostolique de Phnom Penh et ancien prêtre étudiant aux MEP à Paris (de 2007 à 2015), a été nommé le 15 juillet 2022 par le pape François à Kampong Cham, où il a été installé le 1er octobre 2022, jour de la fête de sainte Thérèse de Lisieux, patronne des missions. Sa nomination était un événement historique pour l’Église cambodgienne, qui célébrait avec lui l’installation du premier ordinaire cambodgien depuis plusieurs décennies.

Dans la préfecture de Kampong Cham, l’évêque explique que « nous avons environ 3 000 chrétiens, sur peut-être près de 6 millions d’habitants ». « C’est une petite communauté, sur un grand territoire qui compte huit provinces », précise-t-il. Dans l’Est cambodgien, la préfecture couvre les provinces de Kampong Cham, Kratie, Stoeng Treng, Rotanah Kiri, Mondol Kiri, Svay Rieng et Prey Veng. Dans l’ensemble du pays, l’Église compte aujourd’hui environ 20 000 fidèles (sur 16 millions d’habitants).

« Il n’y a pas beaucoup de chrétiens à Kampong Cham. Nous avons 32 communautés catholiques sur le territoire. Parmi ces 32 communautés, il n’y a que trois paroisses qui sont un peu plus grandes. La plus importante est une communauté vietnamienne. Il y a une autre paroisse composée d’un groupe de minorités ethniques, et il y a une autre communauté ancienne où travaille actuellement Mgr Antonysamy Susairaj [ancien préfet apostolique de Kampong Cham] ».

Il ajoute qu’il y a peu de baptisés khmers, même si cette année, à Pâques, ils ont baptisé une dizaine de Cambodgiens. « Dans cette préfecture, il y a les communautés cambodgiennes mais il y a aussi les minorités ethniques, dont les communautés Punoms », précise le préfet apostolique. « Parmi ces derniers, s’il y a une conversion, souvent, c’est toute la famille qui se convertit. Je crois qu’il est plus facile d’évangéliser chez les minorités ethniques qu’avec les Khmers. »

Dans l’ensemble du pays, l’Église cambodgienne compte aujourd’hui environ 20 000 catholiques sur 16 millions d’habitants.

« Notre foi n’est pas une religion étrangère, mais une religion pour tous les peuples »

Au Cambodge, on compte plus de 90 % de bouddhistes. Pour cette raison, Mgr Hangly explique que s’il y a quelques rites hérités de la culture majoritaire locale, c’est notamment pour montrer aux Cambodgiens qui se convertissent que « notre foi n’est pas une religion étrangère, mais une religion pour tous les peuples ». Ainsi, « par exemple pour les mariages, les couples s’assoient par terre comme pour les mariages khmers ».

« Nous gardons aussi le rite des remerciements aux parents, et aussi l’habitude de décorer les mariages avec des objets traditionnels. Pour les enterrements, nous gardons les processions khmères en tournant trois fois autour du lieu où le défunt est enterré ou incinéré. Durant les messes, nous utilisons souvent les baguettes d’encens. Pour la fête des défunts, nous gardons aussi le jour de Pchum Ben [depuis 1974, le Vatican a permis de célébrer cette journée selon la fête traditionnelle khmère]. »

Le 14 septembre dernier, l’Université royale de Phnom Penh a organisé la première conférence officielle sur l’histoire du christianisme au Cambodge, intitulée « 500 ans d’amitié : l’Église et le Royaume du Cambodge », en collaboration avec des universitaires cambodgiens et avec l’Église locale. Les participants ont notamment parlé des relations depuis 1860 entre les responsables catholiques et bouddhistes. Selon Mgr Hangly, l’Église locale voulait « présenter l’Évangile qui est entré au Cambodge ». « Les relations entre l’Église et le gouvernement au Cambodge durent depuis 500 ans. Nous avons voulu montrer comment le christianisme est entré dans le pays, et comment le gouvernement l’a accepté. Je crois que cela a permis de montrer à certaines personnes que l’Église du Cambodge est entrée dans le pays depuis longtemps. »

(EDA)