Philippines : un effondrement cause au moins 18 morts dans une décharge, le cardinal David parle d’injustice climatique
Une décharge du quartier de Binaliw, dans la ville de Cebu, s’est effondrée ce jeudi 8 janvier. L’archidiocèse offre des messes pour les victimes.
© Asianews
Le 14/01/2026
Le 8 janvier dernier, un effondrement dans une décharge de la ville de Cebu a causé au moins 10 morts et 18 disparus à ce jour. La capitale de l’île de Cebu, au centre de l’archipel, compte près d’un million d’habitants. Les victimes sont des éboueurs de cette décharge municipale géante à ciel ouvert, dont l’éboulement aurait pu être causé par des précipitations abondantes dues à un typhon et par un récent séisme. L’archidiocèse de Cebu a annoncé que toutes les messes de ce vendredi 16 janvier seront offertes pour les victimes.
Toutes les messes qui seront célébrées dans l’archidiocèse de Cebu ce vendredi 16 janvier seront offertes pour les victimes de l’effondrement meurtrier d’une décharge municipale à ciel ouvert de la ville de Cebu, survenu le 8 janvier dernier. La décharge géante, de la taille d’un immeuble de 10 étages, traitait en pleine nature près de mille tonnes de déchets par jour.
Comme l’indique l’agence Asianews, si les autorités ont imputé la catastrophe aux fortes pluies, les habitants ont aussi signalé des irrégularités et des infractions environnementales depuis des années. La décharge Prime Waste Solution, l’une des plus grandes de Cebu, est située à Sitio Kainsikan, dans le barangay (quartier) de Binaliw. Alors que tous les déchets solides de la ville y sont déversés, elle fait l’objet de plaintes depuis longtemps.
Avant même l’effondrement, alors qu’une centaine de travailleurs étaient présents, plusieurs plaintes avaient en effet été déposées contre le site et ses exploitants pour des activités minières illégales présumées et des violations des réglementations environnementales, ce qui a eu de graves répercussions sur la qualité des eaux environnantes et de l’air.
Pour le cardinal Pablo Virgilio David, président de la Conférence épiscopale philippine, il ne s’agit pas d’un simple accident, mais bien du résultat d’un manque d’éducation, de formation et de sensibilisation en matière de gestion des déchets. Le cardinal David, évêque de Kalookan, a déclaré : « Appelons un chat un chat. En réalité, dans la plupart des soi-disant “décharges sanitaires” aux Philippines, tout est mélangé : déchets biodégradables, recyclables, toxiques, industriels et même médicaux. » Il a ajouté : « Il s’agit d’une injustice climatique et d’une crise de santé publique. La tragédie survenue à Cebu n’est pas un cas isolé. »
« La tragédie survenue à Cebu n’est pas un cas isolé »
Comme l’a noté le site d’information en ligne philippin Rappler, l’histoire a commencé en 2017, lorsque la décharge d’Inayawan (Cebu), en service depuis 1998, a été fermée pour une rénovation attendue depuis longtemps, étant donné qu’elle n’était censée fonctionner que pendant sept ans. Faute d’alternatives structurées, la ville a commencé à recourir à des décharges privées, souvent non conformes aux normes de sécurité.
Dès le départ, le projet a été contesté par les résidents et certains conseillers municipaux. En 2019, plus de 600 habitants ont réclamé la fermeture de la décharge, se plaignant d’odeurs insupportables, d’infiltrations dans les habitations lors des pluies et de risques pour la santé publique.
Selon le plan décennal de gestion des déchets de la ville de Cebu, la décharge de Binaliw devrait bientôt atteindre sa capacité maximale. Cependant, l’échec de la réhabilitation de l’ancienne décharge d’Inayawan et le manque d’installations de traitement pleinement opérationnelles ont rendu la ville presque entièrement dépendante d’un seul site.
La hauteur actuelle de la décharge est déjà trop importante, selon un conseiller municipal : « Si les pentes naturelles de terre et de roche peuvent s’effondrer, une montagne d’ordures, à plus forte raison. » Ainsi, après plusieurs jours de fortes pluies, le sol s’est effondré, provoquant la catastrophe.
Selon CBCP News (l’agence d’information des évêques philippins), après la catastrophe, dans un message publié sur les réseaux sociaux, l’archidiocèse a indiqué que l’archevêque de Cebu, Mgr Alberto Uy, a demandé à toutes les paroisses de dédier leurs messes de ce vendredi aux victimes et à leurs familles : « Nous demandons à toutes les paroisses de l’archidiocèse d’offrir toutes les messes de ce jour-là pour les victimes de la tragédie et pour les familles et les proches endeuillés. Que le Seigneur accorde le repos éternel à ceux qui sont morts et du réconfort à ceux qui sont dans le deuil. » Le 16 janvier a également été déclaré journée de deuil par le gouvernement de la ville de Cebu.
Sources : Asianews, CBCP News, Rappler