Pakistan

Pakistan : les chrétiens expriment leur solidarité après un attentat contre une mosquée chiite

Une affiche en hommage aux victimes du quartier chrétien de Jaranwala, attaqué le 16 août 2023 au Pendjab. Une affiche en hommage aux victimes du quartier chrétien de Jaranwala, attaqué le 16 août 2023 au Pendjab. © A.B.
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Un attentat-suicide a frappé une mosquée chiite d’Islamabad le 6 février, faisant au moins 36 morts et 170 blessés lors de la grande prière du vendredi. Revendiquée par un groupe affilié à l’État islamique, l’attaque ravive les craintes des minorités religieuses, régulièrement visées au Pakistan. Tandis que les funérailles ont rassemblé des milliers de personnes, les chrétiens se joignent aux responsables religieux et aux organisations de défense des droits humains et appellent les autorités à agir pour la protection des lieux de culte.

Le 6 février, un attentat-suicide a fait au moins 36 morts et 170 blessés dans une mosquée chiite d’Islamabad lors de la grande prière hebdomadaire du vendredi. Un groupe affilié à l’organisation djihadiste État Islamique (EI) a revendiqué la responsabilité de l’attaque, perpétrée dans la mosquée Imam Bargah Qasr-e-Khadijatul Kubra, dans le quartier de Tarlai Kalan en périphérie de la capitale pakistanaise. Le lendemain, samedi 7 février, plusieurs milliers de personnes ont assisté aux funérailles de certaines victimes. Il s’agit de l’attentat le plus meurtrier à Islamabad depuis celui de l’hôtel Marriot en 2008.

Selon le groupe EI, un combattant local « a tiré sur les gardes de la mosquée qui tentaient de l’arrêter, puis a fait exploser sa veste piégée au milieu de l’assemblée ». L’attaque s’est produite à un moment où les mosquées du pays étaient bondées de fidèles. Elle survient alors que les forces de sécurité pakistanaises luttent contre l’intensification des insurrections dans les provinces du sud et du nord du pays, à la frontière avec l’Afghanistan.

Deuxième attaque à Islamabad en moins de six mois

Après l’attentat de vendredi, des témoins ont déploré l’absence de dispositif de sécurité adéquat, alors que les mosquées chiites sont « constamment menacées » dans le pays. Dans ce contexte, la minorité chrétienne, elle-même régulièrement visée, s’est jointe aux prières et aux appels à la justice, alors que le bilan des victimes continuait d’augmenter après la mort de trois nouvelles personnes, dont un garçon de 12 ans qui a succombé à ses blessures.

Un jeune Pakistanais de 25 ans, Aun Abbas, aurait sacrifié sa vie en tentant d’arrêter l’agresseur. Selon Malik Shoib, son cousin, « il a sauvé 2 000 personnes ». « Sans lui, nous aurions pu devoir organiser des funérailles pour bien plus de personnes. Nous demandons qu’il reçoive une distinction nationale pour son courage », a-t-il déclaré, en qualifiant l’attentat de « lâche » et en se demandant comment les gens peuvent se sentir en sécurité chez eux si les lieux de culte ne sont plus sécurisés.

De son côté, Syed Muhammad Aun Kazmi, de Mukhtar Students (un groupe de volontaires chiites), a signalé qu’au moins 50 chiites blessés ont été soignés dans un hôpital d’Islamabad, dont sept en soins intensifs. Il a ajouté que le gouvernement n’avait pas encore annoncé de plan d’indemnisation pour les victimes et leurs familles. Il a lui aussi dénoncé le laxisme en matière de sécurité. L’attaque du 6 février est la deuxième à Islamabad en moins de six mois, après celle de novembre qui a fait 12 morts dans un complexe judiciaire.

« Nous prions pour la paix, la sécurité et l’harmonie religieuse »

Depuis l’attentat, les musulmans chiites ont organisé des veillées aux chandelles, des conférences de presse et des rassemblements dans plusieurs villes du pays. Les chrétiens se sont joints à leur deuil et aux protestations. Le père Sarfraz Simon, curé de la paroisse Sainte-Marie de Rawalpindi, près d’Islamabad, a annoncé que des prières spéciales ont été organisées dans au moins 25 églises catholiques après l’attaque.

« Lors de la messe du dimanche 8 février, nous avons prié pour le repos des âmes de ceux qui ont perdu la vie, pour le prompt rétablissement des blessés et pour que les familles endeuillées trouvent force et réconfort », a confié le père Simon. « Nous avons également prié pour la paix, la sécurité et l’harmonie religieuse dans notre pays. »

La Commission pour l’œcuménisme et l’harmonie interreligieuse de l’Église presbytérienne du Pakistan a aussi organisé un rassemblement devant le Lahore Press Club le 9 février, en condamnant l’attaque et demandant justice pour les victimes. « Des arrestations opportunes et des poursuites efficaces dans les cas d’attaques contre des églises auraient pu empêcher des attaques contre d’autres lieux de culte », a estimé le président de la commission, le révérend Amjad Niamat, mettant en garde contre une application sélective et insuffisante des lois antiterroristes.

L’organisation de défense des droits humains Christian Solidarity Worldwide, basée au Royaume-Uni, a également exhorté les autorités pakistanaises à prendre des mesures décisives. Dans une déclaration du 6 février, le fondateur et président de CSW, Mervyn Thomas, a appelé le gouvernement à mettre pleinement en œuvre le Plan d’action national de 2014 « visant à lutter contre l’extrémisme violent et le terrorisme afin d’accroître la protection de tous les citoyens contre de telles attaques meurtrières ».

Le Pakistan a été le théâtre de nombreuses attaques contre les minorités religieuses au cours des dernières décennies, notamment contre les chiites qui représentent environ 20 % des quelque 250 millions d’habitants du Pakistan. Le Pakistan a enregistré 699 attaques terroristes en 2025, soit une augmentation de 34 % par rapport à l’année précédente, faisant 1 034 morts et 1 366 blessés, selon le Pakistan Institute for Peace Studies basé à Islamabad.

(Avec Ucanews, Kamran Chaudhry)

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