Népal

Au Népal, l’Église appelle les électeurs au discernement à l’approche d’élections historiques

Le père Silas Krishna Bogati, administrateur apostolique du Népal, le 22 avril 2025 dans la cathédrale de Katmandou. Le père Silas Krishna Bogati, administrateur apostolique du Népal, le 22 avril 2025 dans la cathédrale de Katmandou. © Catholic Communication Nepal
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À l’approche des élections législatives du 5 mars, décisives pour l’avenir politique du Népal après la chute du gouvernement en septembre dernier, l’Église locale appelle les citoyens à voter avec discernement. Dans un contexte de crise économique et politique, marquée par les manifestations de la « génération Z », ce scrutin pourrait rebattre les cartes du paysage politique. Le père Silas Krishna Bogati, administrateur apostolique, demande de soutenir des dirigeants capables de promouvoir une gouvernance juste, stable et tournée vers le bien commun.

Au Népal, la campagne pour les élections législatives du 5 mars dure depuis le 16 février. C’est un scrutin décisif, cinq mois après les manifestations des jeunes de la « génération Z », qui ont contraint le gouvernement de KP Sharma Oli à la démission en septembre dernier. À l’automne 2025, la crise népalaise avait attiré l’attention du monde entier sur les difficultés économiques et politiques du pays.

Aujourd’hui, alors que les électeurs népalais s’apprêtent à élire les 275 députés de la Chambre des représentants (l’une des deux chambres du Parlement bicaméral du Népal), l’Église catholique locale appelle les habitants à choisir le nouveau gouvernement avec sagesse. Le père Silas Krishna Bogati, administrateur apostolique du vicariat apostolique du Népal, invite ses compatriotes à « choisir nos dirigeants judicieusement ».

« Notre peuple doit utiliser ce vote pour faire venir ceux qui veulent œuvrer pour des changements politiques positifs au Népal », souhaite-t-il. S’adressant directement aux catholiques, le prêtre ajoute : « En tant que citoyens, nous devons voter pour mettre en œuvre les changements nécessaires dans notre pays. »

Le Népal est un petit pays d’Asie du Sud, enclavé entre la Chine et l’Inde, avec environ 30 millions d’habitants selon le recensement de 2021. On compte aussi 212 313 chrétiens officiellement, bien que leur nombre réel serait plutôt proche de 3 millions. Le pays est à majorité hindou avec une importante minorité bouddhiste.

Une communauté catholique petite mais dynamique

La préfecture apostolique du Népal a été créée le 8 novembre 1996, avant de devenir un vicariat apostolique le 10 février 2007. Mgr Anthony Francis Sharma, jésuite, a été le premier vicaire apostolique de 2007 à 2014, suivi par Mgr Paul Simick.

Après le transfert de Mgr Simick dans le diocèse indien de Bagdogra, le père Silas Krishna Bogati a été nommé administrateur apostolique en janvier 2025. Lors de son ordination sacerdotale en 2000, le père Bogati était le premier prêtre natif du Népal. Il a ensuite servi comme directeur de la Caritas nationale durant onze ans. Il s’est notamment chargé de gérer les programmes d’aide internationale lors d’une série de séismes en 2015, qui ont fait au moins 8 857 morts dans le pays. Il a aussi organisé le déplacement de plus de 100 000 réfugiés bhoutanais, dont beaucoup ont été relocalisés aux États-Unis.

La cathédrale de l’Assomption de la Vierge Marie de Kathmandu, Népal.
La cathédrale de l’Assomption de la Vierge Marie de Kathmandu, Népal.
© Catholic Communication Nepal

Le travail missionnaire au Népal a débuté en 1983. Les jésuites en particulier ont joué un rôle essentiel dans les domaines de l’éducation, de l’aide sociale et du développement communautaire.

Le pays est devenu une démocratie en 2008 après l’abolition d’une monarchie multiséculaire. La liberté religieuse avait déjà été inscrite dans la Constitution de 1991. Aujourd’hui, cependant, le travail pastoral de l’Église népalaise se confronte à des lois restrictives concernant les conversions religieuses.

Les prêtres, religieuses et laïcs du pays s’occupent actuellement de 37 établissements scolaires – dont une université, 18 lycées et deux écoles techniques – pour un total de plus de 30 000 élèves. Caritas Népal et d’autres programmes sociaux prennent aussi en charge les personnes âgées et handicapées.

KP Oli contre l’ancien maire de Katmandou

Lors des élections du 5 mars, sur les 275 sièges en jeu, 165 élus seront choisis directement, et 110 autres via les listes des partis. Plusieurs partis politiques font du porte-à-porte pour solliciter des soutiens et organisent des rassemblements. « Un des facteurs intrigants de ce scrutin, c’est que dans la circonscription n° 5 de Jhapa, l’ancien Premier ministre KP Sharma Oli et l’ex-maire populaire de Katmandou Balendra Shah [ndlr : un ancien rappeur et ingénieur civil de 35 ans, suivi par de nombreux internautes au Népal] sont en concurrence et espèrent l’emporter sur l’autre, et tout le pays attend les résultats », explique le père Silas Bogati.

Avant les élections, des programmes d’éducation civique des électeurs et d’alphabétisation numérique ont été lancés à travers le pays, notamment pour les femmes et les groupes marginalisés dans les régions reculées. L’analphabétisme touche en effet plus de 30 % de la population adulte au Népal. « Le gouvernement est particulièrement actif sur le terrain, pour essayer d’éduquer les électeurs sur la manière de déposer correctement leur vote. Je crois que les femmes et les communautés marginalisées y ont été sensibilisées en particulier », commente le père Bogati.

Le mouvement « Génération Z » anticorruption

Les manifestations nationales déclenchées le 8 septembre 2025 ont été alimentées par le ressentiment suscité par l’interdiction des réseaux sociaux, décidée par le gouvernement au début du mouvement. Ces émeutes ont aussi été motivées par des années de stagnation économique et par des accusations de corruption politique profondément enracinée.

Des jeunes participants à une retraite à l’institut Don Bosco de Lalitpur (Katmandou), en février 2025.
Des jeunes participants à une retraite à l’institut Don Bosco de Lalitpur (Katmandou), en février 2025.
© Catholic Communication Nepal

Le 9 septembre, les manifestations se sont étendues dans tout le pays, et des émeutiers ont incendié le Parlement et d’autres bâtiments du gouvernement, en renversant l’administration de KP Oli. Ce dernier, âgé de 73 ans, avait déjà occupé quatre mandats comme Premier ministre. Il a démissionné peu après que des manifestants en colère aient incendié sa maison et des centaines d’autres bâtiments. Quand la police a tué de jeunes manifestants, les troubles se sont intensifiés. Au moins 76 personnes ont été tuées dans les violences.

Le mouvement qui a fait tomber le gouvernement a coûté au pays environ 586 millions de dollars et entraîné la perte d’emploi pour près de 15 000 personnes. Après ces événements, Sushila Karki, 73 ans, ancienne présidente de la Cour suprême, a été nommée Première ministre par intérim le 12 septembre, avec pour mission d’organiser des élections. Elle quittera ses fonctions après le scrutin du 5 mars.

« Certains responsables du mouvement Gen Z sont aujourd’hui candidats aux élections. Leurs objectifs principaux sont une meilleure gouvernance et la lutte contre la corruption. Si ces nouveaux leaders et leurs partis l’emportent, les gens s’attendent à un climat politique plus positif et à des changements au Népal », confie le père Bogati.

Difficultés économiques et diaspora

Selon les chiffres du gouvernement, plus de 839 000 Népalais ont quitté le pays l’an dernier pour travailler à l’étranger. La Banque mondiale estime que près d’un tiers du PIB du Népal vient des transferts de fonds envoyés par les migrants népalais. Selon le dernier recensement, 7,5 % de la population vit à l’extérieur du pays, dont beaucoup qui travaillent à l’étranger à cause des difficultés économiques du Népal.

La diaspora ne peut pas participer à ces élections en raison des obstacles logistiques, mais ses membres constituent malgré tout une force influente dans l’économie et la politique du pays. L’Inde et la Chine, qui cherchent l’un comme l’autre à maintenir leur influence à Katmandou, devraient surveiller étroitement le déroulement du scrutin.

Espoirs prudents avant les élections

Le père Silas Bogati exprime un espoir prudent concernant les élections du 5 mars. « Il est difficile de prédire l’issue du scrutin, mais nous constatons bel et bien une tendance parmi les jeunes qui souhaitent une meilleure gouvernance. J’espère que cela se concrétisera », confie l’administrateur apostolique. « Toutefois, les mêmes vieux partis pourraient malgré tout l’emporter durant ces élections, comme on l’a vu au Bangladesh ce mois-ci. Donc dans le cas du Népal, le temps nous le dira. »

Le père Bogati ajoute que les gens cherchent un nouveau gouvernement qui travaille réellement pour le bien commun, pour une économie durable et pour une démocratie paisible. « Le peuple du Népal n’en peut plus de ces partis politiques qui ont gouverné le Népal depuis 2008, quand le pays est devenu une république fédérale », explique-t-il. Depuis, le pays a eu 14 gouvernements différents, et beaucoup n’ont pas achevé leur mandat de cinq ans. « Maintenant, nous voulons la stabilité politique, une bonne gouvernance et la fin de la corruption. »

En évoquant ses espoirs vis-à-vis du rôle des jeunes dans les élections du 5 mars, le prêtre souligne que « les jeunes sont l’avenir, et nous espérons qu’à l’avenir, le pouvoir sera entre les mains de jeunes capables de diriger le développement et la bonne gouvernance du Népal ». « Nous avons rêvé de créer un nouveau Népal après la longue décennie d’insurrection maoïste [ndlr : de 1996 à 2006], et cela avait conduit à une démocratie népalaise avec beaucoup d’espoirs. Nous espérons que cela se réalisera enfin avec les nouveaux résultats électoraux. »

(Avec EWTN News, Santosh Digal)

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