Pourquoi l’Église catholique peine à se développer au Népal
Depuis plus de sept décennies, les prêtres et religieux catholiques œuvrent au Népal à travers des écoles, des dispensaires, des foyers et des actions sociales.
© Catholic Communication Nepal
Le 13/03/2026
Depuis plus de soixante-dix ans, l’Église catholique est présente au Népal à travers ses écoles, ses hôpitaux et ses œuvres sociales, largement respectés par la population. Pourtant, malgré cette influence institutionnelle, le nombre de catholiques reste très faible, autour de quelques milliers de fidèles. Dans un pays où les communautés protestantes et évangéliques connaissent une croissance rapide, cette situation interroge : la priorité donnée aux institutions a-t-elle freiné l’évangélisation et la formation de communautés de foi vivantes ?
Le christianisme fit son apparition dans la vallée de Katmandou, au Népal actuel, aux XVIIe et XVIIIe siècles. Le premier chrétien recensé à y être entré fut un prêtre jésuite du nom de Juan Cabral. Il se rendait du Tibet vers le Bengale, en Inde, et fut reçu par le roi local.
La présence des chrétiens s’est intensifiée avec l’arrivée des frères capucins au début du XVIIIe siècle. Ils ont fondé des missions dans la vallée de Katmandou, œuvré auprès de la population locale et construit des églises. Ils ont été globalement bien accueillis par les rois de la dynastie Malla.
Cependant, cette première période de christianisme au Népal prit fin en 1769 lorsque le roi Prithvi Narayan Shah unifia le pays et instaura un royaume hindou unifié. Craignant que les missionnaires ne soient des espions étrangers, il expulsa tous les chrétiens, qui se réfugièrent alors en Inde.
Pendant les deux siècles suivants, le Népal resta largement fermé aux missionnaires chrétiens. Le christianisme fit son retour dans le pays après le renversement du régime Rana et l’instauration de la démocratie en 1951, lorsque les frontières du pays s’ouvrirent au monde extérieur.
Le retour du christianisme
La résurgence du christianisme au Népal après 1951 ne fut pas un événement isolé, mais un processus complexe impliquant de multiples facteurs et groupes. Le renversement du régime autocratique Rana en 1951 marqua un tournant décisif. Le nouveau gouvernement, dirigé par le roi Tribhuvan, ouvrit les frontières du Népal au monde extérieur, rompant avec la longue période d’isolement du pays.

Pour moderniser le pays, le roi a lancé un appel aux gouvernements étrangers et aux ONG afin qu’ils contribuent au développement du Népal. Les congrégations missionnaires chrétiennes ont répondu à cet appel et ont été autorisées à entrer au Népal, mais à une condition : se concentrer sur les services sociaux plutôt que sur le prosélytisme direct.
Ainsi, les missionnaires ont créé des institutions de développement, notamment des hôpitaux, des écoles et des projets de développement rural. Les jésuites sont également revenus, en fondant des écoles prestigieuses comme Saint-Xavier, qui est devenue une institution éducative importante pour l’élite népalaise.
Un contraste frappant
Depuis plus de sept décennies, les prêtres et religieux catholiques œuvrent au Népal à travers des écoles, des dispensaires, des foyers et des actions sociales. Leur contribution est largement respectée. Pourtant, les chiffres révèlent une réalité frappante : le Népal ne compte qu’environ 8 000 à 10 000 catholiques, tandis que les communautés protestantes et évangéliques sont estimées à plus d’un million de personnes sur environ 31 millions d’habitants (ndlr : le Népal compte près de 81 % d’hindous, 8 % de bouddhistes et 5 % de musulmans pour environ 1,8 % de chrétiens).
Ce contraste a suscité un débat au sein des milieux catholiques. Les institutions catholiques sont-elles trop centrées sur l’éducation et l’action sociale, au détriment de l’évangélisation personnelle ? L’Église au Népal est-elle perçue davantage comme une institution que comme une communauté de foi vivante ?
Depuis l’arrivée des premiers missionnaires catholiques au milieu du XXe siècle, l’Église a fait de l’éducation, de la santé et des œuvres caritatives une priorité. Des écoles catholiques renommées ont formé certains des plus brillants dirigeants du Népal. Caritas Népal et les congrégations religieuses ont toujours soutenu les secours d’urgence et le développement social.
Mais tandis que les institutions se sont développées, le nombre de catholiques est resté stable. Les protestants, quant à eux, ont connu une croissance rapide, notamment parmi les Dalits (autrefois dits « intouchables »), les groupes ethniques marginalisés et les populations rurales pauvres. Leur modèle de proximité – petits groupes, groupes de partage à domicile, témoignages et évangélisation relationnelle – s’est avéré plus efficace pour diffuser la foi.
Enseignements pontificaux sur l’évangélisation
Cette disparité a soulevé des questions délicates mais nécessaires au sein de l’Église catholique. Le problème n’est pas nouveau ; les papes insistent depuis longtemps sur le fait que les institutions, à elles seules, ne peuvent remplacer l’évangélisation.
Le pape Paul VI, dans son exhortation apostolique historique Evangelii Nuntiandi (1975), a déclaré : « Évangéliser est, en effet, la grâce et la vocation propre de l’Église, son identité la plus profonde. Elle existe pour évangéliser. » (§14). Le pape François, dans Evangelii Gaudium (2013), a fait écho à cette urgence : « La paroisse n’est pas une structure caduque (…). Cela suppose qu’elle soit réellement en contact avec les familles et avec la vie du peuple. » (§28). Lors d’une audience générale en 2023, le pape François a averti : « Sans zèle apostolique, la foi se flétrit. »

Le message constant de Rome est clair : l’éducation, la santé et la charité doivent s’accompagner d’une rencontre personnelle avec le Christ. Sans cela, la présence catholique risque d’être perçue comme celle d’une ONG de plus plutôt que comme celle d’une Église missionnaire.
Pourquoi les évangéliques croissent plus rapidement
Les spécialistes des religions constatent que la croissance du mouvement évangélique repose moins sur les institutions formelles que sur le témoignage relationnel. Les familles sont invitées à des groupes de prière ; les voisins partagent leurs témoignages ; les pasteurs sont présents dans les difficultés quotidiennes. Pour de nombreux Népalais marginalisés, ce sentiment d’égalité, d’appartenance et de rencontre directe avec Dieu s’avère profondément convaincant.
En revanche, le catholicisme, avec sa liturgie structurée, son autorité centralisée et son importance accordée aux institutions, peut parfois paraître distant. Cela n’enlève rien à sa richesse sacramentelle, mais explique en partie le succès numérique plus important des protestants.
Un appel à la renaissance au Népal
Aujourd’hui, les responsables catholiques népalais sont confrontés à un défi pastoral : comment préserver la force de leurs institutions tout en plaçant l’évangélisation au cœur de leur mission ? Il ne s’agit pas d’abandonner les écoles ou les hôpitaux, mais de veiller à ce qu’ils deviennent aussi des lieux de rencontre de la foi.
La question qui se pose aux prêtres et aux religieux est de savoir si leur mission quotidienne est axée sur l’administration ou sur la formation des disciples. Sont-ils avant tout des gestionnaires d’écoles ou des pasteurs d’âmes ? Les foyers forment-ils seulement des jeunes instruits ou contribuent-ils à l’évangélisation de nouveaux croyants enracinés dans l’Évangile ?
Les chiffres indiquent que la présence catholique au Népal est respectée, mais limitée. Si l’évangélisation constitue bien « l’identité la plus profonde » de l’Église, comme l’affirmait le pape Paul VI, alors la voie à suivre pourrait nécessiter d’aller au-delà des seules institutions.
Des prêtres et religieux catholiques ont déjà consacré des décennies à donner leur vie au Népal. Leur prochain défi sera peut-être encore plus grand : apporter le Christ non seulement par le biais des écoles et des dispensaires, mais directement dans les foyers, les familles et les cœurs.
D’après un article publié initialement par Sanu Biswakarma, Matters India.