Vietnam

Saïgon : les croix réapparaissent au sommet des flèches de la cathédrale

La cathédrale de Saïgon a deux nouvelles cloches depuis le mois dernier (ici le 19 mars en présence de Mgr Zalewski, représentant pontifical résident au Vietnam). La cathédrale de Saïgon a deux nouvelles cloches depuis le mois dernier (ici le 19 mars en présence de Mgr Zalewski, représentant pontifical résident au Vietnam). © Conférence épiscopale du Vietnam
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Le 19 mars dernier, les deux cloches de la cathédrale Notre-Dame de Saïgon (aujourd’hui Hô-Chi-Minh-Ville, dans le sud du Vietnam) ont été installées après plusieurs années de rénovation. Les deux croix de 3,7 m ont été hissées au sommet des deux clochers de 57 m de haut. Lors de l’installation, Mgr Marek Zalewski, représentant pontifical résident au Vietnam, a évoqué « un signe de foi placé au cœur de la ville ». L’an dernier, plus de 200 églises, bâtiments ecclésiastiques et autres édifices liés au ministère pastoral ont été construits à travers le pays.

Après des années de travaux de restauration, la cathédrale Notre-Dame de Saïgon (aujourd’hui Hô-Chi-Minh-Ville) peut à nouveau afficher ses croix dorées au sommet de ses tours jumelles. Le 19 mars dernier, elles sont redevenues un signe visible de la foi et de la présence chrétienne dans le paysage urbain de la métropole du sud du Vietnam.

L’installation a eu lieu à l’occasion de la solennité de saint Joseph, dans le cadre des travaux de rénovation de la cathédrale qui durent depuis 2017 et qui devraient se poursuivre au moins jusqu’en 2027. Elle marque un moment important dans la modernisation de ce lieu de culte historique, redonnant toute sa splendeur à un symbole religieux longtemps associé à la vie spirituelle de la ville.

Les responsables de l’Église vietnamienne et les équipes de restauration de la cathédrale ont assisté à l’installation des deux croix, hissées par des grues à une hauteur de 57 mètres et fixées aux tours revêtues de zinc. Mgr Marek Zalewski, représentant pontifical résident au Vietnam, a souligné que le retour des croix revêt une « signification spirituelle » particulière, après leur retrait en 2023 pour restauration.

Pour le prélat, il s’agit d’un « signe de foi placé au cœur de la ville, qui guide les gens vers le mystère de la Croix du Christ » et d’une Église formée de « pierres vivantes », à laquelle chaque croyant peut contribuer par des œuvres de foi et de charité. Mgr Zalewski a poursuivi en soulignant que la croix fait référence « à la fois au sacrifice et à la résurrection ».

La cérémonie coïncidait avec la fête de saint Joseph, patron de l’Église universelle. D’où l’exhortation de l’archevêque à protéger la foi, la famille et la vie communautaire par « l’humilité et la fidélité ». L’installation des croix a été supervisée par des ingénieurs et des spécialistes étrangers et vietnamiens. Chacune des deux croix mesure plus de 3,7 mètres de haut et pèse environ 400 kilogrammes. Elles sont en acier recouvert de feuilles d’or, un matériau adapté aux climats tropicaux. Ces croix ont été fabriquées en Belgique d’après le modèle original.

La cathédrale Notre-Dame de Saigon (ici en avril 2009) est en cours de rénovation depuis 2017.
La cathédrale Notre-Dame de Saïgon (ici en avril 2009) est en cours de rénovation depuis 2017.
© Eustaquio Santimano / CC BY 2.0

Ces travaux sont le fruit de plusieurs années d’études techniques, comprenant des évaluations structurelles, des numérisations 3D et des analyses de matériaux. Les croix d’origine, qui se dressaient depuis près de 130 ans, ont été retirées en mars 2023 suite à la constatation d’une grave détérioration. Construite entre 1877 et 1880, la cathédrale demeure l’un des monuments les plus emblématiques de la ville, et des travaux de restauration ont été menés sur la toiture, la charpente et les clochers.

Un signe visible de la croissance de l’Église au Vietnam

La restauration des croix de la cathédrale de Saïgon est un autre signe visible de la croissance de l’Église au Vietnam. Rien qu’en 2025, plus de 200 églises, presbytères, bâtiments ecclésiastiques et autres structures liées au clergé ont été construits dans tout le pays.

Près de 150 se trouvaient dans les diocèses du nord, où de nombreux biens ecclésiastiques ont été longtemps négligés après la migration de nombreux catholiques vers le sud en 1954, suite à l’arrivée au pouvoir du gouvernement communiste dans le Nord. De plus, de nouvelles églises apparaissent également dans les zones urbaines en expansion à mesure que les migrants s’installent dans les villes et fondent de nouvelles paroisses.

Certains de ces projets peuvent paraître colossaux par leur taille et leur coût, nécessitant jusqu’à dix ans de travaux et des investissements de plusieurs millions de dollars. L’église de Lang Van, dans la province septentrionale de Ninh Binh, en est un exemple frappant. Inaugurée en décembre dernier après dix ans de construction et un coût de 200 000 dollars, elle a été financée par un riche homme d’affaires catholique local.

L’édifice de style gothique – « le plus grand d’Asie du Sud-Est », selon les médias locaux – peut accueillir environ 5 000 personnes, avec une salle souterraine de 800 places supplémentaires. Son clocher culmine à 110 mètres. La nouvelle construction a remplacé une ancienne église devenue trop petite pour accueillir les quelque 4 000 membres de cette paroisse vieille de 140 ans.

L’ampleur de ces projets a suscité des débats – parfois houleux – au sein de la communauté catholique, certains se demandant si ces ressources ne seraient pas mieux investies dans des programmes consacrés à l’éducation, à la charité ou à l’aide aux pauvres. Les experts et les sociologues distinguent deux formes de capital religieux : le capital matériel (bâtiments et biens) et le capital social ou spirituel, qui comprend les liens communautaires, le service et la foi vécue.

Si le premier aspect se développe plus rapidement que le second, préviennent-ils, une église peut s’enrichir matériellement mais s’appauvrir en vie communautaire. D’un côté, ces constructions témoignent d’un renouveau historique et d’une volonté d’affirmer une présence visible. Cependant, le véritable défi auquel l’Église catholique locale est confrontée ne réside peut-être pas dans le nombre de bâtiments, concluent les experts, mais plutôt dans leur capacité à favoriser l’épanouissement de communautés de foi dynamiques, capables de servir la société et de vivre l’Évangile.

(Avec Asianews)

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