Au début du temps pascal, les Églises d’Asie appellent à défendre la vie et à protéger la Création
Une messe de Pâques, en 2016 dans une église catholique du Sud du Vietnam.
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Le 10/04/2026
À l’occasion de Pâques, plusieurs évêques en Asie ont exhorté les fidèles à traduire dans leur quotidien le message du Christ ressuscité, en promouvant la paix, la défense de la vie et la sauvegarde de la Création. De Jakarta à Colombo en passant par les Philippines, leurs appels soulignent l’urgence d’une conversion morale face aux crises contemporaines, marquées par les conflits, les injustices sociales et les atteintes à l’environnement, invitant à une foi active, sobre et engagée.
Durant les célébrations pascales, beaucoup d’évêques asiatiques ont appelé les fidèles à intégrer dans leur vie quotidienne le message de vie du Seigneur ressuscité et la prière pour la paix. À Jakarta, dans le même esprit, le cardinal Ignatius Suharyo Hardjoatmodjo a également recommandé un mode de vie plus sobre et respectueux de l’environnement. Durant son homélie du jour de Pâques, l’archevêque de la capitale indonésienne a souligné que la destruction de l’environnement est une conséquence directe de la cupidité humaine et qu’il est impératif d’y remédier par une conversion morale.
Cardinal Suharyo : « Fermes dans la foi, forts dans l’espérance »
« La protection de l’intégrité de la Création » est l’un des thèmes des orientations pastorales 2026 de l’archidiocèse de Jakarta, mais il est d’une importance particulière alors que le monde est marqué par les crises internationales.
« Nous voyons et nous sentons que le monde est plongé dans l’incertitude. L’attaque israélo-américaine contre l’Iran, suivie de représailles contre Israël, a conduit le monde au bord d’une crise énergétique » qui affecte « les besoins essentiels des populations », a ajouté le cardinal Suharyo. « Les guerres actuelles, avec toutes leurs horreurs, constituent des violations du droit international. Leurs conséquences sont dévastatrices, non seulement pour la planète, mais pour l’humanité tout entière », a-t-il insisté.
Pour les chrétiens, il s’agit de répondre par des gestes d’espérance. « Même dans les ténèbres, il y a toujours de la lumière », a déclaré le cardinal. « Nous sommes appelés à reconstruire la vie sur la base d’une morale enracinée dans le Christ ressuscité – en respectant la dignité humaine, en prenant soin les uns des autres et en restaurant notre vie commune ». Il a également signalé que « l’écologie intégrale ne se limite pas à l’électricité, à l’eau, aux déchets ou aux arbres. Elle concerne l’écosystème mondial dans son ensemble. Et la cupidité, par essence, est destructrice ».
C’est pourquoi les fidèles sont invités à adopter un mode de vie sobre. « Économiser l’énergie est un devoir moral. Nous devons le faire systématiquement, sans attendre une crise », a-t-il poursuivi. « Toute tentative qui porte atteinte aux valeurs morales chrétiennes doit être combattue : la corruption, la violence et les politiques qui négligent les plus faibles et les plus marginalisés. » En définitive, « nous devons rester fermes dans la foi, forts dans l’espérance et fervents dans l’amour ».
Le cardinal David appelle à défendre la vie
Aux Philippines, un incident regrettable a donné au cardinal Pablo Virgilio David, évêque de Caloocan, l’occasion de réfléchir au respect de la vie. « L’utilisation d’un pigeon à la place d’un enfant pour la présentation de l’image de la Vierge des Douleurs lors du rituel du Salubong, dans l’une de nos paroisses, a suscité une vive réaction, à juste titre, et notamment la manière dont il a été ligoté et lâché avec des ballons portant le voile noir. C’est regrettable. Si j’en avais été informé auparavant, je ne l’aurais pas approuvé », a déclaré l’évêque de Caloocan. « Je partage cette préoccupation pour la préservation de la Création et j’ai orienté nos communautés en conséquence », a-t-il ajouté.
« Parallèlement, je ne peux m’empêcher de souhaiter que nous manifestions la même urgence morale et la même indignation collective face aux pertes de vies humaines. Nous avons vu des personnes tuées sur la simple suspicion de consommation de drogue », a-t-il signalé.
« Nous voyons aujourd’hui des civils innocents – y compris de jeunes étudiants – pris au piège des violences de la guerre, tandis que les conflits continuent de s’intensifier et de ravager des sociétés entières », a déploré le cardinal. « Ce n’est que lorsque notre sens moral sera unifié et non fragmenté que nous pourrons véritablement affirmer défendre la vie dans toute sa dignité. »
Cardinal Ranjith : « Diriger, c’est servir »
Le thème de la paix était également au cœur du message de Pâques de l’archevêque de Colombo, le cardinal Malcolm Ranjith. « Diriger, c’est servir, c’est aimer. C’est un modèle à suivre. Pourtant, regardez ce qu’ils font ! Ils assassinent des hommes, des femmes et des enfants innocents. Ils bombardent sans discernement, provoquant la famine et causant toutes sortes de difficultés économiques et sociales », a déclaré le cardinal sri-lankais.
« Alors, comment peut-on se dire chrétien en agissant ainsi ? C’est un repli sur soi. Jésus-Christ n’a pas prôné le repli sur soi. Il a parlé de résurrection, de vie, de joie et de bonheur », a ajouté le cardinal Ranjith. « Au contraire, nous devrions beaucoup prier ces temps-ci pour la paix et le bonheur dans le monde. Nous devons demander au Seigneur d’apporter la paix, de susciter en nous des pensées de paix. »
« Le christianisme, a-t-il ajouté, ne se résume pas à prier ou à lire les Saintes Écritures. Il s’agit de vivre avec un but, de faire preuve de compassion envers son prochain et de servir autrui. On dit souvent que les dirigeants doivent servir leur peuple. Or, aujourd’hui, nombreux sont ceux qui, au pouvoir, se comportent en dominateurs plutôt qu’en serviteurs, mus par la soif de pouvoir. »
(Avec Asianews, Mathias Hariyadi et Melani Manel Pereira)