Au Bangladesh, les communautés chrétiennes mobilisées contre une épidémie meurtrière de rougeole
Un père et son enfant malade, le 6 mai 2026 dans un service réservé aux patients atteints de rougeole d’un hôpital de Dacca.
© Justin Gomes, Ucanews
Le 07/05/2026
Alors que le Bangladesh fait face à une grave épidémie de rougeole, les communautés chrétiennes participent activement aux campagnes de sensibilisation et de vaccination auprès des familles. Depuis mi-mars, plus de 300 enfants sont morts et plus de 44 000 cas suspects ont été recensés. Dispensaires catholiques, écoles et centres de soins multiplient les initiatives pour encourager la vaccination et orienter rapidement les malades. Cette crise met aussi en lumière les fragilités du système de vaccination bangladais.
Dans les villes et les zones rurales du Bangladesh, des groupes et des institutions chrétiennes se joignent aux efforts de sensibilisation alors que le pays d’Asie du Sud fait face à une épidémie meurtrière de rougeole, qui a fait plus de 300 morts parmi les enfants depuis la mi-mars. Au 6 mai, un total de 324 enfants sont décédés de la rougeole et de symptômes similaires dans tout le pays, selon la Direction générale des services de santé (DGHS), un organisme d’État.
L’agence a confirmé sept décès supplémentaires le 6 mai et a signalé avoir enregistré 1 281 nouveaux cas suspects en 24 heures, portant le total à 44 260. Le mois dernier, face à cette épidémie, le gouvernement a lancé une campagne de vaccination d’urgence à l’échelle nationale. Il a également débloqué des fonds d’urgence pour garantir l’approvisionnement en vaccins et en kits de dépistage, selon les informations disponibles.
Dans ce contexte, Lily A. Gomes, secrétaire de la Commission de la santé de la Conférence épiscopale bangladaise, souligne que les dispensaires et les centres de soins catholiques conseillent activement les parents et tuteurs sur la prévention de la rougeole et encouragent la vaccination dans les centres à proximité. « Les parents sont encouragés à faire vacciner leurs enfants en temps voulu et à les emmener rapidement à l’hôpital si des symptômes apparaissent », explique-t-elle.
La nouvelle épidémie met en évidence d’importantes lacunes
Le père Lintu Francis Costa, directeur de l’hôpital catholique Saint-Jean-Marie-Vianney de Dacca, signale de son côté que son établissement doit orienter les patients atteints de rougeole vers des hôpitaux plus grands et spécialisés en raison d’un manque d’infrastructures. « Notre hôpital est petit. Nous n’avons ni service de pédiatrie ni chambres d’isolement », ajoute-t-il. Il précise cependant que l’hôpital catholique, en collaboration avec le gouvernement, a participé à des campagnes de sensibilisation et à des efforts de vaccination. « Nous vaccinons les enfants non seulement à l’hôpital, mais aussi dans les écoles et les communautés voisines », poursuit-il.
Les experts en santé publique ont décrit l’épidémie de rougeole en cours comme « sans précédent et explosive ». Le Bangladesh a pourtant été salué dans le monde entier pour sa politique de vaccination régulière et pour sa prévention de la mortalité infantile au cours des dernières décennies. Le Programme élargi de vaccination (PEV), géré par l’État et lancé en 1979, fournit gratuitement des vaccins essentiels contre plus de 10 maladies, dont la rougeole et la rubéole, aux enfants et aux femmes de tout le pays.
Ce dispositif gratuit repose en grande partie sur le soutien d’organismes des Nations unies tels que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’Agence des Nations unies pour l’enfance (Unicef). Malgré tout, le professeur Kabirul Bashar, qui enseigne à l’université publique Jahangirnagar, estime que la dernière épidémie met en évidence d’importantes faiblesses dans le système de vaccination du pays. « D’un point de vue de santé publique, au moins 95 % des enfants doivent recevoir deux doses du vaccin pour atteindre l’immunité collective », précise-t-il. « L’une des principales raisons de la situation actuelle est la grave lacune du programme de vaccination. »
Une décision controversée du gouvernement intérimaire Yunus
L’aggravation de l’épidémie a contraint de nombreuses familles à parcourir de longues distances pour faire soigner leurs enfants. Md Saifat Talukdar, 31 ans, un père de famille originaire du district de Faridpur, a parcouru près de 120 kilomètres jusqu’à l’hôpital pour enfants Bangladesh Shishu Hospital & Institute de Dacca avec son fils de 14 mois. « Mon enfant a reçu sa première dose de vaccin à Faridpur. Mais lorsque nous sommes allés lui faire administrer la deuxième dose, il y avait une pénurie de vaccins. On nous a demandé de revenir plus tard », raconte-t-il. « Plus tard, mon enfant a contracté la rougeole. Nous sommes actuellement à Dacca pour qu’il soit soigné et nous prions pour sa guérison », ajoute-t-il.
Selon les médias, l’épidémie actuelle serait due à une décision controversée prise par le précédent gouvernement intérimaire du professeur Muhammad Yunus, lauréat du prix Nobel. L’année dernière, le ministère de la Santé a suspendu l’approvisionnement en vaccins contre la rougeole et la rubéole par l’intermédiaire de l’Unicef au profit d’un appel d’offres ouvert, malgré les avertissements répétés de l’agence onusienne concernant les perturbations possibles des services de vaccination.
M. Yunus et l’ancienne conseillère pour la santé Nurjahan Begum n’ont ni reconnu ni rejeté toute responsabilité. De son côté, le professeur Bashar souligne que le Bangladesh a désormais besoin d’urgence d’une action coordonnée à l’échelle nationale, notamment de campagnes de vaccination rapides, d’une surveillance épidémiologique renforcée, de structures d’isolement dans les hôpitaux et de campagnes de sensibilisation au niveau communautaire. « Les campagnes de sensibilisation et de vaccination en porte à porte sont essentielles pour prévenir toute nouvelle propagation. »
(Avec Ucanews, Justin Gomes)