Chine

Chine : les Mères de Tiananmen empêchées d’accéder aux tombes des victimes du 4 juin 1989

Des proches de victimes de la place Tiananmen rendent hommage à leurs proches au cimetière de Wanan, le 4 juin 2024 à Pékin. Des proches de victimes de la place Tiananmen rendent hommage à leurs proches au cimetière de Wanan, le 4 juin 2024 à Pékin. © Tiananmen Mothers/Radio Free Asia
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La veille de l’anniversaire du massacre du 4 juin 1989 sur la place Tiananmen à Pékin, les autorités chinoises ont interdit aux familles des victimes d’accéder au cimetière de Wanan, où se trouvent les tombes de beaucoup de leurs proches. Les dissidents chinois dénoncent un nouvel acte de cruauté destiné à effacer la mémoire des événements survenus il y a 37 ans. Zhang Xianling, 89 ans et membre de l’association des Mères de Tiananmen, dont les membres se rendent chaque année au cimetière, évoque une décision sans précédent.

L’association des Mères de Tiananmen regroupe des proches de manifestants tués lors de la répression du 4 juin 1989 à Pékin. Depuis 37 ans, à cette date, elles se rendent au cimetière de Wanan sous escorte policière afin de rendre hommage à leurs proches et lire des textes commémoratifs.

Cette année, pour la première fois, les membres du groupe ont été informées par le Bureau de la sécurité municipale de Pékin qu’elles ne pourraient pas se rendre au cimetière, où de nombreuses victimes du massacre de la place Tiananmen sont enterrées, ni organiser les commémorations annuelles.

« Ces gestes, qui étaient devenus habituels, ne sont plus autorisés. Désormais, nous ne pouvons même plus y accéder, ce qui n’était encore jamais arrivé », déplore Zhang Xianling, âgée de 89 ans et membre de l’association des Mères de Tiananmen, interrogée par Radio Free Asia. Le groupe a adressé une lettre de protestation aux autorités locales pour demander la levée de l’interdiction, que les mères dénoncent comme « déraisonnable ».

Le nombre des victimes du massacre de 1989 est incertain et varie entre moins de 300 selon les autorités chinoises et jusqu’à près de 10 000 selon les estimations de certaines sources diplomatiques britanniques et américaines. Chaque année, la Chine tente de réprimer les commémorations et d’effacer toute mémoire publique de l’événement. Pourtant, durant des décennies, les Mères de Tiananmen ont continué de se rendre au cimetière de Wanan tous les ans le 4 juin, escortées par la police, pour rendre hommage à leurs proches.

« Tout cela est tellement soudain, c’est particulièrement cruel »

Zhang Xianling avait prévu de s’y rendre comme d’habitude cette année, mais elle explique que des agents ont été déployés près de chez elle dès le 28 mai. « Il y a des agents de sécurité et deux voitures de police dont une en civil », a-t-elle confié. « Les précautions sont tellement strictes, sans parler des restrictions sur les appels des journalistes étrangers. »

Son fils, Wang Nan, était un étudiant de 19 ans du lycée Yuetan de Pékin. Quand les autorités chinoises ont instauré la loi martiale le 20 mai 1989 et ordonné aux troupes de réprimer les manifestations sur la place Tiananmen le 4 juin, l’étudiant a été abattu à l’intersection nord du Grand Palais du Peuple (d’après un registre des victimes entretenu par l’ONG Human Rights in China). La balle a perforé le côté gauche de son front avant de sortir derrière son oreille gauche, laissant un trou à l’arrière de son casque de moto.

Les soldats ont enterré son corps avec d’autres dans une maigre tombe à l’ouest de la Porte de Tiananmen, mais de fortes pluies ont emporté la terre en quelques jours. Son corps a ensuite été transporté à la morgue d’un hôpital et a été initialement confondu avec celui d’un soldat, car l’étudiant venait de suivre une formation militaire et portait un vieil uniforme militaire. Sa famille a finalement pu récupérer son corps quelques jours plus tard, et ses cendres ont été enterrées au cimetière de Wanan.

Depuis longtemps, le groupe des Mères de Tiananmen appelle à dévoiler la vérité sur le 4 juin, à rendre des comptes et à compenser les familles des victimes. Chaque année, à l’approche du triste anniversaire, les membres de l’association subissent différentes formes de surveillance et leurs déplacements et leurs contacts avec le monde extérieur sont limités.

Pour un dissident pékinois, identifié par le seul surnom « Wu », l’interdiction faite aux Mères de Tiananmen d’accomplir ces rites funéraires est particulièrement cruelle. « Cela fait désormais plus de 30 ans, et maintenant, elles n’ont même plus le droit de se rendre au cimetière. Tout cela est tellement soudain. »

Sources : Asianews, RFA

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