Philippines

Aux Philippines, les évêques appellent au « jeûne numérique »

Des Philippins dans un train à Manille en mars 2023. Les évêques du pays ont invité à pratiquer un « jeûne numérique » pour ce Carême 2026. Des Philippins dans un train à Manille en mars 2023. Les évêques du pays ont invité à pratiquer un « jeûne numérique » pour ce Carême 2026. © Miguel de Guzman / The Philippine Star
Lecture 4 min

Au début de ce Carême 2026, la Conférence des évêques des Philippines (CBCP) invite les fidèles de l’archipel d’Asie du Sud-Est, majoritairement catholique, à compléter le jeûne alimentaire traditionnel par une abstinence des réseaux sociaux. Face à l’omniprésence des médias numériques dans l’archipel, les évêques encouragent une démarche de conversion intérieure passant par le silence, la prière et des relations plus authentiques. Un rapport récent classe le pays au 2e rang mondial en termes de temps passé en ligne.

La Conférence des évêques catholiques des Philippines a publié des directives invitant les catholiques à aller au-delà du jeûne alimentaire pendant ce Carême 2026, en s’engageant à pratiquer le « jeûne des réseaux sociaux ». « À notre époque, le jeûne doit aussi prendre en compte les nouvelles réalités qui façonnent la vie humaine. Parmi les plus grandes influences d’aujourd’hui figurent les médias numériques », a déclaré Mgr Gilbert A. Garcera, archevêque de Lipa et président de la Conférence des évêques catholiques des Philippines (CBCP), dans son message pastoral du 13 février. « C’est pourquoi nous invitons les fidèles à entreprendre un jeûne numérique comme expression contemporaine de conversion et de renouveau. »

Le message pastoral, délivré au nom de la CBCP, a été prononcé avant le mercredi des Cendres, le 18 février, qui a marqué le début du Carême. Le texte rappelle que le jeûne a toujours signifié l’abstinence de nourriture, « un acte de repentance et de recueillement spirituel ». Cependant, les évêques philippins ont souligné que l’utilisation des réseaux sociaux et d’autres formes de divertissement en ligne constitue aujourd’hui une source importante de distractions qui « affaiblissent notre vie intérieure ».

« Le véritable jeûne, tel que Jésus l’enseigne, n’est pas une pratique extérieure, mais une conversion intérieure », explique le message. « Le jeûne numérique invite donc à redécouvrir le silence, la prière, la contemplation et les relations authentiques. Il ne vise pas à punir le corps, mais à libérer le cœur. » Les évêques proposent des moyens pratiques de vivre un jeûne des médias sociaux durant ce Carême, comme éviter d’utiliser son téléphone avant de se lever et de se coucher, limiter le temps passé devant les écrans, observer des jeûnes de 24 heures et pendant le week-end, et remplacer le temps passé devant les écrans par la prière, le service, la lecture ou la conversation.

Les Philippins passent en moyenne 54 heures par semaine en ligne

« Le jeûne numérique n’est pas une opposition à la technologie », indique la lettre. « Il s’agit plutôt de se demander : comment le Christ peut-il guider notre utilisation des médias ? » Les évêques ont insisté sur la nécessité d’aborder le Carême avec joie et « sans tristesse », soulignant les fruits possibles d’un jeûne des écrans : une relation plus étroite avec Dieu, une plus grande clarté mentale et une meilleure concentration, ainsi qu’une appréciation renouvelée de la Création dans son ensemble.

« En nous détachant des excès numériques, nous retrouvons le silence intérieur, nous approfondissons nos relations et nous redécouvrons la présence de Dieu dans notre vie quotidienne », conclut la lettre. « En confiant cette invitation pastorale à l’intercession de Marie, Mère de l’Église, nous encourageons tous les diocèses, paroisses, familles et communautés à promouvoir le jeûne médiatique pendant le Carême et au-delà. »

De son côté, Mgr Bernardo Pantin, secrétaire général de la CBCP, a également partagé cet appel au jeûne numérique en expliquant que le temps passé en ligne remplace souvent des moments consacrés à la prière, à la famille et aux relations dans le monde réel. Il a ajouté qu’aucune technologie ne peut remplacer les relations interpersonnelles, en insistant sur le fait que les personnes ayant de nombreux contacts en ligne peuvent tout de même souffrir de solitude.

Selon le rapport Digital 2026, publié conjointement par Meltwater et We Are Social, les Philippins passent en moyenne 54 heures par semaine en ligne, soit bien plus que la moyenne mondiale. Le rapport classe les Philippines au deuxième rang mondial en termes de temps passé sur les médias en ligne, citant plus de 98 millions d’utilisateurs d’Internet.

Parmi ces utilisateurs, 97,8 % accèdent aux médias en ligne via leur téléphone mobile, tandis que les internautes passent plus de 20 heures par semaine à regarder des vidéos en ligne. « Avec les progrès technologiques, il faudrait peut-être envisager le jeûne autrement. C’est pourquoi les évêques parlent de jeûne numérique », suggère Mgr Pantin. « Cela peut paraître inhabituel, mais le sens du sacrifice demeure le même. »

(Avec CBCP News et EWTN News)

Ad Extra est un site participatif, si vous souhaitez réagir, vous pouvez nous proposer votre contribution