Bangladesh : l’Église locale face à la crise des vocations dans les couvents contemplatifs
Des sœurs en prière dans la chapelle du monastère des clarisses de Mymensingh, dans le nord du Bangladesh.
© Justin Gomes / globalsistersreport.org
Le 28/05/2026
De moins en moins de jeunes femmes bangladaises choisissent une vie de silence et de prière dans les couvents cloîtrés. Aujourd’hui, on ne trouve plus que deux communautés contemplatives dans le pays, avec des religieuses souvent vieillissantes et dont les responsabilités s’accumulent. Le monastère de Mymensingh et celui de Dinajpur, dans le nord du Bangladesh, forment ensemble une présence contemplative dans ce pays d’Asie du Sud à très large majorité musulmane.
Dans la petite chapelle d’un couvent cloîtré situé à près de 120 km au nord de Dacca, la capitale du Bangladesh, Maria Manda, 18 ans, est agenouillée en silence devant le Saint-Sacrement, embrassant une vie que sa génération choisit de moins en moins. Maria, entrée au monastère des clarisses de l’Adoration Perpétuelle il y a 14 mois, était la seule nouvelle aspirante à rejoindre la communauté en 2025 – un signe du recul des vocations qui touche la vie religieuse contemplative au Bangladesh.
« Aujourd’hui, il y a moins de sœurs pour gérer la même quantité de travail qu’autrefois », explique la supérieure, sœur Marie Dominique. Il y a deux décennies, le monastère de Mymensingh, dans le nord du pays, comptait environ 50 religieuses, contre seulement une vingtaine aujourd’hui. Cette tendance se retrouve dans le seul autre couvent cloîtré du pays, à Dinajpur, où une quinzaine de sœurs maintiennent encore une vie similaire de prière et de silence.
Un appel rare et de nouvelles attentes sociales
Collectivement, ces deux maisons forment une présence contemplative dans un pays où ce type de vocation est en déclin. D’ailleurs, la décision de Maria Manda n’a pas été acceptée facilement par sa famille, qui a d’abord résisté à l’idée d’une vie coupée du monde extérieur. Avec le temps, ils ont cédé. « Je me sens en paix quand je prie », explique Maria, qui réfléchit à sa première année de formation, entre l’adaptation à une routine stricte, au silence et au fait d’être séparée de sa famille.
« Beaucoup de jeunes femmes visitent le monastère, mais peu d’entre elles restent ici », explique sœur Marie Rose, ancienne supérieure. Le père Pierre Rema, 80 ans, aumônier de la communauté, estime que les raisons de ce déclin vocationnel sont évidentes. Il cite en particulier un meilleur accès à l’éducation, des options de carrière plus diverses et de nouvelles attentes sociales qui transforment la façon dont les jeunes femmes voient leur avenir. « Les gens sont plus tournés vers une bonne éducation et une vie confortable. La discipline de vie que représente la vie monastique peut sembler difficile en comparaison. »
Des familles moins nombreuses peuvent aussi avoir un impact. Avec moins d’enfants, les parents sont généralement plus réticents à l’idée de soutenir une vocation qui éloigne une fille de sa famille de façon permanente – en particulier pour des foyers fragiles économiquement. Le caractère cloîtré du monastère ajoute un autre niveau de difficulté, confie le père Rema. Selon lui, les jeunes sont moins prêts à accepter d’avoir des contacts limités avec le monde extérieur.
Les clarisses sont arrivées au Bangladesh en 1933
Dans les rares couvents du pays, cette situation se fait sentir de manière très concrète. Là où cinq sœurs assumaient des tâches spécifiques – comme la fabrication des hosties pour l’Eucharistie –, elles ne sont plus que deux pour la même quantité de travail, alors même que les demandes des paroisses ont augmenté. Cela se retrouve dans tous les autres engagements des religieuses. Elles doivent désormais cumuler plusieurs tâches : confection de vêtements liturgiques et de nappes d’autel, fabrication des hosties et du vin de messe, jardinage ou encore soin des sœurs âgées. « Chaque heure est programmée. Il reste peu de temps libre », explique sœur Marie Dominique.
Par ailleurs, les rigueurs de la vie cloîtrée (silence, clôture, temps libre limité…) peuvent aussi décourager celles qui se sentent attirées. « La vie contemplative exige une discipline stricte et des sacrifices, ce qui peut être difficile », explique Florence Corraya, une enseignante qui a suivi un parcours vocationnel avant d’abandonner. Pour les sœurs plus âgées, des communautés de plus petite taille entraînent d’autres difficultés. Le père Biolen Bernard Chambugong, chancelier du diocèse de Mymensingh, explique que l’accompagnement des doyennes devient plus exigeant et limité.
Les clarisses de l’Adoration Perpétuelle ont été fondées en France en 1854, et ont été introduites au Bangladesh en 1933 par des missionnaires du Kerala, au sud de l’Inde. Malgré le déclin vocationnel et d’autres difficultés, « la vie de prière continue », assure sœur Marie Dominique qui explique que celles qui restent sont soutenues par la foi et certaines de leur vocation.
(Avec Ucanews)