Birmanie : face à la guerre civile, l’Église locale inaugure la première statue du pays dédié à saint Carlo Acutis
L’évêque de Myitkyina, le 12 janvier lors de l’inauguration d’une statue de Carlo Acutis devant la cathédrale Saint-Colomban dans l’État Kachin.
© Diocèse de Myitkyina
Le 22/01/2026
En pleine guerre civile, l’Église catholique en Birmanie a inauguré la première statue du pays dédiée à saint Carlo Acutis, figure proche des jeunes et témoin d’une foi vécue au quotidien. Érigée devant la cathédrale de Myitkyina, dans l’État Kachin, cette initiative veut offrir un signe d’espérance et un repère spirituel à une jeunesse éprouvée par la violence, l’exil et l’incertitude, mais toujours en quête de sens, de paix et d’avenir.
Un diocèse catholique du nord de la Birmanie a inauguré la première statue du pays dédiée au saint adolescent italien Carlo Acutis, offrant ainsi un signe d’espérance aux jeunes birmans face à l’incertitude et au conflit en cours. Selon l’agence Fides, le 12 janvier dernier, plusieurs centaines de fidèles ont assisté à la cérémonie d’inauguration de la statue devant la cathédrale Saint-Colomban de Myitkyina, capitale de l’État Kachin.
Mgr Jean Mung-ngawn La Sam, évêque de Myitkyina, a présidé la célébration, qui marquait aussi le 10e anniversaire de l’ordination sacerdotale du prélat birman âgé de 53 ans, ainsi que son premier anniversaire en tant qu’évêque.
Selon le père Jean Aung Htoi, un prêtre du diocèse, la statue a été installée afin d’aider les jeunes à apprendre « comment témoigner de la foi dans leur vie quotidienne, même en temps d’épreuve, en particulier durant la période difficile que traverse la nation ». Pour lui, l’exemple de Carlo Acutis montre que les jeunes en Birmanie « peuvent vivre leur foi à travers une utilisation responsable d’Internet et des réseaux sociaux ».
Il ajoute que l’adolescent, souvent appelé le « saint en baskets », est considéré comme le saint patron des internautes et qu’il offre donc un modèle formidable pour la jeunesse birmane. « Il représente un exemple pour les jeunes qui doivent évoluer et survivre au milieu d’une crise dans un pays secoué par la guerre civile », explique le prêtre.
Les jeunes birmans font face à d’immenses défis depuis cinq ans
Carlo Acutis (1991–2006) est connu pour sa dévotion à l’Eucharistie et l’utilisation des médias numériques pour l’évangélisation. Décédé d’une grave leucémie à l’âge de 15 ans, il est souvent surnommé « le geek de Dieu » pour avoir créé un site internet documentant les miracles eucharistiques et les apparitions mariales à travers le monde. Il a été béatifié en 2020 par le pape François et canonisé par le pape Léon XIV au Vatican le 7 septembre dernier.
Selon le père Htoi, Carlo offre un modèle puissant pour les jeunes en Birmanie, qui font face à d’immenses défis alors qu’ils deviennent adultes dans un pays ravagé par la guerre civile. « Les jeunes font face à de nombreuses menaces sociales et morales, y compris la drogue, la violence, la désintégration familiale, la criminalité et le mauvais usage des réseaux sociaux, dans un contexte qui manque de protections juridiques. »
Par conséquent, ajoute-t-il, « beaucoup d’entre eux sont effrayés et cherchent des points de référence comme les enseignements de l’Église. » « Ils ont besoin de faire confiance à des institutions comme l’Église catholique, qui possède des fondements solides et les encourage à bâtir leur vie sur le roc qu’est le Christ lui-même. »
La Birmanie est en guerre civile depuis le coup d’État de la junte militaire, qui a renversé le gouvernement civil en février 2021. Des groupes ethniques armés et des forces prodémocratie ont résisté depuis à la junte au pouvoir, qui contrôlerait à ce jour seulement près de la moitié du territoire national. En presque cinq ans, les combats ont causé plusieurs milliers de morts et plusieurs millions de déplacés, selon les rapports des Nations unies.
Pourtant, le père Htoi insiste pour dire que les jeunes restent une ressource vitale pour l’avenir du pays. Cependant, précise-t-il, ils ont besoin d’être guidés et assistés. Dans beaucoup de régions affectées par le conflit, ajoute le prêtre, des jeunes vivent dans la rue, car ils sont orphelins ou manquent de protection familiale, ce qui leur fait courir le risque de devenir une « génération perdue ».
Une population jeune en quête de paix, de justice et de démocratie
Afin d’aider à surmonter de telles épreuves, l’archidiocèse de Mandalay a fondé le Centre Don Bosco pour la Jeunesse en 2014. Le centre peut loger près de 60 jeunes en difficulté, selon Fides. Dirigé par les missionnaires salésiens, le centre loge et nourrit les résidents, qui reçoivent aussi des soins, une éducation et une formation professionnelle, sans compter des activités sportives, musicales et culturelles.
Cependant, pour les jeunes, comme le rappelle Fides, la loi de 2024 sur les conscriptions obligatoires s’est ajoutée au poids de la guerre et de la crise birmane : près de 60 000 jeunes hommes ont ainsi été recrutés de force et envoyés dans les zones de conflit. Pour éviter cela, presque 100 000 jeunes se sont cachés ou ont fui à l’étranger, principalement en Thaïlande voisine.
Les jeunes de 15 à 35 ans représentent près d’un tiers de la population du pays, dont l’âge médian est de 27 ans (42 ans en France en 2025, pour comparaison). Comme l’ont signalé de nombreuses publications depuis cinq ans, le coup d’État de 2021 n’a pas été qu’un événement politique, mais une profonde rupture personnelle pour les habitants. Cependant, si le coup d’État a brutalement mis fin à une période d’expansion des libertés, il a également intensifié la conscience politique des jeunes qui cherchent à reconstruire le pays sur les valeurs de paix, de justice, de démocratie, de dialogue et d’unité.
Dans ce contexte d’incertitude et de souffrance, la statue de Carlo Acutis érigée devant la cathédrale de Myitkyina rappelle discrètement, mais avec force, que la foi, enracinée dans le Christ, peut encore donner un cap aux jeunes de Birmanie et leur apporter le courage et la lumière.
Sources : Fides, Ucanews, RVA