Birmanie

Birmanie : la junte sort victorieuse de ses élections « factices », et nie les accusations de génocide

© Kantabon / CC BY-SA 4.0
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La junte au pouvoir depuis le coup d’État de 2021 a revendiqué la victoire après un « simulacre » d’élections, dénoncé par l’Onu, par de nombreux pays occidentaux et par les défenseurs des droits humains. Avant même la fin du scrutin, organisé par la junte et qui s’est tenu jusqu’à ce dimanche 25 janvier, l’Asean (Association des nations d’Asie du Sud-Est) avait annoncé qu’elle n’en reconnaîtrait pas les résultats. Par ailleurs, la Cour internationale de justice termine cette semaine son procès sur la répression des Rohingyas.

La junte au pouvoir en Birmanie a remporté ses « élections factices » à une écrasante majorité après avoir prolongé le scrutin avec une troisième phase électorale. Celle-ci a eu lieu ce dimanche 25 janvier, et les premiers décomptes ont confirmé les résultats des deux tours précédents (tenus les 28 décembre et 11 janvier), qui avaient été marqués par une faible participation et de larges victoires pour le parti allié de la junte (USDP, Parti de l’union, de la solidarité et du développement).

Environ 20 % des 330 municipalités du pays ont voté lors de la dernière étape, l’USDP devant obtenir au moins 193 des 209 sièges de la chambre basse et 52 des 78 sièges de la chambre haute. L’USDP n’avait remporté que 71 sièges dans les deux chambres lors des dernières élections libres, tenues trois mois avant le renversement du gouvernement d’Aung San Suu Kyi le 1er février 2021 lors d’un coup d’État qui a plongé le pays dans la guerre civile. La lauréate du prix Nobel demeure emprisonnée.

Le chef de la junte, le général Min Aung Hlaing, a déclaré qu’il transférerait les « responsabilités de l’État » à un gouvernement civil – qui devrait être composé de ses généraux – une fois les élections terminées. Les analystes estiment que le prochain parlement devrait se réunir dans les deux prochains mois, date à laquelle un nouveau président sera élu. Cependant, peu de changements sont attendus compte tenu de la pauvreté extrême et des tragédies qui accompagnent la guerre civile.

La junte change de costume mais restera au pouvoir

« Tout porte à croire que le général Min Aung Hlaing troquera son uniforme militaire contre un costume et deviendra le prochain président. Peu de choses changeront : ce seront les mêmes personnes au pouvoir, et la guerre civile, déclenchée par l’armée, se poursuivra », estime un analyste militaire sous couvert d’anonymat.

Le scrutin a reçu le soutien de la Chine, de l’Inde, de la Russie et de l’administration Trump aux États-Unis, qui ont tous manifesté un intérêt pour le développement des importantes ressources minérales et de l’industrie minière du pays. La Corée du Nord, la Biélorussie, le Cambodge et le Laos ont également apporté leur soutien.

Mais les Nations unies, de nombreux pays occidentaux et les défenseurs des droits humains ont dénoncé des élections truquées, organisées dans le seul but de légitimer le régime militaire. Même l’Asean (Association des nations d’Asie du Sud-Est) a assuré qu’elle ne reconnaîtrait pas les résultats. « Nous avons dit que l’Asean n’enverrait pas d’observateurs et, de ce fait, nous ne certifierons pas le scrutin », a déclaré le ministre malaisien des Affaires étrangères, Mohamad Hasan, au Parlement malaisien le 20 janvier, peu après que son pays a cédé la présidence tournante du bloc régional de 11 membres aux Philippines.

« Les principaux responsables des destructions sont les forces de la junte »

La plupart des quelque 20 organisations armées ethniques (OAE) qui combattent la junte sont d’inspiration chrétienne ou bénéficient d’un important réseau de soutien de la communauté chrétienne, notamment parmi les Chins, les Kachins, les Karens et les Karennis, qui ont été ciblés par l’armée.

Au cours des derniers mois, le pape Léon XIV a évoqué à plusieurs reprises le conflit birman en appelant la communauté internationale à ne pas oublier ce peuple ni une guerre civile qui a fait environ 90 000 morts, et qui a entraîné la destruction ou le pillage de plus de 200 institutions religieuses à ce jour.

« Les principaux responsables de ces destructions sont les forces de la junte militaire », dénonce une source anonyme, citée par l’agence Fides, ajoutant que des dégâts considérables ont été causés par des « frappes aériennes, des tirs d’artillerie et des attaques de drones à l’aveugle ».

Enfin, les informations faisant état de violences, d’intimidations et de personnes forcées à voter étaient nombreuses à l’approche du scrutin. Celui-ci s’est tenu dans le contexte du procès qui s’est ouvert le 12 janvier à la Cour internationale de justice (CIJ) de La Haye, aux Pays-Bas, où M. Hlaing et ses généraux de haut rang sont accusés d’avoir commis un génocide contre les Rohingyas musulmans entre 2016 et 2018.

Dernière semaine du procès pour génocide à La Haye

La CIJ entame en effet sa dernière semaine de procès, qui prendra fin ce jeudi 29 janvier. À La Haye a notamment été entendu Ko Ko Hlaing, ministre de la coopération internationale birman, qui s’est exprimé à la tête de la délégation birmane et qui a nié les accusations portées par la Gambie en vertu de la Convention de 1948 pour la prévention et la répression du crime de génocide.

« Une conclusion de génocide jetterait une tache indélébile sur mon pays et son peuple », a-t-il déclaré, ajoutant que les rapports et les missions d’enquête présentés comme preuves n’étaient « ni fiables ni objectifs, et constituaient une condamnation sans procès du Myanmar (ndr : nom officiel de la Birmanie) ».

Il a déclaré que la procédure devant la CIJ était « d’une importance fondamentale pour la réputation et l’avenir de mon pays », avant de justifier le massacre des Rohingyas – qu’il a décrits comme des Bengalis – comme une opération antiterroriste et non comme une tentative de génocide. « De toute évidence, le Myanmar n’était pas obligé de rester les bras croisés et de laisser les terroristes agir en toute impunité dans le nord de l’État Rakhine », a-t-il ajouté lors du procès.

Le tribunal avait précédemment entendu que les Rohingyas, une ethnie du Myanmar, étaient qualifiés de « chiens musulmans » et que l’armée du pays cherchait à les « exterminer » par le biais de discours haineux souvent publiés sur Facebook.

La répression en question, qualifiée de génocide selon l’accusation, est survenue en deux phases. La première s’est déroulée du 9 octobre 2016 au 17 janvier 2017. La seconde a débuté le 25 août 2017 et se poursuit encore aujourd’hui. Plus d’un million de Rohingyas ont fui vers le Bangladesh. Selon Vatican News, ceux qui restent dans l’État Rakhine de Birmanie continuent de subir de sévères restrictions de déplacement, un déni de citoyenneté et des conditions proches de l’apartheid.

Les audiences de la CIJ devraient s’achever ce jeudi 29 janvier. Les juges devraient ensuite se retirer et examiner les preuves avant de délibérer, un processus qui, selon l’Onu, pourrait prendre plusieurs mois.

(Avec Ucanews, Luke Hunt)

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