Birmanie Timor oriental

Des victimes d’atrocités commises en Birmanie lancent un appel au Timor Oriental

Une église catholique birmane détruite en janvier 2023 par la junte militaire. Une église catholique birmane détruite en janvier 2023 par la junte militaire. © X/NUG
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Face à l’impunité persistante de la junte militaire birmane, des victimes de graves violations des droits humains en Birmanie se tournent vers le Timor Oriental. En s’appuyant sur le principe de compétence universelle (fondé sur l’idée que la lutte contre l’impunité n’a pas de frontières) et sur l’histoire de souffrance et de résistance du Timor, elles appellent ses autorités, son Église et sa population à soutenir une quête de justice internationale.

Des victimes d’atrocités présumées commises par la junte militaire birmane – notamment dans l’État Chin – se sont tournées vers le Timor Oriental, pays à majorité catholique, en appelant à la justice, la solidarité et la compassion. Le 16 janvier dernier, le président est-timorais José Ramos-Horta a déclaré qu’une délégation d’avocats et de militants des droits de l’homme impliqués dans des initiatives de justice internationale vient de visiter Dili, la capitale du pays, en demandant une aide politique et juridique.

Le président timorais, lauréat du Prix Nobel de la paix 1996, a décrit la situation en Birmanie, plongée dans la guerre civile depuis le renversement début 2021 d’un gouvernement élu, comme « désastreuse », avec « les voies de la justice bloquées ». « La situation en Birmanie est très sérieuse en termes de violations des droits humains. La guerre continue, et il n’y a aucune volonté d’écouter les dirigeants de l’ASEAN (Association des Nations d’Asie du Sud-Est) », a-t-il ajouté.

La délégation qui est venue la semaine dernière représentait des victimes de l’État Chin majoritairement chrétien, où des bombardements, des tirs d’artillerie et des attaques de drones lancés par les militaires birmans ont causé des dégâts innombrables au cours des cinq dernières années. Durant leur rencontre avec le président timorais, l’avocat José Teixeira, ainsi que Salai Za Uk, responsable de la Chin Human Rights Organization (CHRO), et Chris Gunness, directeur du Myanmar Accountability Project, ont présenté des preuves de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité présumés.

« La terreur de la junte militaire augmente de jour en jour »

Selon l’avocat Salai, « la terreur de la junte militaire augmente de jour en jour ». « Presque chaque jour, des frappes aériennes détruisent des habitations civiles, des camps de réfugiés, des hôpitaux, des écoles, des églises et d’autres lieux de culte. » Il a ajouté que leur appel est basé sur le principe de compétence universelle (une compétence juridictionnelle exercée par un État qui poursuit les auteurs de certains crimes, quel que soit le lieu où le crime est commis, et sans égard à la nationalité des auteurs ou des victimes).

La délégation a également déposé une plainte pénale auprès du Bureau du procureur général du Timor Oriental, en appelant l’Église locale et le peuple est-timorais à se montrer solidaires avec la population souffrante en Birmanie. Selon l’organisation CHRO, la plainte pénale inclut des preuves du viol collectif d’une femme enceinte, du massacre de dix civils, dont un journaliste et un garçon de 13 ans, de l’assassinat prémédité d’un pasteur chrétien et de trois diacres, et de bombardements à l’aveugle qui ont frappé un hôpital en causant la mort des patients et du personnel médical.

La crise dans l’État Chin reflète l’ampleur de la tragédie nationale

La délégation a également documenté les attaques systématiques contre les églises et autres infrastructures civiles protégées par le droit international. Selon l’avocat Salai, la propre histoire de souffrance du Timor Oriental sous l’occupation indonésienne lui confère une autorité morale unique pour répondre à la situation désastreuse en Birmanie. « Le Timor Oriental a traversé ce que le peuple de Birmanie subit aujourd’hui. Nous sommes venus ici parce que nous croyons que les Timorais comprennent ce que cela veut dire de vivre dans la peur, et ce que cela coûte de défendre la dignité humaine. »

Depuis juillet 2022, presque mille frappes aériennes ont été enregistrées dans l’État Chin, détruisant plus de 4 600 habitations et tuant au moins 478 civils, dont 91 femmes et 79 enfants. Presque la moitié de la population de l’État a été déplacée, dont plusieurs dizaines de milliers ont trouvé refuge en Inde voisine selon le CHRO.

La crise dans l’État Chin reflète l’ampleur de la tragédie nationale. Les Nations unies indiquent que depuis le coup d’État de 2021, au moins 6 673 civils ont été tués à travers la Birmanie. Plus de 30 000 personnes ont été détenues, et presque 2 000 décès ont été signalés en détention militaire, souvent dans des circonstances liées à la torture.

Plus de 3,5 millions de personnes ont été déplacées dans le pays, et près d’1,5 million ont fui le pays. Les organisations humanitaires affirment que l’armée a systématiquement bloqué les distributions d’aides, même après des catastrophes naturelles, aggravant ainsi les souffrances des civils.

Un appel aussi tourné vers l’Église timoraise

À Dili, la délégation a également averti que les élections actuellement organisées par la junte en Birmanie, et qui ont été condamnées par les responsables religieux et les défenseurs des droits de l’homme, risquent d’aggraver les violences. « C’est une grave injustice de voir un régime qui massacre son propre peuple prétendre à une légitimité démocratique », a dénoncé Salai, en soulignant que plusieurs dizaines de partis politiques ont été dissous, dont la Ligue nationale pour la démocratie.

Mari Alkatiri, chef de l’opposition est-timoraise et secrétaire général du parti Fretilin (Front révolutionnaire pour un Timor oriental indépendant), a également partagé cet appel à agir. « Nous savons, par notre propre longue lutte pour la liberté, ce que cela veut dire de souffrir », a-t-il souligné. « Nous ne pouvons ignorer ceux qui subissent la même chose aujourd’hui, comme en Birmanie. Nous devons les soutenir à l’aide des lois et conventions internationales, que nous avons nous-mêmes ratifiées. »

Pour la communauté Chin, l’appel lancé au Timor Oriental est également adressé à l’Église timoraise. « En tant que chrétiens, nous demandons la solidarité. Nous prions pour que notre appel à la justice, la paix et la dignité soit entendu », a déclaré Salai. On ignore encore si les autorités est-timoraises ouvriront une enquête, mais des observateurs au sein de la communauté catholique assurent que cet appel trouve un écho profond dans une nation qui comprend la souffrance, la foi et le long chemin vers la justice.

(Avec Ucanews)

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