Du Vietnam à Hong-Kong, les catholiques d’Asie intègrent les traditions du Nouvel An lunaire
Des catholiques cambodgiens avec Mgr Olivier Schmitthaeusler, vicaire apostolique de Phnom Penh, le 17 février lors du Nouvel An lunaire.
© Vicariat apostolique de Phnom Penh
Le 17/02/2026
À l’occasion du Nouvel An lunaire, célébré ce mardi 17 février en Asie et dans le monde entier, les Églises asiatiques invitent à vivre ce temps festif comme une opportunité de renforcer les liens familiaux et de promouvoir la paix. À Hong-Kong, six responsables religieux ont publié un message commun appelant à l’harmonie et à l’espérance, en particulier après l’incendie de novembre 2025. Au Vietnam, où le « Têt » occupe une place centrale, les communautés catholiques continuent de conjuguer traditions ancestrales et foi chrétienne dans un esprit d’inculturation.
Dimanche 15 février après l’Angelus, place Saint-Pierre au Vatican, le pape Léon XIV a évoqué le Nouvel An lunaire, célébré ce mardi 17 février par « des milliards de personnes en Asie orientale et dans d’autres parties du monde ». « Que cette fête joyeuse encourage à vivre plus intensément les relations familiales et l’amitié. Qu’elle apporte la sérénité dans les foyers et dans la société », a-t-il souhaité. « Qu’elle soit l’occasion de regarder ensemble vers l’avenir en construisant la paix et la prospérité pour tous les peuples. Avec mes vœux pour la nouvelle année, j’exprime à tous mon affection, tout en invoquant sur chacun la bénédiction du Seigneur. »
Message des responsables religieux à Hong-Kong
À Hong-Kong, le « Colloque des six responsables religieux » a également publié un message avant les festivités. Le texte est cosigné par le cardinal Stephen Chow, évêque de Hong-Kong, et par les représentants des communautés confucéennes, musulmanes, protestantes, taoïstes et bouddhistes hongkongaises. Le message débute en évoquant l’arrivée de l’année « Bingwu » (丙午, « cheval de feu » en chinois).
« Bingwu vient et le printemps arrive. Le cheval au galop apporte des bénédictions (…). Nous, le Colloque des six responsables religieux, (…) prions pour que tous les êtres soient unis en harmonie. Le feu destructeur, bien que terrible, n’a pas ruiné la volonté de Hong-Kong. Nous avons tous associé nos déterminations à reconstruire nos maisons. Parmi les cendres, de nouvelles pousses renaissent », débute le texte dans un style poétique, et faisant immédiatement référence à l’incendie survenu le 26 novembre dans un complexe immobilier, qui a fait 168 morts et 79 blessés il y a près de trois mois. Les responsables religieux saluent l’intervention courageuse de la police et des pompiers de la ville, ainsi que les actions des soignants et des volontaires. « Au milieu des destructions d’hier, apparaissent aujourd’hui des germes d’espoir. »
Le message évoque aussi l’attachement pour l’amour familial, à l’occasion d’une fête qui rassemble traditionnellement les familles de nombreuses communautés dans toute l’Asie orientale. Les responsables religieux prient également pour la paix, pour la prospérité, et souhaitent notamment que « les trois vertus, foi, espérance et amour, soient toujours présentes », faisant référence aux traditions de leurs six confessions respectives. « Nous souhaitons et prions ardemment pour que la paix règne année après année, et que le monde entier soit tranquille et paisible », concluent-ils.
Le Têt vu à travers le prisme catholique au Vietnam
En dehors du monde chinois, de nombreux pays asiatiques (Thaïlande, Vietnam, Cambodge, Malaisie…) fêtent le Nouvel An lunaire. Ainsi au Vietnam, la fête est appelée « Têt Nguyen Dan » (littéralement « fête du premier jour de l’année ») et plus connue sous le diminutif « Têt ». Les communautés catholiques s’associent traditionnellement aux festivités, dans un esprit d’inculturation. C’est dans ce sens que les évêques de Thaïlande ont envoyé un message avant le Nouvel An lunaire, invitant à célébrer d’une façon qui soit fidèle à la fois à cet héritage ancestral et aux enseignements chrétiens.
C’est aussi dans cet esprit qu’au Vietnam, le catholicisme a développé au fil du temps une manière unique « d’habiter » le Nouvel An lunaire. D’autant plus que la fête, véritable institution sociale dans le pays d’Asie du Sud-Est, permet aux familles de se retrouver et de renouer avec leurs racines. L’Église vietnamienne a donc pu intégrer le Têt tout en préservant la théologie catholique, à travers les fêtes familiales, les pratiques communautaires et une liturgie adaptée.
Des « messes du Nouvel An » sont en effet célébrées au Vietnam et dans toute l’Asie. Si certains rituels considérés comme superstitieux (divination, culte d’idoles…) sont découragés, d’autres pratiques comme la vénération des ancêtres sont reconnues comme une expression de piété filiale et comme correspondant à des valeurs profondément enracinées à la fois dans les traditions asiatiques et chrétiennes.
Historiquement, la principale tension entre le catholicisme et la société vietnamienne était centrée sur le culte des ancêtres : les premiers missionnaires européens ont souvent interprété ces coutumes comme des pratiques religieuses incompatibles avec la doctrine chrétienne. Des malentendus similaires se sont produits ailleurs en Asie de l’Est, notamment en Chine, en Corée et au Japon. Mais avec le temps, l’Église au Vietnam a réévalué ces pratiques à travers un prisme culturel plutôt que purement théologique.
Ce changement a jeté les bases d’un engagement plus profond du catholicisme durant les fêtes du Têt, permettant à la foi de s’inscrire dans l’espace culturel le plus intime du Vietnam sans effacer sa propre identité. Ainsi, dans les foyers catholiques vietnamiens, on nettoie et on décore les maisons, on prépare des banh chung (gâteaux de riz gluant carrés traditionnels) et des fleurs d’abricotier ou de pêcher égayent les salons.
Cette année, le Nouvel An lunaire tombe le même jour que le Mardi gras et la veille du mercredi des Cendres, premier jour du Carême. Pour les chrétiens d’Asie, c’est une occasion de revenir non seulement « à la maison » pour les fêtes, mais aussi « à Dieu » spirituellement.
Sources : Examiner.org.hk, Ucanews