Inde

En Inde, un autre Noël sous tension : bilan des violences ciblant les chrétiens

Le 25 décembre, le Premier ministre Modi a publié plusieurs photos sur X après sa visite de Noël dans la cathédrale de New Delhi. Le 25 décembre, le Premier ministre Modi a publié plusieurs photos sur X/Twitter après sa visite de Noël dans la cathédrale de New Delhi. De nombreux chrétiens indiens ont fait remarquer qu’au même moment, nombre de ses partisans visaient des églises à travers le pays. © X/Twitter/Narendra Modi
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Durant les célébrations de Noël, de nombreux crimes de haine et attaques contre les chrétiens ont de nouveau été signalés, perpétuant un cycle de violences qui se répète désormais chaque année. Les festivités ont été marquées par de nombreux incidents visant la minorité. Nombre d’entre eux ont été attribuées à des groupes affiliés au RSS (Organisation nationale des volontaires) entre autres groupes nationalistes hindous, dont le Bajrang Dal et le Vishwa Hindu Parishad (VHP), proches du parti du Premier ministre Narendra Modi.

Messes interrompues, décorations vandalisées, groupes de chants menacés, attaques de processions et agressions physiques… La période de l’Avent et la semaine de Noël 2025 ont été marquées par une série d’incidents contre les communautés chrétiennes à travers l’Inde. Des attaques, intimidations et perturbations ont été signalées dans plusieurs États, notamment le Chhattisgarh, le Madhya Pradesh, l’Uttar Pradesh, l’Assam, l’Uttarakhand, New Delhi, le Rajasthan, l’Odisha et le Kerala.

Parmi les épisodes les plus médiatisés, un repas de Noël organisé pour des enfants malvoyants à Jabalpur, dans le Madhya Pradesh, a été interrompu par des agresseurs accusant l’événement d’être le théâtre de conversions forcées. À New Delhi, des femmes chrétiennes portant des bonnets de Père Noël et distribuant des tracts ont été intimidées par des hommes hindous, accusées de prosélytisme et sommées de partir.

À Raipur, dans le Chhattisgarh, des membres de la milice hindoue Bajrang Dal ont vandalisé des décorations dans un centre commercial, tandis qu’un autre individu a agressé des vendeurs de jouets de Noël. Dans le nord-est et l’est du pays, des militants ont endommagé des décorations dans plusieurs villes et, dans l’État de l’Assam, la police a arrêté quatre personnes impliquées dans une attaque perpétrée dans une école catholique. 

Les communautés chrétiennes de New Delhi, de l’Uttar Pradesh, du Rajasthan, de l’Uttarakhand et de l’Odisha ont également signalé des agressions, harcèlements et perturbations visant les festivités. Des groupes de chants de Noël et des processions pacifiques ont parfois été interrompus ou confrontés à des jets d’insultes de la part d’assaillants scandant « Jai Shri Ram », le slogan des nationalistes hindous. Des vidéos de ces attaques et perturbations ont été largement diffusées sur les réseaux sociaux, notamment sur Twitter/X. Seuls quelques incidents ont donné lieu à des arrestations.

Plus de 80 cas d’attaques et d’intimidations contre les célébrations de Noël

Selon l’International Christian Concern (ICC), une ONG de surveillance des persécutions, plus de 80 cas d’attaques et d’intimidations visant les célébrations de Noël ont été documentés en Inde. Ces incidents ont « transformé les célébrations de Noël en véritables scènes d’horreur » pour les chrétiens ciblés, estime l’ICC. Les attaques auraient augmenté en particulier dans des États d’Uttar Pradesh, du Chhattisgarh et du Madhya Pradesh.

« La plupart de ces incidents ont été attribués à des groupes affiliés au Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS) et à d’autres organisations hindoues d’extrême droite, notamment le Bajrang Dal, aile militante du Vishwa Hindu Parishad (VHP) », précise l’ONG. Ces groupes sont régulièrement cités dans des rapports indépendants pour leur implication dans des actes d’intimidation contre les minorités religieuses.

Cette intensification des violences s’inscrit dans un contexte plus large de tensions religieuses en Inde, où des milices nationalistes hindoues sont régulièrement accusées d’imposer l’hindouisme comme identité nationale et d’attiser l’hostilité envers les minorités religieuses. Selon l’ONG Portes Ouvertes, les attaques contre les chrétiens se sont intensifiées depuis l’arrivée au pouvoir, en 2014, du Premier ministre Narendra Modi.

Face à cette vague d’incidents, des voix se sont élevées. Les représentants chrétiens, notamment la Conférence des évêques catholiques d’Inde (CBCI), ont fermement condamné les attaques. Le Diocèse de Mangalore les a qualifiées d’atteintes aux libertés fondamentales et a appelé à des mesures de protection accrues pour les communautés minoritaires.

Dans un communiqué, Roy Castelino, responsable des relations publiques du diocèse, a qualifié ces incidents de « hautement condamnables » et a déclaré qu’ils reflétaient un schéma inquiétant d’intimidation et de violence contre les chrétiens. « Ces actes ne visent pas seulement une communauté en particulier, mais s’attaquent à l’esprit et aux valeurs inscrites dans la Constitution », souligne le communiqué.

Visite de Modi le 24 décembre dans la cathédrale de New Delhi

Des responsables politiques ont également dénoncé ces actes. K. Sapdanga, ministre de l’Intérieur de l’État de Mizoram, a appelé à condamner les coupables. « De tels actes vont à l’encontre de l’esprit de la laïcité et n’ont pas leur place dans notre cadre démocratique. Ils doivent être condamnés avec la plus grande fermeté ». Shashi Tharoor, membre du Parlement indien, a exprimé sa « profonde inquiétude » concernant la peur croissante chez les chrétiens et l’érosion des garanties constitutionnelles de liberté religieuse.

Dans ce contexte, le Premier ministre Narendra Modi a assisté au service de Noël le matin du 25 décembre à la cathédrale de New Delhi. « Une visite à l’église pour Noël ne compense pas une année entière de messages implicites », a commenté à la presse John Dayal, défenseur des droits humains et militant catholique. « Si la présence de M. Modi était censée envoyer un message de bonne volonté, cela sonnait creux, car la violence sur le terrain continuait sans contrôle. Le symbolisme ne peut pas remplacer la gouvernance. » 

Selon le United Christian Forum, 834 incidents anti-chrétiens ont été recensés en 2024, révélant une aggravation des persécutions religieuses. Le bilan des violences de fin d’année soulève de nouveau des questions sur la capacité de l’État à assurer la protection équitable de toutes les minorités religieuses. L’Union catholique de l’Inde (AICU) a lancé un appel au gouvernement et exigé une intervention afin de résoudre l’ampleur de ces violences visant les chrétiens. Dans son communiqué, l’organisation a précisé que les gestes symboliques de responsables politiques, telle la participation de Narendra Modi à une messe de Noël, étaient insuffisants.

(Ad Extra, A. B.)

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