Birmanie

Le cardinal Bo appelle à « ne pas perdre espoir, en attendant des jours meilleurs dans notre pays »

Une grotte dédiée à Notre-Dame de Lourdes dans la paroisse de Nyaunglebin, dans l’archidiocèse de Rangoun. © Paroisse de Nyaunglebin /Ucanews
Lecture 5 min

Le vendredi 8 septembre à l’occasion de la fête de la Nativité de la Vierge, le cardinal Charles Maung Bo, archevêque de Rangoun, a célébré la messe dans l’église Saint-Antoine de Rangoun en rappelant que face aux difficultés et aux souffrances, « Marie a fait confiance en celui qui est Saint ». « Nous apprenons tous les jours des mauvaises nouvelles. Des gens n’ont plus de logement, car leurs maisons ont été réduites en cendres et leur village a été incendié », a-t-il souligné en invitant à « ne pas perdre espoir ».

Vendredi dernier, malgré les violences et les abus qui continuent d’être commis par l’armée depuis son coup d’État de février 2021, dans le pays en crise, les catholiques birmans ont célébré la Nativité de la Bienheureuse Vierge Marie, fêtée le 8 septembre.

« Nous apprenons tous les jours des mauvaises nouvelles, comme des gens qui n’ont plus de logement parce que leurs maisons ont été réduites en cendres et que leur village tout entier a été incendié », a déclaré le cardinal Charles Maung Bo, archevêque de Rangoun, le 8 septembre durant son homélie dans l’église Saint-Antoine de Rangoun.

Nous vivons maintenant « des souffrances et des difficultés que nous n’avons pas voulues et auxquelles nous ne nous attendions pas », a-t-il ajouté. Le cardinal birman, âgé de 74 ans, qui est également président de la FABC (Fédération des conférences épiscopales d’Asie), a aussi confié que « Marie a fait confiance en celui qui est Saint et elle a trouvé le courage et la foi de traverser les situations difficiles ». C’est pourquoi il a recommandé à l’assemblée présente de « ne pas perdre espoir, en attendant des jours meilleurs dans notre pays ».

Parmi les pèlerins qui sont venus au sanctuaire Saint-Antoine se trouvaient aussi, outre les catholiques, des fidèles de confessions non chrétiennes, dont des hindous. Certains portaient des vêtements couleur safran semblables à ceux portés par les moines bouddhistes et d’autres étaient pieds nus en signe d’humilité et de dévotion.

Plusieurs milliers de catholiques ont également participé à la neuvaine de prière qui a été organisée avant la fête, dans plusieurs paroisses à travers le pays d’Asie du Sud-Est (du 31 août au 8 septembre).

« Guérissez la Birmanie de toutes ses souffrances »

La fête du 8 septembre et les autres activités de l’Église locale se maintiennent en dépit des conflits internes qui s’aggravent, alors que la junte poursuit ses bombardements et ses tirs d’artillerie en ciblant des civils et de lieux de culte, des écoles, des cliniques et des camps de réfugiés, dans les États majoritairement chrétiens de Chin, Kayah, Kachin et Karen, ainsi que dans les régions centrales à majorité Bamar (l’ethnie dominante en Birmanie) de Sagaing et Magwe.

Des rebelles armés, dont des chrétiens, poursuivent les combats contre l’armée, qui a renversé il y a plus de deux ans et demi le gouvernement civil élu d’Aung San Suu Kyi. La santé de cette dernière aurait empiré récemment. Détenue à Naypyidaw, la capitale, depuis le coup d’État, la lauréate du Prix Nobel de la Paix a été sortie de prison fin juillet pour être transférée dans un autre lieu de détention, toujours tenu secret à l’heure actuelle.

À son propos, récemment, un pèlerin birman appelé Dawson s’est confié sur les réseaux sociaux : « Notre-Dame de Velankanni [un sanctuaire marial situé dans le sud de l’Inde, au Tamil Nadu], priez pour Aung San Suu Kyi et guérissez la Birmanie de toutes ses souffrances. » L’archidiocèse de Rangoun n’a pas été touché par les violences à ce jour, mais les diocèses de Loikaw, Pekho, Hakah, Kalya et Mandalay ont été affectés.

La junte appelée à « écouter les aspirations de son peuple »

En marge du sommet de l’Asean (Association des nations de l’Asie du sud-est) qui s’est tenu du 5 au 7 septembre à Jakarta, la capitale indonésienne, le secrétaire général de l’Onu, Antonio Guterres, a déclaré que toute l’organisation est préoccupée par « l’aggravation de la situation politique, humanitaire et des droits de l’homme » en Birmanie. Parmi les invités au sommet se trouvaient notamment la vice-présidente américaine Kamala Harris et le Premier ministre chinois Li Qiang. La Birmanie est un pays membre de l’Asean.

Le 7 septembre, en s’adressant aux médias, Antonio Guterres a évoqué le nombre massif de réfugiés qui vivent dans des « conditions extrêmes » en Birmanie. Selon les Nations unies, presque 18 millions d’habitants ont besoin d’assistance humanitaire dans le pays ; on compte par ailleurs près de 2 millions de personnes déplacées internes et plus de 15 millions souffrant d’insécurité alimentaire dans le pays, sur 54,2 millions d’habitants, majoritairement bouddhistes.

Le secrétaire de l’ONU a poursuivi son intervention en s’adressant à la junte birmane : « Je réitère mon appel urgent aux autorités militaires de Birmanie à écouter les aspirations de son peuple, à libérer tous les prisonniers politiques et à ouvrir les portes du retour à l’État de droit démocratique ».

En août, les militaires ont officiellement reporté les élections qui avaient été promises, et prolongé l’état d’urgence imposé après le coup d’État. Les généraux ont évoqué les violences parmi les raisons du délai.

Dans un communiqué publié le 6 septembre, le sommet a condamné les violences en Birmanie et demandé aux forces armées de cesser les « attaques ciblées contre les civils, les logements ainsi que les établissements publics tels que les écoles, les hôpitaux et les marchés ». Toutefois, la junte a protesté contre la déclaration de l’Asean en affirmant que « les opinions ne sont pas objectives et les décisions sont partiales et biaisées ».

(Avec Ucanews)