Bangladesh

Le gouvernement bangladais accusé de cibler l’opposition par tous les moyens avant les élections de janvier

Des affiches électorales au Bangladesh lors des 9e élections parlementaires de 2008 (photo d’archives). © stoneBuddha / CC BY 2.0 DEED
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À l’approche des élections législatives bangladaises du 7 janvier, les critiques accusent les autorités de cibler les principales figures d’opposition avant le scrutin. Le BNP (principal parti d’opposition) a appelé à boycotter les élections et à nommer un gouvernement transitoire non-partisan, en demandant la démission de la Première ministre Sheikh Hasina, de la Ligue Awami. Malgré une croissance économique prolongée depuis 15 ans, l’administration actuelle est dénoncée pour des exécutions extra-judiciaires et un recul démocratique.

Les élections législatives bangladaises se dérouleront le 7 janvier 2024. À cette occasion, les électeurs se rendront dans les quelques 300 bureaux de vote afin de renouveler les membres du 12e Parlement du Bangladesh, le Jatiya Sangsad Bhaban, situé à Dacca, la capitale. Le 11e Parlement a débuté son mandat le 30 janvier 2019, et arrivera à terme officiellement le 29 janvier prochain.

Le scrutin intervient alors que nombreux opposants appellent à boycotter les élections, dénonçant une fraude électorale de la part du parti au pouvoir, la Ligue Awami. À l’approche des élections, des tensions apposent les soutiens de la Première ministre Sheikh Hasina, qui a promis des élections libres et justes, et ceux du parti BNP (Bangladesh Jatiyatabadi Dal – Parti nationaliste du Bangladesh), le principal parti politique d’opposition dirigé par l’ancienne Première ministre Khaleda Zia. Cette dernière soutient qu’elle ne fait pas confiance au gouvernement.

Le parti d’opposition a organisé plusieurs manifestations dans tout le Bangladesh au cours des dernières semaines, afin d’appeler à nommer un gouvernement intérimaire non-partisan pour les élections. Ces manifestations ont été sévèrement réprimées, entraînant au moins 5 500 blessés et 16 décès dont deux policiers, ainsi que l’arrestation d’au moins 10 000 militants en un mois. Par ailleurs, près de 300 bus ont été incendiés.

Certains craignent pour la stabilité du pays

Face à ces tensions, certains craignent pour la stabilité du pays d’Asie du Sud. « Il peut y avoir des divisions idéologiques au milieu du système politique multipartite du pays. Mais si les différences se transforment en conflit et en violence, l’instabilité qui en résulte peut avoir des effets négatifs sur le processus électoral. J’appelle tous les partis politiques à trouver des solutions pacifiques », a réagi un représentant de la Commission électorale.

Le mois dernier, quand cette dernière a annoncé le programme des élections, Ruhul Kabir Rizvi, secrétaire général du BNP, a informé les médias que son parti rejetait le programme électoral. Selon lui la Commission électorale a fait son annonce de manière unilatérale sans tenir compte « des attentes du Bangladesh, de l’opinion publique et de la communauté internationale ». « Pour nous, il est impossible de croire en des élections libres sous Hasina », a-t-il ajouté, en demandant la démission de la Première ministre Hasina et la nomination d’un gouvernement transitoire non-partisan.

D’un autre côté, la Ligue Awami, au pouvoir depuis 15 ans, a souligné qu’il n’y avait pas d’autre alternative fournie par la Constitution et que les élections devaient être organisées ainsi. Lors d’une conférence de presse à Dacca, Obaidul Quader, secrétaire général du parti au pouvoir,  a assuré que les élections se poursuivraient comme prévu par la Constitution.

De nombreuses critiques dénoncent un recul démocratique

Par ailleurs, début décembre, cinq membres du parti BNP sont morts en prison en l’espace de deux semaines. Le parti d’opposition affirme également que plus de 20 000 militants ont été arrêtés au cours des dernières semaines, dans le cadre d’une « répressions sans précédent » lancées depuis la manifestation massive organisée par les opposants (le 28 octobre dernier dans la capitale).

La police a rejeté les chiffres donnés par le BNP, sans préciser combien d’opposants sont détenus. Dimanche dernier, dans le centre de Dacca, plusieurs milliers de personnes, dont des proches de détenus, sont descendus dans la rue pour demander leur libération.

Face aux décès, l’opposition souhaite « une enquête impartiale ». « C’est sérieux. Nous avons appris que beaucoup de militants du BNP avaient été torturés par la police en détention, après leur arrestation dans le cadre de la répression nationale », selon Kayser Kamal, responsable juridique du parti. Selon des proches, des militants seraient détenus dans des conditions inhumaines dans des prisons surpeuplées.

Alors que les critiques accusent les autorités bangladaises de cibler les principales figures de l’opposition afin de les écarter avant les élections de janvier 2024, le gouvernement a maintenu son engagement à assurer des élections libres. L’administration Hasina a connu une croissance économique prolongée durant plus de quinze ans au pouvoir, dans le 8e pays le plus peuplé au monde, mais au sein de la communauté internationale, de nombreuses voix se sont élevées contre plusieurs milliers d’exécutions extra-judiciaires et un recul démocratique.

(Avec Asianews et Ucanews)