Inde

Inde : les discours haineux envers les minorités religieuses ont augmenté de 13 % en 2025

Une manifestation en Inde après des attaques contre des églises à New Delhi. Une manifestation en Inde après des attaques contre des églises à New Delhi. © CNA / Archidiocèse de Delhi
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Selon un nouveau rapport publié ce mardi 13 janvier par India Hate Lab (IHL), les discours haineux envers les minorités religieuses en Inde (principalement les musulmans et les chrétiens) ont fortement augmenté en 2025. Selon l’étude, une majorité des cas recensés ont eu lieu dans les États gouvernés par le parti BJP pro-hindou du Premier ministre Narendra Modi. Le rapport parle de 1 318 cas en 2025 contre 1 165 en 2024 et 668 en 2023.

Les discours haineux envers les minorités religieuses – principalement les musulmans et les chrétiens – ont augmenté de 13 % en 2025, selon un nouveau rapport publié ce mardi 13 janvier par India Hate Lab (IHL), un groupe de réflexion basé aux États-Unis.

En publiant cette étude, ce dernier a déclaré avoir enregistré 1 318 incidents vérifiés l’an dernier à travers le pays d’Asie du Sud. On note une augmentation constante par rapport aux 1 165 cas de 2024 et aux 668 cas de 2023, sans compter que la majorité de ces incidents ont été signalés dans des États gouvernés par le parti pro-hindou Bharatiya Janata Party (BJP) du Premier ministre Narendra Modi.

Ces affaires se sont déroulées lors de rassemblements politiques, de processions religieuses, de marches de protestation et de manifestations culturelles – des contextes qui, selon le rapport, sont « devenus de plus en plus propices aux discours provocateurs et incendiaires ». En moyenne, les chercheurs ont recensé près de quatre incitation haineuse par jour dans le pays en 2025. Des faits qui sont répartis dans 21 États et territoires de l’Union indienne, ainsi que dans la capitale nationale Delhi.

L’hostilité envers les minorités s’est normalisée

Le rapport dresse un tableau sombre de la façon dont l’hostilité envers les minorités s’est normalisée. Sur 1 318 événements, les musulmans ont été les principales cibles en 2025 avec 98 % des incidents recensés soit 1 289 cas – en étant visés soit exclusivement, soit aux côtés des chrétiens. Une tendance qui souligne leur vulnérabilité croissante face à la montée de la rhétorique nationaliste hindoue.

L’Uttar Pradesh arrive en tête de liste avec 266 incidents, suivi du Maharashtra (193), du Madhya Pradesh (172), de l’Uttarakhand (155) et de Delhi (76). Ces États apparaissent comme des foyers où les discours incendiaires ont été les plus fréquemment prononcés. IHL note également qu’une grande majorité de ces événements ont été filmés et largement diffusés sur les réseaux sociaux (1 278 au total), amplifiant leur portée et leur impact bien au-delà des rassemblements initiaux.

Le père Cedric Prakash, militant des droits de l’homme basé au Gujarat, estime que « les discours haineux ciblent sans aucun doute principalement les musulmans et les chrétiens ». Le prêtre jésuite fait remarquer que ces paroles haineuses non seulement divisent la population, mais conduisent également à la violence.

« Il est donc naturel que les minorités de ce pays, bien qu’étant des citoyens égaux comme tout le monde, vivent dans la peur et l’insécurité », ajoute le père Prakash, interrogé le 16 janvier par l’agence Ucanews. Il ajoute que ce n’est que lorsque le gouvernement disposera d’une législation forte et efficace pour endiguer ou stopper les discours haineux et que le pouvoir judiciaire prendra des mesures proactives pour punir comme il se doit les coupables, qu’un changement positif pourra se produire.

Le BJP rejette le rapport comme un « portrait biaisé du pays »

A. C. Michael, coordinateur du Forum chrétien uni (UCF), signale de son côté que des personnes au pouvoir sont elles-mêmes impliquées dans de nombreux cas de propagande haineuse à travers le pays. Michael, ancien membre de la Commission des minorités de Delhi, déplore que le pouvoir judiciaire indien ne se soit pas « attaqué résolument à cette menace nationale ».

L’UCF, un organisme œcuménique basé à New Delhi qui recense les persécutions des chrétiens à travers le pays, a également déclaré que les actes de violence ont fortement augmenté en une décennie, en passant de 139 en 2014 à 834 en 2024. « Il s’agit d’une augmentation stupéfiante de 500 % », note un rapport de l’UCF, ajoutant que cela représente une hausse moyenne de près de 70 incidents par an, « reflétant non pas des flambées de violence isolées, mais une escalade constante et systématique ».

Le rapport du ministère du Droit international humanitaire (IHL) établit un lien entre cette escalade et la normalisation croissante des attaques haineuses dans la vie politique indienne, en particulier sous le gouvernement du BJP dirigé par le Premier ministre Narendra Modi. « Les incitations à la haine sont devenus un outil courant de mobilisation de l’extrême droite hindoue », souligne le rapport. « Ce type de rhétorique exacerbe les divisions sociales, polarise les électeurs, renforce les politiques majoritaires et accroît le risque de violences concrètes contre les minorités. »

L’IHL fait partie du Centre d’étude de la haine organisée (CSOH), un groupe de réflexion à but non lucratif basé à Washington. Le BJP a déjà rejeté les conclusions du groupe, les qualifiant de « portrait biaisé du pays ». En réponse, l’IHL a maintenu que son travail est guidé par la définition des Nations unies sur les discours de haine.

Le recul de la liberté religieuse confirme une tendance au nationalisme hindou

Face à de tels bilans, les chrétiens en Inde demandent « un avenir radieux, fait de respects des droits et d’égalité des chances », selon Vatican News qui cite John Dayal, représentant de l’AICU (All India Catholic Union). « Face aux violences et aux discriminations dont sont victimes les chrétiens, il faut une nouvelle charte des droits des communautés chrétiennes. » Une charte qui serait élaborée et présentée au gouvernement indien, valable pour toutes les communautés chrétiennes, et qui inclurait « des programmes visant à éduquer les citoyens sur les droits prévus par les articles 25 à 28 de la Constitution », qui régissent la vie et les libertés fondamentales des communautés religieuses en Inde.

Comme l’explique l’Index mondial de persécution 2026 publié le 14 janvier par l’organisation chrétienne internationale Portes Ouvertes, ces limitations de la liberté religieuse, pourtant garantie par la Constitution indienne, illustrent la tendance au nationalisme religieux, dans le contexte de l’idéologie hindutva qui considère les non hindous comme étrangers à la nation.

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