Les cardinaux d’Asie sur Séoul 2027 : « Les liens qui se tissent entre nos jeunes d’Orient et d’Occident sont un témoignage »
Des jeunes sud-coréens durant la messe de clôture des JMJ de Lisbonne, 6 août 2023.
© CNS photo/Lola Gomez
Le 09/01/2026
Les Églises d’Asie ont fermé les portes saintes à la fin de l’année jubilaire 2025. Mais un autre événement se prépare déjà : les catholiques de Corée du Sud sont impatients d’accueillir les fidèles d’Asie et du monde entier lors des Journées mondiales de la jeunesse (JMJ) qui auront lieu du 3 au 7 août 2027. Ce sera la 41e édition de l’événement, la deuxième dans un pays asiatique (après les Philippines en 1995) et la première en Asie de l’Est et dans un pays majoritairement non catholique. En ce début 2026, plusieurs cardinaux asiatiques décrivent leur enthousiasme.
Les JMJ reviennent bientôt en Asie après de nombreuses années. Alors que la musique, les séries et les films asiatiques influencent le monde entier, à l’instar des«dramas » coréens,des projetssont aussi destinés à nourrir la foi des jeunes d’aujourd’hui et demain en Asie et dans le monde. Ainsi, certains envisagent déjà de se rendre aux Journées mondiales de la jeunesse de Séoul 2027 simplement parce que ce sera en Asie et en Corée.
Interrogé lors d’une conférence de presse au début de l’Avent 2025 en Malaisie, le cardinal Filipe Neri Ferrao, archevêque de Goa et Daman (Inde), président de la Conférence des évêques de l’Inde (CCBI) et de la Fédération des Conférences épiscopales asiatiques (FABC), évoquait les symboles des JMJ, la Croix et l’icône mariale Salus Populi Romani, qui voyagent de pays en pays depuis plus d’un an (après avoir été remis symboliquement aux jeunes coréens en novembre 2024 au Vatican). « C’est une façon de préparer et de rassembler les jeunes. Parce qu’ils sont l’espérance de l’Église, son avenir mais aussi son présent. Je crois que le pape François a dit cela très clairement dans Christus Vivit » (l’exhortation apostolique post-synodale, « Il vit, le Christ », publiée en 2019).
Cardinal Kikuchi : « En Asie de l’Est, nous sommes très minoritaires »
Le même jour, le cardinal Tarcisio Isao Kikuchi, archevêque de Tokyo et président de Caritas Internationalis, évoquait le Jubilé des jeunes organisé fin juillet 2025 au milieu de l’année jubilaire. « J’y étais avec le groupe des jeunes de Caritas. La ville de Rome était remplie par la musique, les danses, les concerts et autres événements de toutes sortes. Il y avait aussi la veillée et la messe avec le Saint-Père. Les pèlerins du monde entier étaient heureux de participer. La musique et la représentation des différentes cultures, c’est une façon très intéressante d’attirer les gens, pas seulement des catholiques ‘sérieux’, mais aussi des catholiques moins confirmés, des non-catholiques, des membres d’autres religions… Alors que nous allons en Corée en 2027, c’est important parce que les catholiques sont très minoritaires en Asie de l’Est, en particulier au Japon ! C’est donc significatif que les JMJ viennent rassembler non seulement les jeunes catholiques, mais aussi des personnes de tous horizons. »

Cardinal David : « Redire » l’Évangile à la manière de The Chosen ou des dramas coréens
De son côté, le cardinal David, des Philippines, en tant que bibliste reconnu, a fait le lien entre le fait de « raconter » l’Évangile et les séries populaires coréennes : « L’autre jour, dans l’avion, je regardais une sélection de films asiatiques. Un bon nombre d’entre eux étaient des dramas coréens comme ‘Crash landing on you’… J’enseigne la Bible, et mon domaine d’expertise est l’analyse linguistique, comment les gens racontent leurs histoires… Cela me fascine de voir comment les Coréens parviennent, en quelque sorte, à ‘évangéliser’ sans prêcher : des histoires d’amour inconditionnel et désintéressé, de compassion, de charité, de solidarité… »
« Ce sont des thèmes courants dans les histoires coréennes. Justement, un des médias majeurs dans cet esprit est l’histoire de Jésus telle qu’elle est racontée par la série ‘The Chosen’. Il s’agit de lire entre les lignes des Évangiles, avec imagination », a expliqué le cardinal philippin, en affirmant qu’en regardant de telles œuvres, on se dit qu’on peut vraiment « redire l’histoire de Jésus », illustrer des scènes bibliques selon la méthode des « exercices spirituels » introduite par saint Ignace de Loyola.
« C’est une lecture imaginative qui vous fait entrer et participer à la scène biblique, parce que la participation est essentielle. Je pense que pour que la foi et l’annonce aient un impact, il faut que les gens se sentent impliqués et en communion, et la communion mène à la participation. Nous devons sentir que nous faisons partie d’une Église vivante », a-t-il ajouté, en voyant dans les arts coréens un talent qui pourrait être utilisé dans cet esprit.
Cardinal Francis : « Il faut que l’Asie reste jeune ! »
En lien avec les JMJ de Séoul, le cardinal Sebastian Francis, évêque de Penang, a quant à lui raconté une histoire remontant à sa nomination comme cardinal : « Vous savez que les cardinaux se voient assigner une paroisse à Rome. Dans ma paroisse romaine, il y a 300 jeunes qui comptent venir aux JMJ en Corée. Ils veulent aussi venir à Penang. Je pense qu’on peut y voir quelque chose qui se passe parmi nos jeunes, non seulement en Asie mais aussi en Occident. Les liens qui se tisseront durant les JMJ de Séoul entre nos jeunes d’Orient et d’Occident seront un véritable témoignage. »
Le cardinal malaisien a évoqué un autre sujet qui le tient à cœur, à savoir les graves crises démographiques qui frappent de nombreuses sociétés asiatiques. « Les taux de natalité de la Corée, du Japon, de Singapour, de Hong-Kong et même de la Chine diminuent constamment. C’est pourquoi, je pense que ces millions de jeunes qui se rassembleront en Corée pourront aussi être un témoignage. J’espère qu’en voyant ces millions de jeunes d’Asie et du monde entier, les Asiatiques seront encouragés à faire plus d’enfants ! Sinon, nous mourrons. Sans enfants, il n’y a pas d’avenir. Il faut que l’Asie reste jeune ! Enfin, je pense que les jeunes montreront la voie, et ils deviendront les nouveaux missionnaires. Je pense que nous devons vraiment les écouter. »
Cardinal Tagle : « J’aimerais remercier l’Église en Corée pour son orientation missionnaire »
Enfin, durant cette conférence de presse, une journaliste sud-coréenne a demandé au cardinal Luis Antonio Tagle, pro-préfet du dicastère pour l’Évangélisation, quels sont ses encouragements ou conseils aux catholiques coréens qui préparent cet événement majeur, particulièrement dans l’esprit du Jubilé 2025 d’espérance qui vient de s’achever : « D’après votre expérience de pasteur en Asie, comment voyez-vous l’Église en Corée ? »
« Tout d’abord, j’aimerais remercier l’Église catholique en Corée pour son orientation missionnaire. Dans beaucoup de régions d’Asie, nous avons des prêtres et des religieuses de Corée du Sud, qui offrent leurs services. Ils commencent généralement par s’occuper des migrants coréens, mais ils élargissent aussi, en répondant aux besoins des diocèses où ils sont, en particulier dans les domaines de la santé, de l’éducation et de l’aide des pauvres. Nous sommes reconnaissants pour cela », a-t-il commenté, avant d’évoquer un autre aspect de la Corée.
« Comme cela a déjà été dit par le cardinal David, la Corée rayonne aussi à travers les arts, comme la musique K-Pop, les films, mais aussi la cuisine. Vous savez, en Europe et aux États-Unis, la nourriture coréenne devient très appréciée. Tout comme les cuisines japonaise, indienne… À Rome, il y a beaucoup de restaurants philippins ! Nous pouvons raconter l’histoire de nos terres à travers notre nourriture : nos saveurs, les fruits de la terre et du travail des mains humaines. Et ensuite, le partage du pain : nous pouvons y associer nos histoires », a-t-il souligné en racontant une anecdote. Un jour, il était invité par un policier italien dans un restaurant chinois. Il a été présenté aux propriétaires, un couple qui l’a interrogé sur le baptême : « Nous avons beaucoup de réservations pour des fêtes de baptêmes, mais nous ne savons pas ce que c’est. »
Et le cardinal Tagle de conclure : « C’est pourquoi je dis, allez dans les restaurants, racontez vos histoires ! Parce qu’ils sont curieux, et pragmatiques : ils savent que ces fêtes catholiques sont rentables pour eux ! La nourriture, la table peut être un lieu d’échanges, de rencontre des cultures. Et ensuite il y a le partage du pain, et vous reconnaissez alors un invité qui semble jouer le rôle de l’hôte. Et il vous donne l’occasion de proclamer. »
Pour conclure ces réflexions dans la perspective de Séoul 2027, quelques mots du cardinal Neri : « Je souhaite que les préparatifs et les célébrations de ces JMJ soient des moments privilégiés pour les jeunes, non seulement de Corée et d’Asie mais du monde entier. Nous sommes heureux d’apprendre que 300 jeunes d’une seule paroisse de Rome souhaitent déjà s’y rendre. Je souhaite que ce soit pour eux un moment de rencontre avec le Christ, et de partage enthousiaste de la joie d’être disciples et témoins du Christ. »
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