Philippines

Philippines : un nouveau film revisite la vie et le martyre d’un prêtre philippin tué en l’an 2000 à Mindanao

Le nouveau documentaire Seeds of Peace revient sur la vie et le martyre du missionnaire philippin Rohel Gallardo, dont la cause de béatification a été ouverte en 2021. Le nouveau documentaire Seeds of Peace revient sur la vie et le martyre du missionnaire philippin Rohel Gallardo, dont la cause de béatification a été ouverte en 2021.
Lecture 6 min

Le nouveau documentaire « Graines de Paix » (Seeds of Peace) est sorti le 20 mars sur la vie d’un missionnaire philippin, le père Rhoel Gallardo, tué le 3 mai 2000 dans le sud de l’archipel par des islamistes. Membre de la congrégation des clarétains, il a été enlevé le 20 mars 2000 par le groupe terroriste philippin Abu Sayyaf, avant d’être abattu après 43 jours de captivité. Curé de paroisse et directeur d’école, il aurait refusé de renoncer à la foi sous la torture. Une cause de béatification a été ouverte le 3 mai 2021, jour anniversaire de sa mort. Le 3 mai 2026, une projection spéciale a eu lieu à Quezon City (Grand Manille), où il est enterré.

Vingt-six ans après sa mort, l’histoire du prêtre clarétain Rhoel Gallardo, tué en l’an 2000 par des terroristes du groupe islamiste philippin Abu Sayyaf, est racontée par les voix de survivants, de collaborateurs et de proches. Un nouveau film documentaire, appelé « Seeds of Peace : The Life of Fr. Rhoel Gallardo », revisite son enlèvement en 2000 à Basilan (une île et une province du sud des Philippines, dans la région majoritairement musulmane Bangsamoro), ses mois de captivité et son assassinat pour avoir refusé de renoncer à sa foi.

Sorti le 20 mars dernier aux Philippines, le film de deux heures a été projeté le 3 mai à Quezon City (Grand Manille), le jour de l’anniversaire de sa mort. Des missionnaires clarétains (congrégation des Fils de Marie Immaculée), d’anciens collaborateurs et des proches du prêtre ont assisté à la diffusion du documentaire. Pour les clarétains, la vie du père Gallardo est devenue centrale pour appréhender le service dans les zones de conflit du sud de l’archipel philippin. « Nous croyons qu’il était destiné à ce don de sa vie comme martyr », a commenté le père Amado Tumbaga, supérieur provincial de la congrégation pour le pays d’Asie du Sud-Est.

Le visage du prêtre derrière le rôle joué par l’acteur Zaijan Jaranilla.
Le visage du prêtre derrière le rôle joué par l’acteur Zaijan Jaranilla.

Ce dernier a ajouté que le témoignage du martyr continue de façonner le travail missionnaire à Mindanao, l’île principale de la région Bangsamoro. Pour lui, le documentaire rappelle non seulement les souffrances du prêtre, mais aussi la résilience des communautés de Basilan qui ont enduré la violence et les déplacements à ses côtés. « Les gens pensent que la violence affaiblit la foi, mais dans le cas du père Rhoel, elle l’a approfondie. C’est le paradoxe : au milieu des souffrances, la foi, le service et l’engagement deviennent plus forts. »

« Le pardon qui nous a apporté la paix »

Le film présente des témoignages de survivants des enlèvements en l’an 2000 à Basilan, de membres de la famille du prêtre, de personnes engagées pour la paix dans la région, de militaires et même d’anciens membres du groupe Abu Sayyaf. Ensemble, ils décrivent le père Gallardo comme un pasteur qui a poursuivi son ministère malgré la torture et l’isolement.

L’acteur Zaijan Jaranilla, qui joue le rôle du prêtre philippin, a confié que ce travail l’a poussé à écouter attentivement les survivants et à incarner leurs souvenirs dans sa façon d’interpréter le missionnaire. « J’ai parlé avec eux pour comprendre son courage. En jouant son rôle, j’ai simplement embrassé qui il était. » Pour la famille du prêtre défunt, ce documentaire renforce un message qu’ils ont porté durant des décennies. « La foi, l’espérance et le pardon : c’est le pardon qui nous a apporté la paix », a assuré Jessie Gallardo, le frère du prêtre aujourd’hui âgé de 56 ans, durant la projection.

De son côté, l’ordre clarétain espère que le film soutiendra la cause de béatification du père Gallardo, et qu’il invitera ceux qui le verront à méditer sur la foi, la réconciliation et la construction de la paix. Plutôt qu’une distribution commerciale, ce documentaire est destiné à des projections communautaires dans les paroisses, les écoles et les institutions de l’archipel philippin, en encourageant les spectateurs à débattre sur la foi, la souffrance et la réconciliation.

Une cause de béatification ouverte en 2021

Le film a été produit par la famille du père Gallardo et par les missionnaires de la province locale des clarétains. La cause de béatification du missionnaire s’est ouverte le 3 mai 2021, soit 21 ans jour pour jour après sa mort. La phase diocésaine a débuté dans la prélature territoriale d’Isabela (une Église particulière de la province de Basilan). C’est en effet à Basilan que le père Gallardo a servi comme curé de la paroisse Saint-Vincent-Ferrier et comme directeur d’une école catholique, avant son enlèvement aux côtés de trois enseignants et cinq élèves, le 20 mars 2000.

Une affiche du film.
Une affiche du film.

Il a été tué au bout de 43 jours de captivité, un événement qui a fait la une des journaux du monde entier à l’époque. Le prêtre aurait refusé la demande de ses ravisseurs de renoncer à la foi catholique. Il a été tué par balles dans la tête, à l’épaule et dans le dos. De multiples témoignages affirment que les terroristes l’ont torturé en lui arrachant les ongles de pieds. Il a été enterré le 10 mai 2000 à Quezon City.

« La vie du père Gallardo nous pousse à continuer la mission et à travailler pour la justice et la paix », a déclaré le père Tumbaga, en évoquant l’œuvre depuis désormais 75 ans de sa congrégation à Basilan. Pour lui, la mort du père Gallardo n’est « pas une histoire de religions ». « Ce film ne parle pas du conflit islamo-chrétien. Il invite à défendre la paix face aux menaces et à la violence. Parce que tous les habitants de Basilan, chrétiens comme musulmans, aspirent à la paix. Et c’est réalisable. »

Le frère du prêtre défunt, Jessie Gallardo, a reconnu s’être mis en colère contre les musulmans à l’époque, avant d’ajouter que le temps guérit les vieilles blessures, et qu’il voit aujourd’hui les choses différemment. « Ils sont nos frères », insiste-t-il en faisant la distinction entre les musulmans et les extrémistes. Face aux conflits et aux violences qui demeurent dans le sud des Philippines, il souligne l’importance du dialogue. « Se battre ne mène qu’à d’autres violences. La vengeance entraîne d’autres formes de revanche. Mais si on se montre bon et miséricordieux, cela nous est rendu au centuple. »

Sources : CBCPNews, Ucanews

Ad Extra est un site participatif, si vous souhaitez réagir, vous pouvez nous proposer votre contribution