Philippines

Pour les évêques philippins, l’IA doit mener vers la rencontre, pas la déshumanisation

Edwin Lopez, secrétaire général de la Commission pour les communications sociales des évêques philippins, le 20 janvier lors d’un séminaire sur l’IA à Manille. Edwin Lopez, secrétaire général de la Commission pour les communications sociales des évêques philippins, le 20 janvier lors d’un séminaire sur l’IA à Manille. © CBCP News
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Le 20 janvier, les évêques philippins ont participé à un séminaire sur les avantages et inconvénients de l’IA pour l’évangélisation et le ministère pastoral. L’événement était organisé dans le cadre de la 131e assemblée plénière de la Conférence épiscopale philippine (CBCP). À cette occasion, Edwin Lopez, secrétaire général de la Commission pour les communications sociales de la CBCP, et Mgr Alarcon, son président, ont examiné le rôle de l’IA et insisté pour que son utilisation soit centrée sur des relations authentiques.

La Conférence épiscopale philippine (CBCP) appelle à utiliser l’IA (intelligence artificielle) pour renforcer les rencontres humaines authentiques, et non pour les remplacer. Le 20 janvier dernier, durant la 131e assemblée plénière des évêques philippins, ces derniers ont participé à un séminaire sur l’IA, afin de réfléchir aux avantages et aux inconvénients de son utilisation pour l’évangélisation et le ministère pastoral.

Le séminaire était organisé par la Commission pour les communications sociales des évêques philippins (CBCP-ECSC). Le nouveau secrétaire général de la commission, le journaliste catholique philippin Edwin Lopez, est intervenu à cette occasion en soulignant que dans son utilisation de l’IA, l’Église doit rester centrée sur les relations humaines. « La technologie sert. La communion sauve », a-t-il déclaré après le séminaire dans un communiqué de presse de la CBCP. « Dans un monde connecté en permanence, une présence relationnelle de qualité est une forme rare de communication. »

L’intelligence artificielle au service du discernement humain

En prenant la parole durant le séminaire, Edwin Lopez a mis en garde contre une utilisation de l’IA comme substitut d’une présence pastorale, en soulignant que l’évangélisation est par essence relationnelle. « Dieu n’a pas juste envoyé un message. Il est venu lui-même », a-t-il ajouté, en désignant l’Incarnation comme un modèle de communication pour l’Église. « L’évangélisation doit toujours mener les gens vers la rencontre, pas vers la déshumanisation. »

Edwin Lopez s’est également inspiré de la doctrine sociale de l’Église et de l’éthique journalistique pour souligner que les outils IA doivent servir le discernement humain, et non le remplacer. Il a aussi recommandé de ne pas se reposer de manière excessive sur les IA « agentiques » (qui désignent des systèmes d’intelligence artificielle capables d’agir de manière autonome, en prenant des décisions et en exécutant des actions sans intervention humaine constante).

Ce type d’IA peut par exemple être utilisé par des services client, des agents commerciaux ou marketing, des services RH… Cependant, Edwin Lopez s’est demandé si les machines pourront jamais fournir une présence relationnelle qui permette une véritable communication chrétienne. « Une IA agentique peut-elle créer la communion ? Dans l’évangélisation, les communications relationnelles sont toujours prioritaires. »

L’IA, un défi pastoral

De son côté, dans son discours d’ouverture, Mgr Rex Andrew Alarcon, président de la commission CBCP-ECSC, a présenté ce séminaire sur l’IA comme faisant partie de la réponse de l’Église locale à un paysage technologique en plein bouleversement. « Ce n’est pas seulement une ère de changements, mais un changement d’époque », a confié Mgr Alarcon, évêque de Caceres dans la région de Bicol.

Il a ajouté que l’IA affecte désormais presque tous les aspects de la vie quotidienne (de la communication aux transports, jusqu’à la pastorale et à l’évangélisation), et qu’il est donc impératif que les responsables catholiques comprennent ce que cela implique. « Nous sommes déjà allés très loin. Des barrières sont tombées. Le Covid a défié la science et a accéléré le basculement vers un monde numérique. Nous faisons face aujourd’hui à une nouvelle et vaste terre de mission », a conclu Mgr Alarcon.

La question centrale de la dignité humaine

L’évêque a demandé que ses confrères se sensibilisent sur le plan technique tout en prenant conscience des limites éthiques, particulièrement à la lumière du document Antiqua et Nova, une note publiée le 14 janvier 2025 par le Vatican « sur les relations entre l’intelligence artificielle et l’intelligence humaine ». Le nom du document fait référence à « une sagesse à la fois ancienne et nouvelle » d’après l’Évangile selon saint Matthieu : « Tout scribe devenu disciple du royaume des Cieux est comparable à un maître de maison qui tire de son trésor du neuf et de l’ancien. »

Mgr Alarcon a ainsi signalé que des progrès technologiques sans réflexion morale risquent de menacer la dignité humaine, une question qui est déjà au cœur des débats autour de la bioéthique et des progrès scientifiques en général. C’est pourquoi l’évêque philippin et Edwin Lopez ont souligné que l’évangélisation à l’ère numérique doit rester centrée sur les rencontres personnelles, sur l’empathie et la responsabilité morale. Edwin a conclu le séminaire en rappelant que si l’Église doit répondre à la révolution technologique que représente l’IA, la technologie ne doit jamais remplacer la mission de l’Église : « Nous n’avons pas besoin de plus de technologie, mais de plus d’humanité. »

(Avec CBCP News et EWTN News)

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