Vietnam : ouverture du 14e Congrès du Parti à Hanoï, un rendez-vous politique déterminant
Le chef du Parti communiste vietnamien, To Lam, ici en mai 2024.
© Truyền hình Hưng Yên – HYTV (CC BY 3.0)
Le 21/01/2026
Ce lundi 19 janvier a débuté le 14e Congrès national du Parti communiste vietnamien à Hanoï, la capitale. Ce rendez-vous majeur de la vie politique du pays est organisé tous les cinq ans et durera jusqu’au 26 janvier. Le dernier avait eu lieu en 2021. L’objectif est de fixer le cap des cinq années à venir et d’adopter une nouvelle feuille de route couvrant l’ensemble des grands domaines de l’action publique : politique, diplomatie, économie, société, culture et éducation. Le 14e Congrès se veut le symbole d’une nouvelle ère de prospérité.
Près de 1 600 délégués sont rassemblés du 19 au 26 janvier à Hanoï, la capitale, pour le 14e Congrès national du Parti communiste vietnamien. Ils représentent les quelque 5 millions de membres du parti à l’échelle nationale. Organisé tous les cinq ans depuis 90 ans, c’est un rendez-vous devenu régulier mais d’envergure pour l’avenir de la vie politique du pays.
Contrairement aux élections organisées partout dans le monde dans une ambiance compétitive, le Congrès du parti suit un processus prudemment structuré et cérémoniel. Il reste pourtant le forum le plus important pour déterminer les principaux dirigeants du parti et l’orientation politique du pays à long terme.
Ce qui mérite une attention particulière, cependant, ce n’est pas le Congrès lui-même, mais le climat social qui l’entoure. Comparée aux périodes précédentes, la participation citoyenne semble aujourd’hui plus discrète et plus mesurée. Cela ne signifie pas une instabilité ou une opposition. Cela reflète plutôt une forme de participation indirecte, prudente et de plus en plus façonnée par les préoccupations quotidiennes plutôt que par les attentes politiques.
Stabilité au sommet, distance à la base
Au cours des dernières décennies, le Vietnam a enregistré une forte croissance économique, une réduction de la pauvreté et une stabilité politique. Ces réussites constituent le fondement de la légitimité du système. Dans le même temps, de nombreux citoyens perçoivent les grands processus politiques – y compris le congrès du Parti – comme des événements se déroulant à un niveau éloigné de leur vie quotidienne.
Pour une grande partie de la population, le Congrès symbolise la continuité plutôt que le changement. « Les gens ne s’attendent pas à des surprises », confie un chercheur basé à Hanoï, qui suit de près l’actualité politique mais souhaite garder l’anonymat. « Ce qu’ils espèrent, ce n’est pas une transformation, mais des garanties : que la prochaine étape sera gérée avec compétence. » De ce fait, suivre le Congrès relève davantage de la prise de conscience que de l’anticipation. Il est respecté, mais rarement vécu comme une participation active.
Les drames politiques davantage recherchés à l’extérieur
Cette modération dans l’action intérieure contraste avec l’intensité avec laquelle de nombreux Vietnamiens suivent l’actualité internationale. Au-delà des élections présidentielles américaines, l’attention du public se tourne souvent vers des points chauds géopolitiques majeurs : la trajectoire du soutien américain à l’Ukraine, les initiatives de Washington envers le Venezuela, les tensions impliquant l’Iran au Moyen-Orient ou, plus récemment, les frictions frontalières entre la Thaïlande et le Cambodge.
Ces questions sont largement débattues dans les cafés, les forums en ligne et sur les réseaux sociaux, parfois avec beaucoup plus de détails que les grands événements politiques nationaux. Cet attrait ne réside pas seulement dans la distance, mais aussi dans la clarté. Les crises internationales mettent en scène des acteurs visibles, des récits concurrents et des conséquences qui se déploient. Elles permettent aux observateurs de débattre du pouvoir, du risque et de la responsabilité sans s’exposer personnellement.
En comparaison, la politique intérieure est souvent abordée avec retenue, non pas parce qu’elle est sans importance, mais parce qu’elle est familière, prévisible et rarement présentée comme une compétition ouverte. Il en résulte un discours public qui se tourne vers l’extérieur pour y rechercher le drame et l’incertitude, tout en traitant les processus politiques internes comme un arrière-plan stable plutôt que comme un sujet de conversation quotidienne.
Un silence prudent mais non indifférent
En revanche, le calme qui règne en politique intérieure ne doit pas être interprété comme de l’apathie. Dans bien des cas, il faut y voir du pragmatisme. Lorsque les gens ne sont pas sûrs que leurs opinions puissent influencer de manière significative les résultats, la retenue devient un choix rationnel.
Ce phénomène est particulièrement visible chez les jeunes Vietnamiens. Bien que mieux instruits et plus connectés au monde que les générations précédentes, beaucoup choisissent néanmoins de se tenir à l’écart de la politique. Ils privilégient plutôt les stratégies personnelles : retarder le mariage, reporter l’achat d’une maison, réfléchir attentivement aux décisions concernant les enfants et les engagements à long terme.
Quynh Anh, une employée de bureau de 29 ans à Da Nang, décrit cela comme « privilégier ce qui semble contrôlable ». « La politique pose un cadre, mais mon énergie est consacrée à des choses que je peux réellement planifier. »
Les attentes sont façonnées par les préoccupations quotidiennes
Malgré une participation discrète, des attentes existent bel et bien autour du XIVe Congrès du Parti. Elles sont simplement plus pragmatiques qu’idéologiques. Plusieurs économistes et analystes politiques soulignent ainsi que le coût de la vie, l’accessibilité au logement et la sécurité sociale sont des préoccupations majeures. « Les gens observent si les changements de direction se traduisent par des politiques qui allègent la pression quotidienne », explique un économiste basé à Saïgon (Hô-Chi-Minh-Ville). « Pas des slogans, mais des actes. »
Chez les citoyens ordinaires, les attentes sont tout aussi fondées. Duc Dieu, un ouvrier d’usine à Binh Duong, espère ainsi que le prochain mandat de la direction du parti se concentrera « davantage sur les salaires et la stabilité de l’emploi que sur les grands projets ». Un autre interlocuteur à Hanoï exprime l’espoir que la gouvernance devienne « plus prévisible et transparente ». Il ne s’agit pas de revendications pour une refonte politique, mais d’avoir l’assurance que la croissance et la stabilité continueront de soutenir la vie quotidienne.
Un congrès vécu comme un test
Vu sous cet angle, le 14e Congrès du Parti représente un test discret – non pas de l’autorité ou du contrôle du parti, qui restent intacts – mais de la connexion qui existe ou non entre le pouvoir et les gens ordinaires. Le défi est de savoir si les processus politiques de haut niveau peuvent trouver plus directement un écho dans les expériences vécues au quotidien.
En Asie, le Vietnam occupe une place particulière. Contrairement à la Chine, où l’État mobilise activement l’idéologie afin de soutenir l’engagement du peuple, le Vietnam se repose largement sur une légitimité basée sur la performance et enracinée dans les résultats économiques et une gouvernance pragmatique. Cependant, contrairement à Singapour, le pays manque de canaux hautement institutionnalisés qui permettent de transformer les sentiments populaires en retours politiques. Malgré tout, le modèle vietnamien a bien servi le pays. Mais il est vrai qu’à mesure qu’une société devient plus complexe et que les attentes se diversifient, il devient plus difficile de maintenir une résonance émotionnelle.
Une société stable en quête de réassurance
Pour les lecteurs internationaux, le Vietnam offre un cas subtil mais instructif. Une société peut rester ordonnée et fonctionnelle sans large participation politique, mais maintenir une confiance à long terme exige plus que la simple stabilité. Cela dépend de la perception qu’ont les gens du fait que les décisions importantes, même prises à un haut niveau, soient ancrées dans la réalité sociale.
Le 14e Congrès du Parti n’est donc pas un simple événement de plus dans un cycle bien connu. Il témoigne de la manière dont le Vietnam entre dans sa prochaine phase de développement : plus prudent, moins exubérant et de plus en plus attentif aux préoccupations quotidiennes. Dans ce contexte, une stabilité durable ne dépend pas seulement des chiffres de la croissance ou d’une continuité institutionnelle, mais d’un sentiment partagé vis-à-vis d’une gouvernance qui reste connectée à la vie quotidienne des gens ordinaires.
(Avec Ucanews / Nguyen Linh)