Asie

Cardinal David : « La tragédie de la guerre réside aussi dans la facilité effrayante avec laquelle elle peut être déclenchée »

Le cardinal David, vice-président de la FABC, alerte sur les dangers d’une « guerre moderne » de plus en plus déshumanisée au Moyen-Orient. Le cardinal David, vice-président de la FABC, alerte sur les dangers d’une « guerre moderne » de plus en plus déshumanisée au Moyen-Orient. © RVA
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Le cardinal philippin Pablo Virgilio David, vice-président de la Fédération des conférences épiscopales asiatiques (FABC), réagit à l’escalade militaire au Moyen-Orient en mettant en garde contre une guerre moderne de plus en plus déshumanisée, menée à distance par drones, satellites et systèmes d’intelligence artificielle. Derrière les écrans des centres de commandement, rappelle-t-il, les frappes continuent pourtant de toucher des villes, des familles et des civils, tandis que la région reste sous la menace d’un conflit élargi.

Le cardinal Pablo Virgilio David, vice-président de la Fédération des conférences épiscopales asiatiques (FABC) et évêque de Caloocan aux Philippines, a réagi vendredi 6 mars aux offensives menées par les États-Unis et Israël contre l’Iran. Face à l’escalade militaire, il estime que la guerre moderne risque de se détacher dangereusement de la réalité humaine, alors que les missiles et les drones continuent de survoler le Moyen-Orient.

Cette réflexion intervient quelques jours après les frappes coordonnées lancées par les États-Unis et Israël contre l’Iran le 28 février, qui ont déclenché une vague de représailles par missiles et drones dans toute la région. Dans son message publié sur Facebook, le cardinal David ajoute que le recours croissant aux drones, aux satellites et à l’intelligence artificielle dans la guerre moderne risque de créer une dangereuse illusion selon laquelle la guerre peut être menée avec précision et contrôle.

Derrière les écrans et les algorithmes, a-t-il souligné, se cachent de véritables communautés où des missiles frappent des maisons, des hôpitaux et des rues bondées, laissant aux civils le soin de subir les conséquences de décisions prises loin de chez eux, dans des pièces climatisées. « La terrible illusion de ce type de guerre réside dans son apparence propre et clinique », écrit le cardinal David. « Depuis des centres de commandement éloignés, les opérateurs militaires fixent des écrans où cartes, signaux radar et cibles générées par des algorithmes se déplacent comme des icônes dans un jeu vidéo. Un curseur se déplace. Une coordonnée est sélectionnée. Un clic est effectué. Et un missile est lancé. »

« Les victimes ne sont pas des symboles sur une carte »

Mais l’écran ne montre pas ce qui se passe lorsque le missile atteint sa cible, a-t-il ajouté, soulignant que les victimes ne sont pas des symboles sur une carte, mais des civils, des familles, des enfants et des personnes âgées pris dans l’explosion. Le cardinal David, dont le diocèse se trouve dans la région métropolitaine de Manille, avertit également que l’élargissement du conflit pourrait mettre en danger des millions de travailleurs migrants dans toute la région du Golfe.

Parmi eux, on compte des milliers de Philippins employés dans des foyers, des hôpitaux, des hôtels et sur des chantiers de construction, ainsi que des marins philippins qui font partie des équipages des navires traversant le détroit stratégique d’Ormuz. Si ce corridor maritime vital se transforme en zone de guerre, insiste-t-il, ces travailleurs pourraient se retrouver exposés en première ligne d’un conflit loin de leur pays.

Certains internautes ayant réagi à la publication du cardinal David sur Facebook ont également partagé ces préoccupations. Parmi eux, un commentateur écrit que la destruction causée par la guerre menace l’existence humaine elle-même et exprime l’espoir que les dirigeants mondiaux prennent conscience des conséquences de leurs actes et choisissent la paix. Un autre confie prier « pour que ceux qui gèrent directement cette guerre gardent la raison » et demande à Dieu de susciter « de bons artisans de paix et d’amour », remerciant le cardinal David pour sa réflexion.

La tragédie de la guerre, a aussi déclaré le cardinal David, ne réside pas seulement dans les destructions qu’elle laisse derrière elle, mais aussi dans la facilité effrayante avec laquelle elle peut être déclenchée. Alors que des missiles et des drones sont lancés d’une simple pression sur un bouton depuis des centres de commandement éloignés, il s’est demandé combien de temps l’humanité continuerait à tolérer des guerres déclenchées avec une telle facilité par des dirigeants qui ne voient que rarement le coût humain de leurs décisions.

Source : Radio Veritas Asia

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