Birmanie

En Birmanie, en pleine crise humanitaire, une explosion relance l’attention internationale

Une explosion dans un village du nord-est birman a fait au moins 55 morts, dans un contexte de crise profonde après cinq ans de guerre civile. Une explosion dans un village du nord-est birman a fait au moins 55 morts, dans un contexte de crise profonde après cinq ans de guerre civile. © Myanmar Now
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Dimanche 31 mai, une explosion a causé plusieurs dizaines de morts dans un village de l’État Shan, dans le nord de la Birmanie. Ce drame survient après cinq années de guerre civile et dans un contexte de grave crise humanitaire. La déflagration serait accidentelle et a fait au moins 55 morts à ce jour. Elle a été provoquée par l’explosion d’un stock d’explosifs destinés à être utilisés dans les mines et les carrières, alors que beaucoup de groupes rebelles dépendent de l’exploitation de minéraux précieux pour financer leurs opérations.

Au moins 55 personnes ont été tuées dimanche dernier dans une explosion survenue dans le village de Kaung Tat, dans le nord de la Birmanie. Le groupe rebelle local TNLA (Armée de libération nationale ta’ang), qui a conclu un cessez-le-feu avec la junte militaire birmane et qui contrôle ce village situé près de la frontière chinoise, a qualifié la déflagration d’accidentelle et a fait état de victimes sans en préciser le nombre. Le média local Shwe Phee Myay News Agency et la BBC ont évoqué au moins 55 morts, dont 25 femmes et 30 hommes, et plusieurs dizaines de blessés.

L’explosion a eu lieu vers midi dans ce village du canton de Namkham, dans l’État Shan. Elle a détruit un bâtiment où était stockée une importante quantité d’explosifs, destinés aux opérations minières dans la région. Au moins six enfants figurent parmi les victimes. La déflagration a laissé un immense cratère et a détruit des habitations non seulement à Kaung Tat mais aussi au village voisin de Pan Lone.

Un groupe accusé d’être proche des intérêts chinois

Le canton est contrôlé par la milice ethnique armée TNLA depuis une vaste offensive menée contre la junte fin 2023. Dans un communiqué, le groupe a confirmé la tragédie, attribuant l’explosion à un stockage inadapté de gélignite (un explosif largement utilisé dans l’exploitation minière et le dynamitage de roches, mais qui peut devenir très instable avec le temps et s’il est mal stocké). La milice ethnique a promis de lancer une enquête approfondie et de poursuivre toute personne reconnue responsable de ce stockage dangereux. Elle a ajouté n’avoir jamais été informée de la présence d’explosifs dans le village.

Cependant, cette catastrophe a remis sur le devant de la scène un débat sur le rôle du groupe TNLA au sein du mouvement de résistance contre la junte. Le groupe a en effet combattu l’armée gouvernementale et pris le contrôle de vastes territoires, mais a aussi subi des critiques croissantes concernant certaines décisions politiques.

Début 2024, quand le TNLA a signé un accord de cessez-le-feu avec la junte – un accord négocié avec la Chine pour protéger le commerce transfrontalier et les investissements miniers –, de nombreux groupes anti-junte et militants prodémocratie ont accusé la milice d’avoir abandonné l’insurrection à un moment crucial.

Les critiques ont également affirmé que le groupe est étroitement lié aux intérêts économiques chinois, notamment en protégeant l’extraction de la silice et des terres rares, dont la production est en grande partie destinée à la Chine. L’explosion de dimanche dernier a relancé ces accusations.

Une crise alimentaire dévastatrice

Ce drame survient dans un pays déjà profondément fragilisé par cinq années de guerre civile et dans un contexte de crise profonde : la Birmanie actuellement une grave crise alimentaire. Selon les Nations unies, au moins 16,2 millions d’habitants du pays d’Asie du Sud-Est ont besoin d’aide humanitaire pour l’année 2026. Le dernier rapport de la FAO (Organisation pour l’alimentation et l’agriculture de l’Onu) et du Programme alimentaire mondial (PAM) estime également que 16,7 millions de personnes, soit un tiers de la population birmane, sont en situation d’insécurité alimentaire aiguë.

Ce chiffre représente une hausse importante par rapport aux quelque 13,3 millions de personnes recensées par les deux organisations en 2024. Cela place la Birmanie au 5e rang mondial en termes de personnes affectées par la faim. Pour Veronica Collins, chargée de l’aide humanitaire de l’Union européenne en Birmanie, « la crise alimentaire au Myanmar (Birmanie) est en train de devenir incontrôlable ». Elle considère cette crise comme l’une des pires de l’histoire récente. Selon elle, cette crise « se déroule au grand jour, mais passe pourtant inaperçue aux yeux du monde ».

L’attention internationale s’est tournée vers d’autres crises

Par rapport à la période précédant le coup d’État militaire de 2021, le coût des biens alimentaires a été multiplié par quatre. La situation a encore empiré après le séisme de magnitude 7,7 qui a frappé le centre du pays en mars 2025. Dans de nombreuses régions déjà dévastées par la guerre civile, les destructions causées par le tremblement de terre ont aggravé la malnutrition.

De plus, dans de nombreuses régions, l’agriculture est devenue presque impossible à cause de la menace des mines antipersonnel et des combats. Dans ce contexte, les marchés fonctionnent de manière intermittente et les prix continuent d’augmenter. La guerre menée par les États-Unis contre l’Iran a aussi eu un impact sur les prix du carburant, qui ont triplé en Birmanie depuis fin février.

« La crise en Birmanie est presque invisible », selon Gwyn Lewis, coordinatrice humanitaire par intérim des Nations unies en Birmanie, qui souligne comment l’attention internationale s’est progressivement détournée du pays d’Asie du Sud-Est au profit d’autres crises mondiales.

(Avec Asianews)

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