Vietnam

Pourquoi célébrer Jacques Dournes ?

Le Père jacques Dournes dans une école sur les Hauts-Plateaux du Vietnam. © Irfa
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Il y a 80 ans que le tout jeune Père Dournes était officiellement agrégé à la Société des Missions étrangères. Cet anniversaire nous a confortés dans le désir de le faire connaître malgré son itinéraire sacerdotal tourmenté.

Pendant ses 25 années de vie missionnaire active auprès des ethnies Sré et Jörai, il s’est en effet investi avec un zèle et une compétence hors du commun dans la vie d’apôtre MEP, tout donné aux exigences de l’Annonce. Fervent défenseur de la dignité humaine, il tâche par ses œuvres sociales de devenir « un signe parlant de l’homme racheté et libéré ». Son attrait pour la figure de Charles de Foucauld, son appartenance à l’Union sacerdotale Jesus-Caritas le conduisent à affirmer pour le missionnaire la nécessité de « vivre en communauté de destin » avec ceux qui l’accueillent, « pour être à même de chercher avec eux comment ils s’accompliront dans la ligne de leur culture propre et en direction du Christ ». Dournes devient ethnologue amoureux, dépouillé « de sa langue maternelle et même de sa propre façon de penser » pour mieux connaître de l’intérieur. Par son travail acharné, il parviendra à explorer tous les champs de l’existence montagnarde, de la botanique au monde de l’imaginaire révélé par les mythes.

En 1970, la fin de cette vie d’ethnologue évangélique lui est imposée par les circonstances politiques et les évolutions de l’Église du Vietnam, pour laquelle l’assistance de missionnaires français n’est plus nécessaire. Les drames se succèdent : il ne pourra plus jamais retourner au Vietnam et apprend, par journaux interposés, les déplacements de populations, destructions de villages et de forêts que subissent ses chers Jörai. Son caractère « de triple cochon », comme il a l’honnêteté de se décrire lui-même, lui vaut un éloignement volontaire de la Société des MEP, où il ne trouve plus sa place, mais la rupture ne sera jamais définitive. Continuer ses recherches et les publier, c’est la manière qu’il adopte alors pour poursuivre sa vie missionnaire : témoignage d’amour pour les peuples qui l’ont accueilli, défense de la singularité culturelle dans une mondialisation uniformisante, sensibilisation à l’écologie de ces populations vivant en harmonie parfaite avec l’ensemble des éléments naturels.

À travers archives inédites, objets méconnus et photographies prises dans le quotidien du missionnaire, cette exposition[1] tâche de rendre témoignage au travail de Jacques Dournes tout autant qu’aux populations des plateaux du Centre-Vietnam, ces « hommes debout » comme les appelait Mgr Seitz.

Éditorial paru dans la Revue des Missions Étrangères de Paris N°617 – Septembre 2025


[1] Retrouvez le contenu de l’exposition « Au plus près des plus loin, Jacques Dournes, missionnaire-ethnologue sur les Hauts-Plateaux du Vietnam » sur le site https://jacques-dournes.irfa.paris/

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