Du détroit d’Ormuz à Malacca, Singapour appelle à la liberté de navigation dans les goulets d’étranglement
Les détroits de Malacca et de Singapour sont les plus fréquentés au monde en volume de transport maritime (ici le détroit de Singapour).
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Le 20/04/2026
Face à la crise du détroit d’Ormuz, Singapour a attiré l’attention sur les principaux « goulets d’étranglement » ou « passages maritimes stratégiques ». À commencer par le détroit de Malacca, par lequel transite presque un tiers du pétrole mondial. C’est aussi le plus fréquenté en termes de volume de transport maritime (24 % du commerce maritime mondial et un tiers du commerce international). Le « dilemme de Malacca » a poussé la Chine à diversifier ses routes et infrastructures afin de réduire sa vulnérabilité stratégique.
Ces derniers jours, durant une session parlementaire, le ministre des Affaires étrangères de Singapour, Vivian Balakrishnan, a tenu à réaffirmer que les routes maritimes doivent rester libres de toute entrave. Pour lui, la liberté de navigation est un droit, et non un privilège. « Ce n’est pas quelque chose que l’on doit mendier. Il ne devrait pas non plus y avoir de ‘droit de passage’ », a-t-il souligné.
Ce ne sont pas des paroles en l’air. La guerre lancée par les États-Unis et Israël contre l’Iran et la crise économique et énergétique causée par le blocage du détroit d’Ormuz ont remis sur le devant de la scène les « goulets d’étranglement » ou « points de passage stratégiques », ces zones géographiques par lesquelles transite le commerce mondial et qui, de par leur configuration, peuvent être facilement bloqués, engendrant des perturbations à l’échelle planétaire.
Outre le détroit d’Ormuz, le détroit de Malacca fait également partie des goulets d’étranglement maritimes les plus importants au monde. C’est pourquoi, le 13 avril, le ministre de la Sécurité nationale de Singapour, K. Shanmugam, a partagé les propos du ministre des Affaires étrangères en déclarant que « nul ne peut imposer de péage » ni « décider arbitrairement quels navires peuvent passer ». Il a aussi souligné qu’à son point le plus étroit, le détroit de Malacca mesure moins de deux milles nautiques, soit dix fois moins que le détroit d’Ormuz. En cas de menace militaire, l’économie risquerait de souffrir bien plus qu’actuellement.
En cas de blocage, Singapour aurait tout à perdre
Alors qu’environ un cinquième du pétrole mondial transite par le détroit d’Ormuz, près d’un tiers (29 %) passe par Singapour, soit 23,2 millions de barils par jour. Il s’agit du corridor de transit pétrolier le plus fréquenté au monde, reliant les pays producteurs du Moyen-Orient aux économies industrialisées d’Asie de l’Est. En effet, près de la moitié (48 %) du pétrole qui y transite est acheminée vers la Chine, ce qui représente un flux de 7,9 millions de barils par jour, selon des données datant du début de l’année 2025. Cette quantité correspond à 80 % de l’ensemble du pétrole brut importé par la Chine et à 60 % de ses besoins.
En cas de blocage, Singapour aurait tout à perdre. Toute son énergie y transite, et le secteur maritime, qui emploie plus de 170 000 personnes, représente environ 7 % de son produit intérieur brut. Selon certaines études, un blocus total pourrait engendrer des pertes quotidiennes de près de 10 millions de dollars singapouriens.
Mais au-delà de l’énergie, les détroits de Malacca et de Singapour sont les plus fréquentés au monde en termes de volume de transport maritime, assurant 24 % du commerce maritime mondial et un tiers du commerce international. Ainsi, si le blocus d’Ormuz pose problème du fait de la proximité de certaines des principales sources d’approvisionnement énergétique (les monarchies arabes du Golfe), la fermeture du détroit de Malacca pourrait avoir un impact considérable sur les livraisons.
L’Europe et l’Amérique du Nord dépendent de cette voie de communication pour les composants automobiles, les produits pharmaceutiques et divers autres biens de consommation. Sans oublier l’industrie des semi-conducteurs : un blocus entraînerait des difficultés d’approvisionnement en composants essentiels pour les smartphones, les véhicules électriques et les services de cloud computing.
Le « dilemme de Malacca »
La Chine est consciente de ces problèmes depuis longtemps. Depuis 2003, elle évoque le « dilemme de Malacca », une expression forgée par le secrétaire général du Parti communiste chinois (PCC) de l’époque, Hu Jintao, pour décrire sa dépendance envers cet unique point géographique pour son énergie et son commerce, au point qu’un simple blocus naval pourrait mettre le Dragon à genoux.
Pour éviter un effondrement de son économie, Pékin s’est doté d’infrastructures terrestres lui permettant de contourner le détroit. Elle a investi massivement dans un gazoduc et un oléoduc reliant le port de Kyaukphyu (en Birmanie, dans le golfe du Bengale) à la province méridionale du Yunnan (Chine). Opérationnels depuis 2013, ces pipelines réduisent les temps de transit et sont restés opérationnels même après le début de la guerre civile en Birmanie en 2021. Les transferts s’élèvent à environ un milliard de dollars par an et génèrent plus de 5 millions de dollars de réserves de change annuelles pour le régime birman.
Pékin utilise également des oléoducs et des gazoducs en provenance du Kazakhstan et de Russie. Cependant, ce sont les ports stratégiques qui constituent ce que la Chine appelle le « collier de perles », qui comprend, outre Kyaukphyu, le port de Gwadar (au Pakistan, relié au Xinjiang), le port de Hambantota (au Sri Lanka) et Djibouti.
Par ailleurs, consciente qu’un blocus du détroit de Malacca risquerait de plonger tout le secteur technologique dans le chaos, la Chine a veillé à devenir la principale plateforme de raffinage des terres rares, garantissant ainsi que les secteurs à haute intensité technologique et la production d’énergie renouvelable (qui s’avère aujourd’hui plus essentielle que jamais) restent dépendants de ses capacités de traitement.
(Avec Asianews)