Corée du Nord : les exécutions ont explosé depuis 2020, selon un nouveau rapport
Des passants devant une affiche de propagande à Kaesong, en Corée du Nord.
© John Pavelka / CC BY 2.0
Le 29/04/2026
D’après un rapport publié le 28 avril par l’ONG sud-coréenne Transitional Justice Working Group (TJWG), les exécutions en Corée du Nord ont fortement augmenté pendant la pandémie de Covid-19. Entre 2020 et 2024, au moins 153 personnes ont été exécutées ou condamnées à mort, contre 44 au cours des cinq années précédentes. Les crimes les plus fréquemment invoqués sont liés à la religion, à la « superstition » et aux contenus culturels étrangers, tels que la K-pop et les K-dramas. Après une baisse entre 2015 et 2019 sous la pression internationale, les exécutions ont de nouveau augmenté en 2020 avec la fermeture des frontières.
Les exécutions ont considérablement augmenté durant la pandémie de Covid-19, notamment pour des « crimes » tels que la consommation de K-dramas, de K-pop et d’autres produits culturels étrangers, ainsi que pour des offenses politiques. C’est ce que révèle le rapport publié mardi 28 avril par l’organisation Transitional Justice Working Group (TJWG), une ONG sud-coréenne basée à Séoul.
Pyongyang a fermé ses frontières en janvier 2020 afin de freiner la propagation du coronavirus. Des articles de presse et des travaux de recherche réguliers indiquent que la Corée du Nord, déjà isolée sur le plan diplomatique, a renforcé la sécurité le long de ses frontières au cours des années suivantes. D’après le rapport, ce verrouillage, initialement motivé par des raisons sanitaires, a aggravé les abus de longue date en matière de droits humains dans le pays, dont le gouvernement est largement considéré comme l’un des plus répressifs au monde.
Hausse de 250 % des condamnations liées aux cultures et religions étrangères
L’ONG sud-coréenne a constaté que le nombre d’exécutions et de condamnations à mort a plus que doublé au cours des cinq années ayant suivi la fermeture des frontières en 2020, par rapport à la période précédente. Le nombre de personnes condamnées a également plus que triplé sur la même période. Les données du TJWG proviennent de témoignages de plus de 265 transfuges nord-coréens ainsi que cinq organes de presse disposant de réseaux de sources à l’intérieur du pays, où il n’existe aucun média indépendant et où la présence internationale est très limitée.
Le rapport est également basé sur l’analyse des exécutions et des condamnations à mort recensées depuis l’arrivée au pouvoir de Kim Jong-un en 2011. Sur 144 exécutions confirmées (concernant 358 personnes au total) entre 2011 et 2024, 65 sont survenues après la fermeture des frontières en 2020 au début de la pandémie de Covid-19.
Au moins 153 personnes ont été exécutées ou condamnées à mort entre janvier 2020 et fin 2024. Les exécutions étaient nombreuses au début du règne de Kim – plus de 80 personnes exécutées en 2013 – mais ont ralenti entre 2015 et 2019 à la suite d’une commission d’enquête des Nations unies dans le pays (seulement 44 personnes condamnées durant les cinq années avant la pandémie). Elles ont à nouveau augmenté durant la pandémie. En 2020, 54 personnes ont été exécutées, puis 45 l’année suivante – contre une moyenne de cinq exécutions par an entre 2016 et 2019.
Depuis la pandémie, les autorités nord-coréennes ont intensifié le recours à la peine capitale pour des infractions telles que la consommation de films, séries et musiques sud-coréens, selon le rapport. Les condamnations à mort liées aux cultures, religions et « superstitions » étrangères ont augmenté de 250 % après la fermeture des frontières.
« Le gouvernement réagit à un mécontentement interne croissant »
Une autre hausse notable concerne les exécutions pour crimes politiques, comme le fait de critiquer le dirigeant Kim Jong-un. Beaucoup y voient un signe que le gouvernement « réagit à un mécontentement interne croissant ou renforce la violence d’État afin de réprimer l’insatisfaction politique ». Près des trois quarts des exécutions ont eu lieu en public, et la plupart des condamnés ont été fusillés.
Le rapport ajoute que ces mises à mort ont été recensées dans plusieurs dizaines de villes et de comtés depuis l’arrivée au pouvoir de Kim Jong-un au début des années 2010. Cela inclut plusieurs sites dans la capitale, Pyongyang, ainsi que des lieux publics tels que des aérodromes désaffectés, des berges de fleuves, des terres agricoles ou encore des sites de stockage de déchets miniers à ciel ouvert.
Le gouvernement nord-coréen est accusé de multiples violations des droits humains, notamment des actes de torture, du travail forcé et de graves restrictions à la liberté d’expression et de mouvement. Le régime exploiterait quatre camps de prisonniers politiques, qui compteraient jusqu’à 65 000 détenus soumis à des travaux forcés, selon un rapport publié en 2025 par l’Institut coréen pour l’unification nationale (KINU).
L’année dernière, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH) a déclaré que la situation globale des droits humains en Corée du Nord au cours de la dernière décennie n’a montré aucun signe d’amélioration et s’est même détériorée dans de nombreux cas. De son côté, le régime rejette systématiquement ces accusations, affirmant que les Nations unies instrumentalisent la question des droits humains à des fins politiques pour déstabiliser le pays.
Le groupe TJWG, fondé à Séoul en 2014 par des activistes et chercheurs sud-coréens, nord-coréens, américains, britanniques et canadiens, documente les violations des droits de l’homme et publie des rapports réguliers sur les condamnations à mort en Corée du Nord.
(Avec Ucanews)