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Chine-Japon : un nouvel été sous tension

Le quartier de Chinatown à Yokohama, Japon. Malgré les tensions récurrentes entre la Chine et le Japon, les échanges commerciaux poursuivent leur croissance. Le quartier de Chinatown à Yokohama, Japon. Malgré les tensions récurrentes entre la Chine et le Japon, les échanges commerciaux poursuivent leur croissance. © OiMax / CC BY 2.0
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Depuis le 6 juillet, un nouvel épisode oppose Pékin et Tokyo, dans une région Asie-Pacifique déjà tendue ces dernières semaines (affrontements frontaliers Thaïlande- Cambodge, crispations persistantes en mer de Chine méridionale, pression militaire chinoise autour de Taïwan…). Malgré un commerce toujours florissant, un essai de missile balistique chinois et un incident maritime près des îles Senkaku/Diaoyu viennent d’entraîner un nouvel accès de tension dans les relations sino-japonaises. Par le géopolitologue Olivier Guillard.

Ces dernières semaines, la vaste région Asie-Pacifique a été le théâtre de tensions interétatiques récurrentes dans ses différents espaces régionaux. Dans le Sud-Est asiatique, un différend frontalier terrestre a opposé les forces thaïlandaises et cambodgiennes, sans compter le fébrile environnement maritime de la mer de Chine du Sud[1]. On peut aussi citer le sous-continent indien, où le Pakistan a mené des frappes répétées sur le territoire afghan, ou encore l’Asie de l’Est, où la guerre hybride imposée quotidiennement par Pékin dans le Détroit de Taïwan, à défaut d’être anecdotique, ne surprend désormais plus les observateurs.

Quand la République populaire (dé)tonne dans le Pacifique Sud

En début de semaine, une brusque montée des tensions s’est signalée en Asie du Nord-Est. Cette effervescence n’est pas le fait de la défiante Corée du Nord[2], mais d’un nouvel épisode de crispation entre les deux principales puissances de la région : la République populaire de Chine et le Japon.

Lundi 6 juillet, dans le Pacifique Sud, la marine chinoise a procédé au tir d’essai d’un missile balistique à longue portée depuis un sous-marin nucléaire. SelonPékin, cette première ne serait rien d’autre qu’un « exercice de routine » et ne ciblerait aucune nation en particulier.

Cette assurance pékinoise un brin légère peine à convaincre certaines capitales asiatiques, pas nécessairement dans les meilleurs termes qui soient avec les autorités chinoises : en particulier Tokyo, Séoul, Taipei, New Delhi ou encore Manille. Depuis Washington, l’administration américaine a quant à elle fait part de sa grande inquiétude. D’autant plus que le même jour, en mer Jaune, au large de Qingdao (province chinoise du Shandong), les forces armées chinoises et russes entamaient leur exercice naval conjoint annuel (Joint Sea-2026).

Si elles avaient été averties en amont de ce test par leurs homologues chinoises, les autorités nipponnes n’ont pas manqué elles aussi de faire part aussitôt de leur réelle inquiétude quant à cette démonstration de force balistique particulière du voisin chinois. Pour autant, l’inquiétude et l’irritation de Tokyo, causées par cette prouesse technologique chinoise dans le Pacifique, allaient sans tarder s’additionner à une autre préoccupation, plus près de l’archipel japonais.

Incident sino-japonais sans conséquence en mer de Chine orientale

Mardi 7 juillet, au lendemain donc de ce tir de missile réalisé depuis un sous-marin, l’attention du gouvernement japonais était requise en mer de Chine orientale. À quelque 200 km au nord-est de Taïwan, près des îles Senkaku (appellation japonaise) ou Diaoyu (dénomination chinoise), des navires des garde-côtes japonais et chinois se sont fait face dans une évidente crispation. Les bâtiments japonais expliquent avoir bouté hors du périmètre deux navires chinois dont les intentions semblaient suspectes (vis-à-vis d’un bateau de pêche nippon œuvrant sur zone).

Leurs homologues chinois (garde-côtes) affirment avoir repoussé un chalutier japonais ayant pénétré dans les eaux entourant les Diaoyu. Fort heureusement, ce face-à-face maritime, survenu près de ces possessions insulaires (7 km²) que se disputent Pékin et Tokyo, s’est limité à quelques manœuvres d’intimidations et à de probables échanges d’amabilités par radio interposée.

À l’origine des (récentes) crispations éloignant Tokyo de Pékin

Pour mémoire, les rapports entre les deuxième et quatrième économies mondiales se sont encore sensiblement dégradés depuis que la Première ministre japonaise Sanae Takaichi (du Parti libéral-démocrate, à la tête du gouvernement depuis octobre 2025) a suscité la colère de Pékin, un mois à peine après son entrée en fonction.

Elle avait laissé entendre que Tokyo et ses forces d’autodéfense pourraient intervenir militairement en cas d’attaque militaire chinoise contre Taïwan. D’aucuns auront peut-être à l’esprit que cinq ans plus tôt, en 2021, l’ancien Premier ministre nippon Shinzo Abe déclarait déjà sur cette thématique sensible : « Une situation de crise pour Taïwan est une situation de crise pour le Japon. »[3]

Sans surprise, la déclaration de Mme Takaichi (dont la presse pékinoise raille volontiers la proximité manifeste avec l’actuel locataire de la Maison Blanche) avait été fort mal reçue dans la capitale chinoise, Pékin condamnant aussitôt ces propos et déconseillant dans la foulée à ses citoyens de se rendre dans l’archipel japonais (en juin dernier, 1 500 vols entre les deux pays ont encore été annulés[4]), tout en sanctionnant de diverses manières certaines entreprises japonaises (privées d’accès au marché chinois).

Tokyo, l’Otan et la « menace chinoise » commune

Mardi 7 juillet, à l’occasion d’une réunion à Ankara entre les représentants de l’Indo-Pacific Four (IP4[5]) et le Secrétaire-général de l’Otan, le ministre japonais de la Défense Shinjiro Koizumi a confié à l’auditoire : « Les activités militaires de la Chine – notamment l’expansion rapide et considérable de ses capacités nucléaires et de missiles, sans transparence suffisante – sont une source de vive inquiétude pour le Japon et la communauté internationale. »[6]

Dans la foulée de ce propos, la presse d’État chinoise n’a pas tardé à réagir, parlant d’une « avalanche d’accusations infondées émanant du Japon, de l’Otan et d’autres parties désireuses[7] » de nuire aux intérêts chinois. L’avant-veille, en République populaire, sortait en librairie Black Box 73, un nouvel ouvrage chinois recensant les crimes de guerre perpétrés par l’armée impériale japonaise en Chine.

« Business is business » : le commerce bilatéral poursuit sa croissance

Fin juin, le ministère chinois du Commerce a ajouté une vingtaine d’entreprises japonaises sur sa liste noire des exportations, accusant ces dernières d’avoir contribué au renforcement des capacités militaires de Tokyo. En février, une première salve similaire avait déjà sanctionné une quarantaine de sociétés japonaises.

En 2026, la 2e économie d’Asie a significativement dopé son budget de la défense (+9,4 %, le portant à 50 milliards d’euros[8]), se rapprochant ainsi de l’objectif du gouvernement LDP de Mme Takaichi de consacrer 2 % de la richesse nationale (PIB) à la défense de l’archipel. Ce qui représente le double de ce que suggère jusqu’alors la clause pacifiste (article 9) de la Constitution japonaise de 1947 (imposée par Washington après la Seconde Guerre mondiale).

« Le pari du gouvernement japonais, selon lequel il pourrait poursuivre son expansion militaire et sa rhétorique provocatrice sans en payer le prix réel, est voué à l’échec[9] », prédit une universitaire chinoise de la Fudan University’s School of International Relations and Public Affairs.

On peut noter ici que malgré l’avis de mauvais temps persistant sur la relation sino-japonaise et ses divers contentieux (politiques, stratégiques, historiques), qui pèsent sur le dialogue entre Pékin et Tokyo, le dynamisme des échanges commerciaux entre le premier (Chine) et le neuvième exportateur mondial (Japon) ne se dément pas. En 2025, les échanges commerciaux bilatéraux étaient de l’ordre de 285 milliards d’euros. En dépit de la kyrielle de sujets contemporains qui compliquent sensiblement leur relation, le commerce bilatéral a poursuivi sa croissance lors des cinq premiers mois de l’année 2026, contre toute attente.

(Ad Extra, Olivier Guillard)


[1] Où les incidents entre bâtiments chinois et philippins à proximité de possessions insulaires disputées (cf. récif de Scarborough) sont monnaie courante.

[2] Même si cette dernière s’est « manifestée » il y a quelques jours par un énième tir de missile balistique et des propos peu amènes à l’égard de la Corée du Sud, pourtant désireuse de réamorcer (après sept ans de mutisme) le dialogue avec le Nord.

[3] Foreign Policy, 7 juillet 2026.

[4] CGTN, 8 juillet 2026.

[5] Regroupant l’Australie, la Corée du Sud, le Japon et la Nouvelle-Zélande.

[6] Japan Times, 8 juillet 2026.

[7] China Daily, 7 juillet 2026.

[8] En 2026, le budget (officiel) de la Défense chinois est quatre fois supérieur (199 milliards d’euros) à celui du Japon.

[9] China Daily, 7 juillet 2026.

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