Corée du Sud

Quand Séoul et Paris célèbrent 140 ans de relations diplomatiques et d’ambitions communes

Cette image est extraite d’une affiche créée dans le cadre des 140 ans des relations diplomatiques France-Corée. Elle s’inspire du chaekgeori, un art pictural coréen. Cette image est extraite d’une affiche créée dans le cadre des 140 ans des relations diplomatiques France-Corée. Elle s’inspire du chaekgeori, un art pictural coréen. © kr.ambafrance-culture.org
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Jeudi 4 juin, Paris et Séoul ont célébré le 140e anniversaire de l’établissement de leurs relations diplomatiques. Éloignées de 9 000 kilomètres et séparées par sept fuseaux horaires, les deux capitales ont signé le Traité d’amitié, de commerce et de navigation entre la France et la Corée le 4 juin 1886. Dans un contexte international marqué par les crises, les conflits et les incertitudes géopolitiques, cet anniversaire est l’occasion pour les deux pays de réaffirmer un partenariat fondé sur des ambitions et des valeurs communes.

En ce printemps 2026, malmené par les crises et les conflits sous toutes les latitudes, les occasions de louer la stabilité des relations entre nations influentes ne sont guère nombreuses. Un mois tout juste avant qu’outre-Atlantique, les États-Unis d’Amérique célèbrent (le 4 juillet) le 250e anniversaire de leur indépendance (« Freedom 250 »), sur le Vieux continent et en Asie, deux capitales éloignées par la seule géographie (9 000 km à vol d’oiseau) et sept fuseaux horaires viennent de célébrer le 140e anniversaire de l’établissement de leurs relations diplomatiques.

Ce jeudi 4 juin 2026, la République française et la République de Corée ont marqué le 140ᵉ anniversaire de leurs relations diplomatiques sous le slogan « Créativité, Opportunités, Solidarité », rendant hommage à une histoire de coopération et d’échanges, également résolument tournée vers l’avenir.

« La France et la République de Corée partagent une relation d’amitié singulière, enracinée dans l’Histoire. Forgée par la mémoire de la guerre, cette relation repose avant tout sur un partenariat de valeurs, fondé sur un même attachement à la démocratie, aux droits de l’Homme et à l’État de droit, ainsi que sur une tradition forte d’indépendance et une même fierté à faire rayonner leurs langues et leurs cultures », a synthétisé avec emphase l’ambassade de France en Corée du Sud.

Quand Paris et Séoul honorent 140 ans d’amitié

« Jusqu’en 1886, les contacts entre nos deux pays sont limités à quelques marins et missionnaires. Le premier missionnaire français en Corée est le père Pierre Maubant, qui arrive en 1836. C’est la signature du Traité d’amitié, de commerce et de navigation entre la France et la Corée, le 4 juin 1886, qui marque le début des relations diplomatiques », a-t-il précisé.

Dès l’année suivante, un premier représentant officiel de la France est nommé en Corée. Sept ans plus tard (1894), le premier ressortissant coréen découvre l’Hexagone. L’Empire de Corée sera présent lors de l’Exposition universelle de Paris 1900, témoignant des liens politiques, culturels et économiques se tissant peu à peu entre Paris et Séoul.

Emmanuel et Brigitte Macron au Mémorial de la guerre de Corée, dans le quartier de Yongsan, à Séoul, le 2 avril 2026.
Emmanuel et Brigitte Macron au Mémorial de la guerre de Corée, dans le quartier de Yongsan, à Séoul, le 2 avril 2026.
© Ministère des Patriotes et des Anciens Combattants

Un demi-siècle plus tard survient le drame de la guerre de Corée, déchirant la péninsule coréenne trois éreintantes années durant (1950-1953). Dans les rangs du Bataillon de l’ONU, appuyant les Sud-Coréens (République de Corée) dans les hostilités face aux troupes du Nord, plus de 3 000 volontaires français ont combattu pour défendre la liberté au Sud du 38e parallèle, au prix d’un lourd tribut humain (plus d’un millier de disparus et de blessés).

Partenariat global pour le XXIsiècle

Dans les décennies succédant à cette tragédie humaine (plus de 3 millions de victimes), la coopération franco-sud-coréenne, les partenariats et les échanges (cf. commerce) se développent tous azimuts, pour un bénéfice mutuel.

En 2004, à l’occasion de la visite en France du chef de l’État sud-coréen Roh Moo-hyun, Paris et Séoul signent un « Partenariat global pour le XXIsiècle entre la France et la République de Corée », alimenté jusqu’à ce jour par un flux constant de visites et de réunions bilatérales de haut niveau, tout particulièrement dans les champs prioritaires suivants :

  • Dialogue politique sur les grands défis internationaux (espace indopacifique) ;
  • Coopération approfondie en matière de sécurité et de défense ;
  • Renforcement des liens économiques (investissements croisés et innovation) ;
  • Coopération dans le domaine des sciences, de l’enseignement, de la culture et des sports.

De l’Élysée à la Maison Bleue : déplacement printanier du président Macron au « pays du Matin calme »

Deux mois plus tôt, le 2 avril, l’actuel locataire de l’Élysée s’est rendu au sud du 38e parallèle pour un sommet avec son homologue sud-coréen Lee Jae-myung. Un événement en soi, le précédent séjour à Séoul d’un chef de l’État français remontant au milieu de la décennie précédente, quand le président François Hollande était reçu (fin 2015) par la cheffe de l’État Mme Park Geun-hye.

Un semestre avant cette visite sud-coréenne, les présidents Lee Jae-myung et Macron avaient convenu (en marge du sommet du G20 organisé en Afrique du Sud) d’élever les relations bilatérales au rang de « partenariat stratégique global », marquant ainsi une avancée significative[1]. Et Séoul et Paris de militer en faveur d’un approfondissement de leur coopération bilatérale sur divers segments stratégiques : sécurité, technologies quantiques, intelligence artificielle, espace, énergie nucléaire et les énergies renouvelables.

Partenariat et nécessité stratégique

Lors du séjour de son homologue français, le locataire de la Maison Bleue (résidence de la présidence sud-coréenne) s’est fendu d’une longue tribune dans la presse hexagonale[2], louant le partenariat entre les deux nations et ses perspectives à venir : « Dans un environnement international de plus en plus fragmenté et incertain, les partenariats entre démocraties partageant des valeurs communes ne sont plus simplement souhaitables : ils sont devenus une nécessité stratégique. Les 140 années de relations diplomatiques entre la République de Corée et la République française dépassent le cadre d’un héritage historique ; elles revêtent aujourd’hui une importance déterminante dans la structuration de l’ordre international. Initiées par le traité d’amitié et de commerce signé en 1886, les relations entre la Corée et la France ont progressivement évolué vers un partenariat global, embrassant la diplomatie, l’industrie, la technologie et les échanges culturels. Leur singularité tient toutefois autant à leur étendue qu’à leur constance. L’engagement de longue date de la France en faveur de l’autonomie stratégique et du multilatéralisme trouve un écho naturel dans les fondements démocratiques de la Corée et son émergence en tant que puissance… »

De l’histoire et des courbes de croissance

Si la dimension sécuritaire, scientifique et culturelle[3] façonne l’essentiel des ambitions conjointes franco-sud-coréennes (entre les 7e et 15e économies mondiales), elles ne sauraient minimiser leur important volet commercial. Du côté de l’Élysée, on souhaite notamment ouvrir plus grandes encore les portes aux investisseurs de la 5e économie la plus dynamique de la région Asie-Pacifique. Un appel du pied a priori parfaitement entendu à Séoul où, depuis la Maison Bleue, son actuel locataire libéral Lee Jae Myung (lequel a fêté très opportunément sa première année en fonction le 4 juin 2026) fait volontiers écho à ces velléités comptables espérées : « L’année dernière, les échanges bilatéraux ont atteint un niveau record de 15 milliards de dollars, mais nous ne pouvons pas nous en contenter. Nous unirons nos forces pour atteindre un volume d’échanges de 20 milliards de dollars d’ici 2030 »[4].

À Paris comme à Séoul, en ce 140e anniversaire célébré sur une note d’unité, on entend se montrer résolument et pareillement optimiste sur le sujet, nonobstant les inévitables ondes de choc extérieures (conflits en Ukraine, au Moyen-Orient, incertitudes dans le golfe Persique, politique extérieure américaine illisible autant que préoccupante, etc.) encombrant l’horizon.

(Ad Extra, Olivier Guillard)


[1] Sejong Focus, 26 mars 2026.

[2] Le Figaro, 2 avril 2026.

[3] À noter à ce propos que mi-mai, la ministre française de la Culture a remis le titre de « Commandeur de l’Ordre des Arts et des Lettres » au réalisateur sud-coréen Park Chan-wook, 4e citoyen du pays du Matin calme à recevoir la plus haute distinction culturelle française.

[4] Yonhap, 3 avril 2026.

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