Chine

À Hong-Kong, deux figures emblématiques du mouvement prodémocratie reconnues coupables de subversion

Une veillée à Victoria Park (Hong-Kong) en juin 2016, en mémoire de Tiananmen. Une veillée à Victoria Park (Hong-Kong) en juin 2016, en mémoire de Tiananmen. © Studio Newave / Facebook
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Le 21 août, l’ancien syndicaliste Lee Cheuk-yan et l’avocat des droits de l’homme Chow
Hang-tung, figures emblématiques du mouvement prodémocratie hongkongais, ont été
reconnus coupables. Ils encourent jusqu’à 10 ans de prison en vertu de la loi sur la sécurité nationale. Dans cette tribune, le père Gianni Criveller, sinologue et missionnaire PIME, s’interroge : « On ne comprend pas que le prix à payer pour l’intégration à la Chine puisse être l’emprisonnement de figures démocratiques et l’éradication du pluralisme. »

Vendredi dernier, Chow Hang-tung et Lee Cheuk-yan ont été reconnus coupables d’incitation à la subversion. Albert Ho Chun-yan avait plaidé coupable en février. La condamnation de ces trois figures de proue de l’opposition démocratique à Hong-Kong n’est malheureusement pas une surprise ; elle n’en demeure pas moins douloureuse et inacceptable.

Il est en effet scandaleux que ce qui était, il y a encore six ans, l’une des villes les plus libres, les plus pluralistes et les plus dynamiques d’Asie – même si elle n’était pas gouvernée par un système pleinement démocratique – soit aujourd’hui devenue un territoire où des personnes sont condamnées pour leur militantisme politique, sans avoir jamais commis le moindre acte de violence ; elles se sont même explicitement inspirées des prophètes de la non-violence et de la liberté.

On attend désormais de connaître la peine qui leur sera infligée, laquelle pourrait aller jusqu’à dix ans d’emprisonnement. À la suite de leur condamnation, leur droit de visite et d’autres privilèges seront restreints. Ces années seront encore plus difficiles que celles déjà passées en prison.

La durée de la peine sera donc cruciale : les juges persisteront-ils dans une approche d’une sévérité implacable ou choisiront-ils d’envoyer un message de clémence à l’opinion publique ? La décision sera rendue dans quelques semaines. D’ici là, une audience est déjà prévue au cours de laquelle des lettres de soutien en faveur des condamnés, rédigées par des représentants de la société civile, pourront être soumises aux juges.

Une monstruosité juridique

Le raisonnement qui sous-tend le verdict de culpabilité est inquiétant. Il est fait référence à un amendement constitutionnel introduit en 2018 qui consacre le rôle essentiel du Parti communiste dans la gouvernance de l’État : autrement dit, le Parti communiste et l’État sont totalement assimilés l’un à l’autre.

Or, les leaders condamnés avaient exprimé librement leurs opinions sur le système politique chinois – en appelant à la fin du règne du Parti communiste – bien avant 2018. Il s’agit donc d’une application rétroactive de la loi, ce qui est universellement considéré comme une monstruosité juridique. Ce raisonnement affirme en outre que la démocratie de type occidental ne devrait pas être appliquée en Chine. Comme si la démocratie était un concept exclusivement occidental et n’était pas également pratiquée – avec succès – dans de grands pays asiatiques.

Les dirigeants emprisonnés sont des figures bien connues à Hong-Kong, des acteurs clés de la vie politique, parlementaire et syndicale de ces dernières décennies. Ils se sont toujours distingués par leur engagement et leur idéalisme, et n’ont jamais été impliqués dans le moindre incident. Le jugement lui-même le reconnaît : Chow, Lee et Ho ont toujours agi pacifiquement et n’avaient aucun plan stratégique visant à renverser le gouvernement. Ils ont été condamnés pour avoir défendu des points de vue politiques dissidents.

Les trois militants poussés à plaider coupable

Ils ont été pris pour cible en raison de leur rôle de leaders de l’Alliance de Hong-Kong pour le soutien aux mouvements démocratiques patriotiques en Chine (connue à Hong-Kong simplement sous le nom d’« Alliance »). De 1990 à 2019, l’Alliance a légitimement commémoré chaque année, par des veillées massives à Victoria Park, le massacre de centaines (voire de milliers) d’étudiants et de citoyens le 4 juin 1989 à Pékin, universellement connu sous le nom de massacre de la place Tiananmen.

Là encore, on constate ce qui semble être une application rétroactive de la loi : jusqu’en 2020, ces veillées étaient parfaitement légales. Déclarées illégales en 2020, elles n’ont plus eu lieu. Les trois juges qui ont prononcé les condamnations n’ont pas été choisis au hasard, contrairement à ce qui se fait pour les autres infractions. Ils font partie d’une liste spéciale de magistrats sélectionnés par le chef de l’exécutif (c’est-à-dire le « gouverneur » de Hong-Kong, en réalité nommé par Pékin) et chargés de juger les infractions à la loi sur la sécurité nationale (entrée en vigueur le 1er juillet 2020).

Autrement dit, ce sont des juges nommés politiquement, en violation du principe d’indépendance du pouvoir judiciaire vis-à-vis du politique, principe qui constituait une pierre angulaire du système judiciaire de Hong-Kong.

Les autorités ont cherché à pousser les trois militants à plaider coupable. Il s’agit d’une stratégie employée par les autorités politiques et judiciaires pour discréditer moralement et idéologiquement les dirigeants démocratiques auprès du public : en plaidant coupable, ils reconnaissent la légitimité des accusations et admettent avoir commis des infractions.

Plaider coupable présente des avantages : cela ouvre la voie à d’éventuelles réductions de peine. Chow Hang-tung et Lee Cheuk-yan ont cependant refusé d’adopter cette stratégie de défense, affirmant ainsi, aux yeux du public, qu’ils n’ont rien fait d’illégal : c’est la loi sur la sécurité nationale qui, selon eux, a introduit de manière fallacieuse de nouvelles infractions à caractère purement politique.

La situation d’Albert Ho est différente : son état de santé précaire a incité sa famille à plaider coupable, dans l’espoir d’une réduction de peine. En 2022, Ho avait été libéré sous caution précisément pour raisons de santé, avant d’être réincarcéré en 2023.

La plupart des médias n’ont pas relayé l’information

Peu de gens, ailleurs dans le monde, suivent avec un réel intérêt l’évolution de la situation politique et judiciaire à Hong-Kong. On observe également une tendance largement répandue, tant à Hong-Kong qu’à l’étranger, à considérer la cause de la démocratie et de la liberté comme perdue, et à abandonner à leur sort les meneurs emprisonnés.

La plupart des médias n’ont pas relayé l’information concernant la condamnation, et de ce fait, beaucoup de gens l’ont oubliée. D’autres vont jusqu’à souligner leurs (éventuelles) erreurs et leur naïveté politique – à savoir, avoir cru qu’un changement était possible. On dit souvent que Hong-Kong a entamé une nouvelle ère. L’avenir économique de la ville est assuré par la présence massive de la Chine, qui amène de nouveaux immigrants sur le territoire afin de compenser les pertes démographiques causées par l’exil volontaire vers la Grande-Bretagne de quelque 300 000 habitants.

De nombreux visiteurs chinois affluent en ville, soutenant ainsi le secteur du tourisme qui avait subi un ralentissement en raison de l’instabilité politique et de la pandémie de Covid-19.

On ne parvient pas à comprendre que le prix à payer pour l’intégration de Hong-Kong à la Chine – un fait que personne ne conteste – puisse être l’emprisonnement de leaders démocratiques, l’abolition des libertés, l’éradication d’une société civile particulièrement dynamique et brillante, et la suppression du pluralisme des idées, des partis et des associations dans la poursuite du bien commun. Nous ne les oublierons pas.

Trois prisonniers de conscience

Enfin, quelques mots sur les trois prisonniers d’opinion. L’avocate spécialisée dans les droits humains et le droit du travail, Chow Hang-tung (41 ans), dans sa défense lors du procès et dans un document poignant rédigé de prison en 2023, décrit comment la rhétorique du pouvoir parvient à altérer jusqu’au sens ordinaire des choses et des mots. « La société et le droit devraient encourager précisément ce que le tribunal était appelé à interdire et à punir. »

En 2023, elle écrivait que même le mot « paix » prenait une signification sinistre dans la rhétorique du régime : « La paix consiste à assurer la soumission à l’ordre du Parti par tous les moyens nécessaires, et non à rejeter la guerre ou la haine. » Depuis 2024, un film documentaire poignant intitulé She’s in Jail est disponible dans les cercles privés, racontant l’histoire de la jeune avocate : il dépeint une femme très motivée, prête à payer le prix de sa loyauté envers ses idéaux.

Par ailleurs, au cours de la dernière décennie, le chef de l’Alliance de Hong-Kong était le syndicaliste et membre du Conseil législatif Lee Cheuk-yan (69 ans), figure incontestée des veillées de Victoria Park. Il avait été arrêté en 1989 à Pékin, où il s’était rendu pour exprimer la solidarité du peuple hongkongais aux étudiants de Tiananmen. À son retour à Hong-Kong, Lee a consacré sa vie à la liberté, à la démocratie et à la justice sociale. Homme d’une foi profonde, il a été élevé dans l’Église anglicane et s’est converti au catholicisme durant son incarcération, une foi partagée par sa femme et sa fille.

Enfin, l’avocat Albert Ho (qui aura 75 ans en décembre), ancien dirigeant du Parti démocrate, est également une figure emblématique de l’Alliance. Militant anticolonialiste dans sa jeunesse, il a refusé la citoyenneté britannique qui lui avait été proposée pour échapper à une arrestation imminente. En prison, il s’est converti au catholicisme, notamment grâce au soutien du cardinal Joseph Zen.

Source : Asianews / P. Gianni Criveller

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